
À la pointe sud de l'île, là où les rameurs du plus vieux club d'aviron de France glissent sur la Seine depuis 1853, les élus viennent d'acquérir un bâtiment qui abritera bientôt une base nautique ouverte à tous. Le retour de la baignade dès l'été prochain est à la fois l'héritage des Jeux et le retour d'une pratique des bateliers au XIXe siècle.
Il existe un coin de Seine que presque personne ne connaît — pas encore. Ce n’est pas le grand fleuve parisien des péniches et des touristes, mais un bras discret à la pointe sud de l’Île-Saint-Denis, côté île des Vannes, à deux pas du métro Mairie de Saint-Ouen. Là, l’eau devient calme, presque immobile. Pendant des décennies, cet endroit oublié était réservé aux chantiers navals qui réparaient les bateaux-mouches et aux rameurs du Rowing Club — le plus ancien club d’aviron d’Île-de-France, fondé en 1853, dont le garage à bateaux s’ouvre directement sur la berge. Sur sept kilomètres, kayaks et yoles glissent entre les deux pointes de l’île. Bientôt, on pourra aussi s’y baigner.
Il y a quelques jours, Plaine Commune a signé l’achat du bâtiment qui accueillera une base nautique ouverte à tous : on pourra y faire de la voile légère, du pédalo, canoë, kayak, et buller sur un restaurant-terrasse au dernier étage. L’ouverture est prévue pour 2027, dans l’héritage des Jeux de Paris 2024.
La baignade, elle, pourrait arriver plus tôt : deux sites sont à l’étude avec l’objectif d’ouvrir dès 2026. Pour y parvenir, plusieurs chantiers sont en cours — raccordement des péniches au réseau d’assainissement, grand bassin de stockage des eaux pluviales à Clichy-la-Garenne attendu pour 2027 (merci le SIAAP !) C’est le prix du plouf. La qualité de l’eau, elle, progresse.
Pink Floyd, une centaine de kayaks et un bistro avec vue sur La Défense
L’endroit doit aussi son caractère à ses voisins — et ils sont de taille. À quelques mètres de l’eau, le Rowing Club abrite dans ses sous-sols une centaine de bateaux et de kayaks, dans un garage qui donne directement sur la berge : scène à la fois insolite et spectaculaire. Juste à côté se dresse la Grande Nef de l’île des Vannes, immense cathédrale de béton précontraint inaugurée en 1971, classée Monument historique, où Pink Floyd a joué en 1972 et Led Zeppelin en 1973. Tout cela au sud de l’île, accessible en métro mais ignoré de la plupart des Franciliens — ce qui, ici, est presque un compliment. On attend déjà l’ouverture du bistrot prévu à l’extrême pointe, avec vue sur La Défense.
Se replonger ici dans la Seine n’aurait rien d’une première. Au XIXe siècle, avant que la pollution industrielle ne ferme le fleuve pendant près d’un siècle, les bateliers amarrés le long des berges s’y baignaient volontiers — pause rafraîchissante entre deux chargements. Ce que Plaine Commune prépare aujourd’hui leur aurait semblé naturel : pouvoir plonger dans l’eau à deux minutes de vélo de Saint-Ouen, dans ce bras tranquille, sans vagues ni trafic, que les rameurs gardent encore comme un secret. Plus pour longtemps.
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23 février 2026 - Ile-Saint-Denis