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Cimetières, gares, jardins publics : où remplir gratuitement sa gourde

Une fontaine d’Eau de Paris. DR

Le thermomètre flirte avec les 33 °C, vos rames de RER virent au sauna et votre gourde est vide. Bonne nouvelle : l'eau gratuite est partout dans le Grand Paris - bon à savoir en pleine canicule, indispensable quand on le traverse à pied. Encore faut-il savoir où regarder.

Le Grand Paris des cimetières, meilleur réseau pour remplir sa gourde

Commençons par l’adresse la plus inattendue : les cimetières. Père-Lachaise, Montparnasse, Montmartre et leurs cousins regorgent de robinets d’eau potable, à l’origine destinés à l’arrosage des tombes. Et contrairement aux fontaines de rue, ils débordent largement le périphérique : la Ville de Paris gère de vastes nécropoles bel et bien situées en banlieue — Bagneux, Ivry, Pantin, Saint-Ouen, Thiais. S’y ajoutent les cimetières communaux de chaque ville du Grand Paris, que les communes sont tenues d’entretenir : autant de points d’eau gratuits, ombragés, étrangement paisibles un jour de fournaise.

On doit ce maillage à un texte fondateur, le décret impérial du 23 prairial an XII — le 12 juin 1804, sous Napoléon Ier (et non Napoléon III) — qui chasse les morts hors des villes et invente le grand cimetière urbain.

Les 1 200 fontaines d’Eau de Paris, pétillantes ou même brumisantes

Vient la reine des sources : Eau de Paris. La capitale aligne plus de 1 200 fontaines d’eau potable, des Wallace vert bouteille aux Mâts-Sources dernier cri. Pour les amateurs de bulles, Paris fut la première ville de France à offrir gratuitement de l’eau gazeuse, depuis la fontaine pionnière inaugurée au jardin de Reuilly en 2010 ; on en compte aujourd’hui dix-sept. Quant aux célèbres Wallace, offertes à la ville par le philanthrope anglais Richard Wallace en 1872, une cinquantaine ont été équipées d’un discret système de brumisation : on y boit, ou l’on s’y rafraîchit dans un nuage de gouttelettes. Tout est cartographié, fontaine par fontaine, sur fontaine.eaudeparis.fr.

Dans les gares et stations d’Île-de-France

Côté transports, avec Paris et l’Île-de-France en vigilance jaune canicule, Île-de-France Mobilités rappelle que 140 fontaines à eau sont déployées dans les gares et stations de son réseau. Une carte interactive recense tous ces points d’eau à proximité immédiate des gares, stations de métro, RER, Transilien et arrêts de tramway : gratuite, sans abonnement, accessible en ligne. Et en cas d’épisode sévère, RATP et SNCF ressortent l’artillerie : distributions de briquettes d’eau et brumisateurs installés dans les zones voyageurs les plus exposées.

Et le fameux verre d’eau gratuit au café ? Ni légende urbaine, ni tout à fait vrai

C’est l’évidence que tout le monde répète et que presque personne ne formule correctement. Non, vous ne pouvez pas débarquer au comptoir d’un bar, claquer « un verre d’eau s’il vous plaît » et repartir désaltéré sans bourse délier. Depuis le 1er janvier 2022, cafés et bars doivent bien servir gratuitement un verre d’eau sur demande, mais uniquement en accompagnement d’une consommation. Le ballon de rouge, l’expresso, la limonade : un seul suffit à débloquer le verre d’eau. Entrer seulement pour réclamer de l’eau, sans rien prendre ? L’établissement n’est tenu à rien. Ce qu’on prend pour un droit universel est, dans ce cas précis, une simple amabilité du patron.

Au restaurant, en revanche, c’est du solide et c’est vieux : l’eau et le pain font partie du couvert, dus gratuitement en vertu d’un arrêté du 8 juin 1967 toujours en vigueur. La carafe ne vous est jamais facturée pour une raison simple – son prix est déjà fondu dans celui du repas, au même titre que la vaisselle ou la serviette. Donc : légende pour le verre d’eau qu’on exige sans consommer, loi pour la carafe qui accompagne le repas. La nuance tient à un mot, « consommation », et c’est tout l’art de connaître ses droits.

Les commerçants complices

Justement, pour qui veut juste remplir sa gourde sans s’asseoir ni commander, Eau de Paris a tissé un réseau malin : « Ici, je choisis l’eau de Paris », calqué sur le « Refill London » britannique. Plus d’un millier de cafés, restaurants et commerces de proximité s’y engagent à remplir gratuitement les gourdes des passants, sans la moindre obligation d’achat. À chacun sa manière : carafe posée sur le comptoir, fontaine en libre-service ou remplissage à la demande. On les reconnaît à l’autocollant bleu collé en vitrine ; et la carte complète, commerces et fontaines réunis, vit sur fontaine.eaudeparis.fr. 

Pour une métropole des robinets

Hors les grandes nécropoles et les cimetières communaux, en banlieue, le randonneur vise les squares et jardins publics. Mais là, aucune garantie : un robinet coule, ou pas, et rien ne permet de le savoir avant d’y être. Et tout ce que vous venez de lire est cartographié, à condition de rester dans Paris. Eau de Paris géolocalise ses 1 200 fontaines et ses commerces complices au clic près. Passé le périphérique, plus de carte, plus d’open data, plus de recensement commun : chaque ville gère ses robinets dans son coin. L’eau gratuite coule partout dans le Grand Paris. Reste à inventer la métropole capable de la mettre sur une seule carte – surtout pour qui la traverse à pied.