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Pour pique-niquer, Paris a des parcs et des pelouses. Le Grand Paris a des prairies

Le Champ-de-Mars, les Buttes-Chaumont ou le parc Monceau, c’est très bien. Mais avec un passe Navigo et trente ou quarante minutes de train, votre nappe peut aussi finir au bord de la Seine, sous des platanes géants, face à Paris ou dans un parc dont presque personne ne connaît le nom.

La Ville de Paris vient de remettre à jour sa sélection des meilleurs endroits où pique-niquer dans la capitale. On y retrouve les valeurs sûres : Montsouris, les Buttes-Chaumont, la Villette, Bercy, André-Citroën, le Champ-de-Mars ou encore la place des Vosges.

Rien à redire. Mais puisque vous lisez Enlarge your Paris, on vous propose de pousser quelques stations plus loin. Avec le même sandwich, la même nappe et un peu de RER, de métro ou de Transilien, le décor peut changer assez radicalement. Voici les endroits où l’on aime vraiment poser notre déjeuner dans le Grand Paris.

Le parc forestier de la Poudrerie à Sevran / © Marianna (Wikimedia commons)
Le parc forestier de la Poudrerie à Sevran / © Marianna (Wikimedia commons)

Pour pique-niquer dans une forêt qui fabriquait autrefois des explosifs : la Poudrerie

À Sevran, il suffit de descendre du RER B pour se retrouver dans un paysage qui ressemble beaucoup plus à une forêt qu’à un parc urbain. Le parc forestier de la Poudrerie s’étend sur 137 hectares, sur l’ancien site où l’État fabriquait autrefois poudres et explosifs. Les bâtiments industriels ont en partie disparu derrière les arbres et le lieu est aujourd’hui classé Natura 2000.

Pour pique-niquer, c’est précisément ce qu’on cherche : de grandes clairières, beaucoup d’ombre et suffisamment de chemins pour transformer le déjeuner en promenade. Il reste aussi dans le parc plusieurs traces de son passé industriel, ce qui lui donne une personnalité singulière. Et l’accès est presque imbattable pour ce niveau de dépaysement : les cyclistes peuvent même arriver depuis Paris en suivant le canal de l’Ourcq.

Accès : RER B jusqu’à Sevran–Livry ou Vert-Galant, puis à pied selon l’entrée choisie. À vélo, accès possible par le canal de l’Ourcq.

La pièce d'eau des Suisses à Versailles / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
La pièce d’eau des Suisses à Versailles / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris

Pour déjeuner à Versailles sans déjeuner avec les touristes : la pièce d’eau des Suisses

Notre coup de cœur absolu à Versailles n’est ni dans les jardins à la française ni autour du Grand Canal. Il est juste derrière le château, à la pièce d’eau des Suisses, ce grand bassin rectangulaire bordé de très hauts platanes, avec une immense pelouse qui descend doucement vers l’eau.

C’est un peu le Versailles des Versaillais, celui où l’on vient quand on veut profiter du domaine sans croiser trop de touristes. Le décor est pourtant spectaculaire : le château reste à l’horizon, la forêt ferme la perspective et l’espace est suffisamment vaste pour donner l’impression d’avoir quitté la ville alors qu’on se trouve encore à quelques minutes à pied du palais. Pour un pique-nique, difficile de faire beaucoup mieux.

Accès : Versailles-Château–Rive Gauche (RER C), Versailles-Chantiers (lignes N et U) ou Versailles-Rive Droite (ligne L), puis à pied.

Le parc de la Haute-Île / © Joséphine Lebard pour Enlarge your Paris
© Joséphine Lebard pour Enlarge your Paris

Pour pique-niquer sur une île entre deux eaux : la Haute-Île

À dix kilomètres à peine du périphérique, il y a un endroit où l’on arrive en longeant la Marne, entre les pêcheurs, les péniches et les saules qui plongent dans l’eau. Puis on franchit le pont du Chetivet et l’on se retrouve sur une île de 65 hectares coincée entre la rivière et le canal de Chelles : le parc départemental de la Haute-Île, à Neuilly-sur-Marne.

