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HBM. HLM. ZUP. ZAC. PLH. SRU. DALO. ANRU. GPE. SDRIF. DRIHL. RLS. ZAN.

Logements sociaux à Saint-Denis / DR (Wikimedia commons)
Logements sociaux à Saint-Denis / DR (Wikimedia commons)

Les acteurs publics de l'habitat social en Île-de-France viennent de publier une frise retraçant deux siècles de logement social dans la région, des premières lois sanitaires du XIXe siècle au Grand Paris Express. Un document de référence mais truffé d'acronymes, que peu d'habitants ordinaires iront lire. On s'en est chargés pour le rendre compréhensible.

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Vous avez tout compris ? Félicitations, vous travaillez dans le logement social. Ou vous êtes prof d’archi. Pour les autres, c’est-à-dire à peu près tout le monde, la politique du logement en Île-de-France ressemble depuis des décennies à ça : une soupe d’acronymes dans laquelle le citoyen a plutôt tendance à se noyer.

Ce n’est pas une fatalité. C’est même assez récent. Parce que derrière ces sigles se cache une histoire très simple, très importante et très ancienne. Bien plus ancienne qu’on ne le croit. La preuve : le « Grand Paris » ? Un terme qui date de 1913. Le « logement social » ? Inventé en 1894. Le « département » dans lequel vous habitez ? Imaginé en 1791. La lutte contre la « ségrégation par l’habitat » ? 1973. Le projet de grand métro automatique en banlieue que le Grand Paris Express est en train de réaliser ? Esquissé dans les années 1950. Nous habitons dans des mots et des idées qui ont de la barbe blanche, et qu’on redécouvre à chaque campagne électorale comme s’ils venaient d’être inventés.

Pour s’orienter dans ce maquis des signes et des politiques publiques, le Réseau des partenaires de l’habitat en Île-de-France vient de publier une grande frise retraçant deux siècles de cette histoire. Elle est fascinante et franchement illisible pour qui n’est pas du métier. On l’a lue pour vous.

Ça commence avec les épidémies, pas avec l’État-Providence

Au XIXe siècle, personne ne parle encore de « logement social ». Ce qui existe, c’est le choléra, la tuberculose, et des taudis entassés dans Paris intra-muros. La loi de 1850 sur les logements insalubres n’est pas un élan humaniste : c’est une mesure de santé publique. On s’intéresse à l’habitat des pauvres parce que leurs maladies débordent sur les beaux quartiers.

Les premières HBM – Habitations à bon marché – arrivent avec la loi Siegfried en 1894. L’initiative est privée, pas publique : des philanthropes et des patrons paternalistes construisent pour « leurs » ouvriers. L’État met vingt ans à s’en mêler sérieusement, avec la loi Bonnevay de 1912 qui autorise communes et départements à créer des offices publics de logement. Ce qu’on appelle aujourd’hui HLM s’appelait alors HBM. Le sigle change en 1950, pas le principe.

La même année que la loi Bonnevay, un rapport de la préfecture de la Seine dessine déjà les contours d’un « plus grand Paris ». Loger les gens et organiser le territoire autour de la capitale, c’est le même problème posé en même temps, depuis le début.

Entre les deux guerres : les banlieues poussent sans personne aux commandes

Les années 1920 et 1930 voient les banlieues exploser de manière anarchique. Des milliers de mal lotis parisiens se logent dans des ensembles que construisent des promoteurs privés sur des terrains – souvent des champs ou des maraîchages – sans eau, sans égout, sans route. Et c’est aux communes de courir derrière ensuite pour aménager… Le Plan Prost de 1934 est le premier vrai projet d’aménagement de la région parisienne, mais il ne sera jamais vraiment appliqué. Ce schéma va se répéter pendant un siècle : un grand plan, beaucoup d’ambition, une mise en œuvre partielle.

