Safran du Khorasan, sumac acidulé, riz moelleux et ragoûts parfumés : la gastronomie iranienne est l'une des plus raffinées du Moyen-Orient, pourtant elle reste méconnue des Parisiens. De la mythique rue des Entrepreneurs dans le 15e — surnommée le « Petit Téhéran » — aux cantines modernes du 9e et aux trésors cachés de Saint-Germain, découvrez notre sélection des adresses incontournables pour un voyage culinaire en Perse sans quitter la capitale.

Seriez-vous capable de citer deux plats iraniens ? Éclipsée par ses voisins libanais, turcs et syriens, la gastronomie iranienne reste largement sous-radar, même à Paris où l’on célèbre pourtant toutes les cuisines du monde, du boui-boui au gastronomique. Bien dommage car la cuisine perse est l’une des plus anciennes, des plus raffinées et des plus subtiles du Moyen-Orient. Bref, elle a tout pour perSer.
La route des épices dans chaque bouchée
Sur la route des épices, la gastronomie iranienne doit beaucoup à ses ressources, bien sûr, mais surtout à une maîtrise rare des épices et des parfums : le safran du Khorasan, parmi les plus réputés au monde, le sumac acidulé, le citron noir séché qui réveille les ragoûts.
Et puis il y a le riz. Si vous pensez que le riz ne peut pas être kiffant, goûtez au riz iranien : moelleux, léger grâce à sa double cuisson, décliné en dizaines de recettes, pimpées d’épices, d’herbes fraîches et de fruits secs.
Le Petit Téhéran parisien
Depuis près de quarante ans, les initiés savent où aller pour leur dose de ghormeh sabzi : la rue des Entrepreneurs, dans le 15e arrondissement, rebaptisée depuis longtemps le « Petit Téhéran ». À partir des années 1980-1990, la communauté iranienne s’y installe, ouvrant restaurants et épiceries.
Au 65 de la rue, Mazeh ouvre le bal dès 1984. Quand on ne cède pas aux brochettes qui crépitent sur charbon ardent, on plonge dans les plats mijotés, à commencer par le chelo ghormeh sabzi : jarret de veau fondant aux herbes, haricots rouges, citron noir, servi avec un riz safrané impeccable. Pour saucer, le pain taftoun arrive tout chaud, sorti du four tanour qui trône en salle. Le riz, ici, n’est jamais un simple accompagnement : il a sa propre carte, et des déclinaisons à se damner. Mention spéciale pour le chirazi polo, basmati aux pistaches, écorces d’orange et raisins secs. En dessert, on prend le dessert traditionnel même si peu consensuel : le faloudeh, une glace à base de vermicelles de riz, de jus de citron délicatement parfumée à l’eau de rose.
Au 62 bis, l’épicerie fine Eskan permet de refaire le plein : sumac, citrons noirs en poudre, pistaches, herbes séchées. Cheminée au 60 bis, Caspian au 62, Guylas au 68… chacun a son QG pour s’envoyer un chelo kebab : du riz basmati iranien (chelo), surmonté de beurre et de tahdig, cette croûte dorée et croustillante au fond de la marmite, accompagnée de brochettes d’agneau, de bœuf ou de poulet, grillées au charbon…. Le Petit Téhéran a même débordé dans les rues adjacentes, totalisant aujourd’hui près d’une vingtaine d’adresses iraniennes dans le 15e.

D’autres adresses pour découvrir la gastronomie iranienne à Paris
Pour un tour d’horizon de la gastronomie iranienne en un seul repas, direction À Table, dans le 20e. Une cuisine familiale à découvrir sous forme d’un buffet pour ne pas choisir entre plats en sauce, dolmas et grillades. L’occasion de goûter au gheymeh bademjan, un sauté d’agneau mijoté avec pois cassés, tomates, citron séché et aubergines fondantes.
Pour une option moderne autant dans le décor que dans l’assiette, on file chez Namak dans le 9e. Le Ghormeh Sabzi y est renommé le Goûte-moi ça et s’accompagne d’un Shiraz mule, cocktail où la vodka rencontre une mélasse de grenade. En dessert, c’est tahchin, gâteau de riz salé au yaourt et safran avec un thé iranien qui clôt chaque fin de repas en Iran.
Pour l’adresse cachée, on pénètre dans le marché Saint-Germain pour s’attabler sur l’une des rares tables de Shirinkam où Esmaeil Rezaei déroule scrupuleusement son semainier. Le mardi, c’est Ghormeh Sabz, le mercredi, c’est fassenjun, un mijoté de poulet dans une mélasse de grenade aux noix, le jeudi, c’est Khoresht Bademjun, mijoté de veau aux aubergines et pois cassés accompagné de riz safrané. Et tous les jours, on peut s’envoyer de délicieux sandwichs à l’instar du Koukou Sabzi (omelette iranienne aux herbes, noix, épine-vinette, crudités). Mais attention, le chef se définit en premier lieu comme pâtissier, alors ce serait dommage de repartir sans prendre de dessert. Les Berenji, biscuits iraniens au safran ou parfumés à la rose, macarons pistache et safran, divins bakhlava d’Iran garnis de généreuses couches d’amandes et de pistaches parfumées à la rose et à la cardamome.

Informations pratiques
« Le Petit Téhéran » — Paris 15e (Métro L10 Charles Michel)
- Mazeh . 65 rue des Entrepreneurs, 75015 Paris . Métro Charles Michel (L10) . Ouvert tous les jours de 11h30 à 22h30 . www.mazeh.com
- Caspian . 62 rue des Entrepreneurs, 75015 Paris . Métro Charles Michel (L10) . Ouvert pour le déjeuner et le dîner . caspianparis.fr
- Guylas . 68 rue des Entrepreneurs, 75015 Paris . Métro Charles Michel (L10) . Ouvert tous les jours de 10h à 2h . guylasparis.fr
- Cheminée . 60bis rue des Entrepreneurs, 75015 Paris . Métro Charles Michel (L10) . Ouvert tous les jours de 11h à 22h45 . restaurant-cheminee.fr
- Eskan (épicerie fine) . 62bis rue des Entrepreneurs, 75015 Paris . Métro Charles Michel (L10) . Lundi-samedi 9h-21h30, dimanche 10h-21h30 . www.maisoneskan.fr
Autres arrondissements
- À Table . 92 rue de la Réunion, 75020 Paris . Métro Alexandre Dumas (L2) . Mardi-samedi 12h-15h et 19h-22h30, dimanche 11h-15h (brunch) — Fermé le lundi . www.a-tableparis.fr . @atable.paris
- Namak . 18 rue Saint-Lazare, 75009 Paris . Métro Notre-Dame-de-Lorette (L12) . Mardi-samedi 12h-14h et 19h-22h, lundi soir uniquement 19h-22h — Fermé le dimanche . @namak.paris
- Shirinkam (pâtisserie-traiteur) . 4 rue Lobineau (Marché couvert Saint-Germain-des-Prés), 75006 Paris . Métro Mabillon (L10) . Mardi-samedi 8h-19h30, dimanche/fériés 8h-13h — Fermé le lundi . www.shirinkam.fr
En poussant la porte de ces adresses, vous découvrirez bien plus qu’une cuisine : un peuple, une culture, une diaspora. Et peut-être, autour d’un thé au samovar, une façon de murmurer avec eux : Zan, Zendegi, Azadi — Femme, Vie, Liberté. — Note de la rédaction.
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15 janvier 2026 - Paris