
Talons sur le bitume, perruques sous les lampadaires, tirelires à la main. Un samedi de printemps, 60 à 70 drag-queens et kings ont pris possession des rues du Marais. Pas pour défiler, pas pour se montrer, mais pour collecter des dons contre le sida. Le Sidragtion fête ses dix ans. Et ça se voit.
19 h, Centre LGBTQI+ de Paris. Dans le sous-sol, les tenues annoncent déjà la couleur. Perruques en place, maquillage impeccable, cils démesurés – et terminaux de paiement vérifiés. Les groupes s’élancent par petits contingents. La ville ne sait pas encore ce qui l’attend.
Dans les rues, ce n’est pas le bruit habituel. Ce sont les pièces de monnaie qui s’entrechoquent dans les tirelires frappées du ruban rouge. « On suscite beaucoup plus la curiosité qu’un collecteur classique », assume Tchitchi la Brossa. « On est visibles, les gens se disent What the f… ! On n’a pas besoin de se présenter, ils nous interceptent. » La rue ne regarde pas, elle participe. Un passant est surpris de voir un terminal sortir d’un décolleté. La réplique fuse : « Pas de pièces ? Pas de problème, on a un TPE ! »
« Toute une communauté d’artistes est morte du sida dans les années 90. On pense que c’est fini. On est là pour dire que le combat continue. » – Tchitchi la Brossa
Les bars sont envahis, les groupes se croisent, les tirelires se comparent. « Vos collègues sont passées il y a deux minutes ! » Les Dalton-Hyènes ne ralentissent pas et scandent à tout-va : « De la monnaie pour les pédés, des sous pour les goudous, vos finances pour les trans ! » « C’est un cri de ralliement né au bout de dix ans de maraude », explique Minima Gesté, cofondatrice du Sidragtion en France. « À force de hurler pendant quatre heures, on finit par dire n’importe quoi, et les meilleures phrases restent. »
Célébrer et résister
Derrière l’énergie, il y a un propos. Tchitchi la Brossa, talon cassé dès le début de soirée, n’a pas ralenti : « Toute une communauté d’artistes est morte du sida dans les années 90. Aujourd’hui les préjugés persistent, on pense que c’est fini. On est là pour éduquer, pour dire que le combat continue. » Entre deux explications, elle entre dans un bar bondé : « Shot offert ? » Le temps d’une maraude, le Marais était devenu cabaret.
À 20 h 15, retour au centre. Le compteur affiche 4 500 euros. En dix ans, le mouvement est passé de dix personnes à Paris à 500 dans 30 villes et départements, jusqu’à la Réunion. Ce qui fait 200 000 euros récoltés au total sur une décennie. Ce week-end, Minima Gesté estime que le Sidragtion pourrait atteindre 90 000 euros dans toute la France.
Infos pratiques : pour suivre les prochaines éditions et les villes participant au Sidragtion : page Facebook du Sidragtion. Les maraudes parisiennes partent du Centre LGBTQI+ de Paris et d’Île-de-France, 63, rue Beaubourg, Paris (3e) (métro Rambuteau, ligne 11).
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9 avril 2026 - Paris