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À Pantin, ça danse jusque dans la rue

1 km de danse 2025, CND Centre national de la danse © Salim Santa Lucia

Depuis septembre, la façade brutaliste du Centre national de la danse est sous filets. Trois ans de travaux pour réparer le béton de Jacques Kalisz, et une institution qui aurait pu se mettre en sommeil. Elle a fait l'inverse : elle a poussé la danse dehors. Programmation hors les murs, partenariats tous azimuts, et — au bout du quai — une exposition aux Magasins Généraux qui interroge nos gestes du quotidien comme autant de chorégraphies. À deux pas de la ligne 5, le canal de l'Ourcq est devenu un couloir de danse. On vous embarque.

Le CND, fermé mais bien vivant

Sortie Église de Pantin, on longe le canal vers l’est. Au numéro 1 de la rue Victor-Hugo, le grand vaisseau de béton armé inauguré en 1973 — ancien centre administratif reconverti en 2004 par les architectes Antoinette Robain et Claire Guieysse, Équerre d’argent à la clé — vit aujourd’hui sa mue. Le chantier durera jusqu’à fin 2028. Pendant ce temps, le CND a déployé ce qu’il appelle son plan D : aller chercher d’autres lieux, d’autres publics, d’autres formes (on en parlait ici avec Delphine Vuattoux). Aux Magasins Généraux, c’est l’épisode 1 d’un cycle.

On reprend la marche. Sur l’eau, les péniches alanguies. En face, Le Barboteur, troquet flottant idéal pour l’après-visite. Et droit devant, l’ancien entrepôt des douanes des années 30 qui abrite depuis 2017 les Magasins Généraux : agence de com’ BETC à l’étage, espace culturel libre d’accès au rez-de-chaussée. Toutes les expos y sont gratuites, les visites guidées aussi.

Expo : Une assemblée des gestes

L’exposition est signée Christian Rizzo — chorégraphe, plasticien, ex-directeur du Centre chorégraphique national de Montpellier (2015-2024), passé par le rock et la mode avant la danse — et Anne-Laure Lestage. Leur idée : regarder nos gestes les plus humbles comme des chorégraphies ritualisées.

Sur une grande table, des centaines de noix et des torchons peints à la main : Les Mondailles réactive une tradition rurale rhônalpine, le ramassage collectif des noix, prétexte à transmission et à récit. Plus loin, des costumes suspendus en tissu de cerf-volant flottent entre piñata et silhouette humaine — un corps inventé, mi-humain mi-végétal. Au fond de la salle, trois guitares reliées par un échafaudage exigent trois corps pour produire un son : la coopération forcée, presque burlesque, comme révélation que le geste est d’abord une affaire de relation.

1KM de danse 2023, CN D. Photo Salim Santa Lucia

Le 23 mai, le quartier entier devient piste

Pour clore l’expo, le CN D installe son 1km de danse sur six scènes en plein air entre la rue Victor-Hugo et la place de la Pointe : Quai de l’Ourcq, Jardin du 19-Mars-1962, Théâtre du Fil de l’eau, Mail Charles-de-Gaulle, et finale festive aux pieds des Magasins Généraux. De 14 h à minuit, classique, contemporain, hip-hop, gwoka, k-pop, danse khmère, samba, électro — la programmation ressemble à un atlas. L’échauffement d’ouverture par Fabien Almakiewicz et la Flags parade de Darius Dolatyari-Dolatdoust sont d’ailleurs intégrés à l’exposition des Magasins Généraux : le 1km de danse et Une assemblée des gestes forment un seul geste. Pendant que les façades du CN D finissent de sécher, la danse, elle, prend la rue. [On en parlait l’an dernier avec Delphine Vuattoux : voir notre entretien sur le plan D.]

Infos pratiques : Une assemblée des gestes (épisode 1), jusqu’au 24 mai aux Magasins Généraux, 1 rue de l’Ancien-Canal, Pantin. Métro Église de Pantin (ligne 5), 8 minutes à pied. Entrée libre, visites guidées les week-ends à 14h30 sur réservation : magasinsgeneraux.com. 1km de danse : samedi 23 mai, de 14h à minuit, entre le CND et les Magasins Généraux. Programme : cnd.fr 

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