Les Trente Glorieuses : construire vite, construire grand, construire loin

Après 1945, l’urgence est totale. En 1953, le Plan Courant fixe un objectif de 240 000 logements par an. L’abbé Pierre crie dans les micros en 1954. Les cités d’urgence sortent de terre. Et en 1949, la RATP vient d’être créée parce qu’on ne peut pas loger les gens loin de tout sans les transporter.

C’est la grande période des grands ensembles. Aulnay, Massy, Créteil, Argenteuil, Sevran : des noms qu’on associe aujourd’hui aux « banlieues difficiles » sont en réalité des produits directs de la politique d’État des années 1960. Le grand plan de De Gaulle pour la région, le SDAURP de 1965, est explicite : cinq villes nouvelles, un futur RER, des autoroutes. On loge, on déplace, on structure, tout en même temps. De Gaulle lui-même, excédé par le chaos périphérique, aurait lancé à son délégué général Delouvrier : « Cette banlieue parisienne, on ne sait pas ce que c’est ! Mettez un peu d’ordre dans ce bordel ! »

1973 : on commence à regretter

La circulaire Guichard de 1973 marque officiellement la fin des grands ensembles. L’État reconnaît que construire en masse sans penser la qualité de vie était une erreur, et qu’il faut désormais « lutter contre le développement de la ségrégation sociale par l’habitat ». Les premiers tronçons du périphérique ouvrent la même année – symbole d’une région coupée en deux entre Paris et sa banlieue. On commence à comprendre que loger sans connecter, c’est construire des impasses. Un mot fait son apparition dans le vocabulaire des urbanistes : la « sarcellite », du nom des grands ensembles qui ont poussé dans les champs au nord de Paris.

Les années 1980 : les maires héritent du problème

En 1982, les lois de décentralisation transfèrent aux communes la responsabilité du logement social et de l’urbanisme. L’État lâche les manettes. Certains maires s’en saisissent. D’autres font tout pour éviter les HLM sur leur territoire – une posture qui dure encore. La mission Banlieues 89, confiée aux architectes Roland Castro et Michel Cantal-Dupart en 1983, tente de réinventer les quartiers. La banlieue commence à être traitée comme un problème spécifique, et non comme juste un réservoir de logements.

En 2000 : la loi SRU, ou quand l’État reprend le stylo

La loi SRU – solidarité et renouvellement urbain – impose 20 % de logements sociaux minimum dans chaque commune, sous peine de pénalités financières. En théorie, c’est la fin du chacun pour soi. En pratique, des centaines de communes préfèrent payer l’amende plutôt que construire. Vingt-cinq ans plus tard, le débat n’est toujours pas clos, et revient à chaque campagne électorale comme si personne ne se souvenait des précédentes.

2010 : le Grand Paris Express ressuscite l’ambition des années 1950

La loi Grand Paris de 2010 crée la Société du Grand Paris et impose 70 000 logements par an en Île-de-France, dont 30 % de sociaux. Le Grand Paris Express dessine un métro automatique de 200 kilomètres en banlieue. C’est exactement le réseau que les planificateurs appelaient de leurs vœux dans les années 1950. Il a fallu soixante ans.

Aujourd’hui : toujours le même défi

Depuis 2018, la frise elle-même parle de « fragilisation des modèles de production du logement ». Les objectifs de construction ne sont pas atteints. Le ZAN – zéro artificialisation nette – complique encore l’équation. Le débat sur le logement social revient dans toutes les campagnes électorales, toujours présenté comme urgent, toujours traité comme nouveau. Il ne l’est pas. Depuis 1850, la question de fond reste la même : comment loger dignement ceux que Paris attire et que Paris repousse ? Les mots changent, les sigles s’accumulent – HBM, HLM, ZUP, ZAC, SRU, ANRU, GPE – mais le problème, lui, a l’âge de nos départements.

Infos pratiques : « Un siècle de logement social en Île-de-France », frise du Réseau des partenaires de l’habitat en Île-de-France, réalisée avec l’Institut Paris Region. Consulter ici la frise

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