
À 15 minutes du RER B, l'usine Bonne Nouvelle est la dernière à produire des sous-vêtements intégralement made in France. Explore Paris y emmène une trentaine de curieux chaque mois. Notre reporter Pauline de Quatrebarbes en est revenue avec un caleçon trop large et quelques certitudes sur ce qu'il reste du Grand Paris productif.
À quinze minutes de la gare La Courneuve-Aubervilliers, on traverse des rues calmes, quelques rideaux métalliques baissés et une boulangerie orientale d’où s’échappent des senteurs sucrées. Si je n’avais pas rendez-vous à 10 heures précises, je m’y arrêterais volontiers pour un thé brûlant. Mais le temps presse : à l’usine Bonne Nouvelle, une trentaine de curieux sont réunis pour découvrir les coulisses du Slip Français et fabriquer leur propre sous-vêtement.
Chaque mois, Explore Paris — qui dépasse régulièrement le périph’ — propose cette visite un peu particulière au cœur de la seule usine produisant des sous-vêtements entièrement fabriqués en France. Et ça mérite le détour.
Le sous-vêtement à la française, sauce tricolore
Le rendez-vous est donné devant une cathédrale industrielle et des bâtiments de briques orangées. Dans cette ancienne usine à chaudières, le fondateur Guillaume Gibault ouvre la visite avec la devise maison : « Si on veut changer le monde, il faut changer de slip. » Quand il commence en 2011, peu de gens croient à son idée de vendre des slips made in France sur Internet. L’entrepreneur lance pourtant ses premiers modèles avec des ateliers textiles d’Auvergne. « Au pire, j’aurai des slips pour toute ma vie », plaisante-t-il. Quatorze ans plus tard, et malgré la COVID, l’entreprise emploie 138 salariés et produit plus de 4 000 slips par jour, grâce à un savoir-faire encore largement artisanal.
La visite de locaux historiques
Après avoir récupéré plusieurs morceaux de tissu destinés à devenir un caleçon, nous pénétrons dans le premier atelier. Des rouleaux bleu, blanc, rouge s’empilent jusqu’au plafond. Le coton y est trié puis découpé dans le bâtiment voisin. Trois ouvriers manipulent d’immenses couches de tissu à l’aide d’une lame électrique impressionnante. « Pourquoi ne pas automatiser complètement cette étape ? » demande une visiteuse. « Parce que le travail manuel permet d’aller plus haut dans les piles de textile, donc de produire plus vite avec moins de pertes », répond notre encadrante. Un cours accéléré de capitalisme industriel entre deux piles de tricots.
Plus loin, sous les néons blancs d’un vaste hall, des dizaines de couturières assemblent les pièces des sous-vêtements selon des tâches ultra-précises : l’entrejambe pour l’une, les cuisses pour l’autre, l’élastique pour une troisième… Le spectacle fascine autant qu’il interroge. Impossible de ne pas penser au fordisme, version slip tricolore. Ici pourtant, neuf nationalités travaillent ensemble et l’usine propose des cours de français, du yoga, une mutuelle ou encore des déplacements à vélo. Aubervilliers, longtemps porte d’entrée du textile importé via ses ateliers en gros, devient ici un vrai laboratoire du « produire français ».
Le cadeau d’adieu
À la fin de la visite, chacun récupère son caleçon assemblé. Le mien passe entre plusieurs mains avant de revenir, terminé, parfaitement plié. Je repars avec ce slip probablement trop large mais étrangement confortable. Et qui trouvera bien un utilisateur, en cherchant bien… La preuve, en tout cas, qu’entre la Plaine Saint-Denis et la Courneuve, il reste un Grand Paris qui fabrique.
Infos pratiques : L’Usine du Slip Français, Usine Bonne Nouvelle, 127 rue Charles Tillon, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Gare de la Courneuve-Aubervilliers (RER B), puis quinze minutes à pied. Réservation sur exploreparis.com. Tarif de la visite : 25 €, caleçon compris




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27 mai 2026 - Aubervilliers