C’est l’un de nos endroits préférés pour pique-niquer dans l’Est parisien parce qu’il ne ressemble pas vraiment à un parc urbain. On peut poser la nappe dans l’herbe, marcher au bord des étangs, disparaître dans la végétation ou s’installer dans l’un des observatoires pour regarder les oiseaux. Et si vous venez avec des enfants, l’Archéosite permet même de bifurquer vers le Néolithique, entre maison préhistorique, menhir et démonstrations de taille de silex.

Accès : RER A jusqu’à Neuilly-Plaisance, puis bus et marche le long de la Marne.

Le parc de Noisiel / © Rémi Belot pour Enlarge your Paris
Le parc de Noisiel / © Rémi Belot pour Enlarge your Paris

Pour passer d’un parc à un château : Noisiel et Champs-sur-Marne

À Noisiel, le pique-nique peut facilement devenir une journée entière. Le parc de Noisiel déroule de grandes pelouses et des bois le long de la Marne, avec les anciennes emprises de la chocolaterie Menier en toile de fond. C’est vaste, ouvert, généreux, et parfait quand on veut arriver à plusieurs sans négocier chaque mètre carré d’herbe.

Puis il suffit de traverser et de pousser jusqu’au domaine du château de Champs-sur-Marne pour changer complètement d’ambiance. Autour du château du XVIIIe siècle, les jardins alternent grandes perspectives, bosquets et parties plus libres. Le plaisir est précisément de ne pas choisir : déjeuner dans l’un, marcher dans l’autre, puis revenir vers les bords de Marne.

Accès : RER A, gare de Noisiel. Le domaine de Champs-sur-Marne et le parc de Noisiel se rejoignent ensuite à pied ou en bus.

Pour pique-niquer sur une île à deux pas de Paris : l’île Saint-Germain

À Issy-les-Moulineaux, l’île Saint-Germain est probablement l’un des endroits où le mot « pique-nique » ressemble le moins à une solution de repli. Coincé entre deux bras de Seine, le parc alterne de grandes pelouses ouvertes jusqu’à l’eau et des bosquets beaucoup plus intimes où l’on peut presque oublier qu’on se trouve à quelques kilomètres du périphérique.

C’est ce mélange qui rend l’endroit particulièrement délicieux : on choisit selon l’humeur entre la grande pièce commune au soleil et un coin plus secret sous les arbres, puis on prolonge tranquillement le déjeuner au bord de l’eau. À l’extrémité du parc, la Tour aux figures de Jean Dubuffet ajoute un drôle de totem à la promenade.

Accès : RER C jusqu’à Issy–Val de Seine ou tram T2, arrêt Jacques-Henri-Lartigue.

La terrasse de l’observatoire de Meudon / Guilhem Vellut (Wikimedia commons)

Pour pique-niquer avec Paris à ses pieds : la terrasse de Meudon

Beaucoup plus près de Paris, la terrasse de Meudon est l’un de ces endroits assez invraisemblables que l’on oublie toujours de citer. Au niveau de l’Observatoire, le paysage fonctionne dans les deux sens : d’un côté, Paris et toute la métropole s’étalent à vos pieds ; de l’autre, les grandes perspectives du domaine filent vers la forêt de Meudon et Meudon-la-Forêt.

Le lieu doit beaucoup aux grands tracés paysagers hérités de Le Nôtre. Aujourd’hui, il reste surtout une immense respiration : de larges pelouses, des alignements d’arbres, un horizon presque sans obstacle et cette sensation assez rare d’être à la fois au balcon de Paris et déjà au bord de la forêt. On peut déjeuner face à la métropole puis partir marcher sous les arbres dès que le repas commence à s’éterniser.

Accès : Transilien N jusqu’à Meudon ou RER C jusqu’à Meudon-Val-Fleury, puis montée à pied vers la terrasse de l’Observatoire.

La grande cascade du Domaine national de Saint-Cloud / © Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
La grande cascade du Domaine national de Saint-Cloud / © Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Pour passer la journée à changer de panorama : le domaine de Saint-Cloud

S’il fallait n’en garder qu’un pour un grand pique-nique à l’ouest de Paris, ce serait probablement celui-là. Le domaine national de Saint-Cloud couvre 460 hectares, mais son vrai luxe n’est pas seulement sa taille : on peut y passer la journée à changer complètement de point de vue sans jamais quitter le parc.

On peut commencer par la terrasse de la Lanterne, avec la Seine, Paris et La Défense en contrebas, puis tourner le dos à la métropole, suivre les grandes perspectives et les pièces d’eau, s’enfoncer dans les bosquets ou aller chercher une pelouse plus tranquille. À mesure que l’on avance, le domaine cesse presque d’être un parc pour devenir un morceau de campagne posé sur les coteaux de la Seine.

Et il y a surtout notre détour préféré : le Jardin du Piqueur, dans un vallon du domaine. Cette ancienne ferme est aujourd’hui animée par l’association Espaces, qui y pratique le maraîchage et l’insertion professionnelle. Selon les jours et les récoltes, on peut y faire une halte et repartir avec des légumes du potager sous le bras, ce qui permet d’améliorer sérieusement le contenu du pique-nique.

Accès : métro ligne 9 jusqu’à Pont de Sèvres pour entrer par le bas du domaine, ou ligne L jusqu’à Garches–Marnes-la-Coquette pour arriver du côté du Jardin du Piqueur.

La butte d'Orgemont à Argenteuil / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris
La butte d’Orgemont à Argenteuil / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

Pour manger avec tout le Grand Paris devant soi : la butte d’Orgemont

À Argenteuil, la butte d’Orgemont culmine à 124 mètres et offre l’un des panoramas les plus larges sur la métropole. Après les quelque 250 marches qui permettent d’accéder au sommet — un chemin plus doux existe aussi —, on découvre une grande pelouse avec la tour Eiffel, Montmartre, La Défense et le port de Gennevilliers à l’horizon.

C’est l’un de nos endroits préférés pour un pique-nique qui donne l’impression d’avoir beaucoup préparé alors qu’il suffit finalement de prendre la ligne J et de grimper un peu. Seul rappel que vous n’êtes pas dans le Vexin profond : l’A15 n’est jamais très loin.

Accès : ligne J jusqu’à Argenteuil, puis environ 2 km à pied.

Lil’Ô jardon, structure ESS située à l’Ile-Saint-Denis. Jéromine Derigny pour Enlarge your Paris

Pour pique-niquer dans un paysage que presque personne ne connaît : le parc de L’Île-Saint-Denis

Ce n’est ni le plus simple d’accès ni le plus connu de cette sélection. C’est aussi pour cela qu’on l’aime. Au nord de L’Île-Saint-Denis, le parc départemental s’étire entre les deux bras de la Seine et offre par endroits un paysage franchement improbable pour qui ne connaît de ce secteur que les échangeurs, les ponts et les anciennes zones industrielles.

Le plus beau est d’aller chercher les lisières du parc, au plus près du bras mort de la Seine. L’eau ralentit, les berges se font plus sauvages et l’on se retrouve dans un paysage presque suspendu, très loin de l’image que l’on se fait habituellement de la Seine-Saint-Denis. C’est un endroit parfait pour les pique-niques qui s’éternisent et les balades sans autre programme que de suivre l’eau.

Et si vous êtes venu jusque-là, autant pousser encore un peu vers le nord de l’île jusqu’à Lil’Ô, le site développé par l’association Halage sur une ancienne friche industrielle. On y expérimente depuis plusieurs années une autre manière de faire de l’agriculture urbaine, entre horticulture, fabrication de sols fertiles, renaturation et insertion professionnelle. On commence dans un parc presque oublié au bord de la Seine et on termine dans l’un des lieux les plus intéressants du Grand Paris pour comprendre comment on peut refaire pousser du vivant sur une friche industrielle.

Accès : tram T1 jusqu’à L’Île-Saint-Denis, puis bus vers le parc. Lil’Ô se trouve plus au nord de l’île.

Avant de sortir la nappe

À Paris, les barbecues et les feux sont interdits dans les parcs et jardins. Dans les grands parcs, domaines et bases de loisirs franciliens, les règles peuvent varier : mieux vaut vérifier celles du lieu avant de partir. Pour le reste, la seule règle vraiment universelle du pique-nique reste la même : tout ce qui est arrivé dans votre sac doit repartir avec vous.