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On pensait connaître l’Île-de-France. Et puis Villarceaux

Le Domaine de Villarceaux (95). Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Au fond d'un vallon du Vexin, une source sort du pied d'un donjon médiéval, des étangs se succèdent, deux châteaux de deux siècles différents se regardent depuis le même coteau. Villarceaux, propriété de la Région Île-de-France, ouvre sa saison 2026 - et prépare une renaissance pour 2027. On y va, évidemment.

On a beau avoir arpenté les quatre coins de la région, il arrive encore qu’un territoire vous surprenne vraiment. Villarceaux, c’est ce genre de surprise. Au fond d’un vallon du Vexin, une source sort directement du pied d’un donjon médiéval — comme si la pierre elle-même produisait de l’eau. Elle alimente des étangs, longe un moulin, serpente entre les jardins. Et quand on lève les yeux, on découvre, superposés sur le coteau : un manoir du XVIIe siècle où Ninon de Lenclos fit scandale, un château Louis XV bâti sur les hauteurs parce que le précédent était jugé trop sombre, un parc à la française, un potager conservatoire. Soixante-dix hectares. Plusieurs siècles. Un seul domaine, propriété de la Région Île-de-France, à une heure de Paris — et jusqu’à très récemment, presque personne ne le savait.

Un prieuré libertin, un marquis capricieux et une fondation suisse

Un endroit pareil ne s’invente pas. Il s’accumule. Villarceaux, c’est mille ans de couches superposées — chaque époque a ajouté quelque chose sans rien effacer. Ce qui explique à la fois l’improbable richesse du site et son apparent désordre : ici, un donjon du XIIe siècle jouxte un potager du XXIe. Tout ça tient ensemble parce que ça s’est construit lentement, par sédimentation.

L’histoire commence au XIIe siècle avec des moniales bénédictines attirées par les sources du vallon — si nombreuses, dit-on, que personne n’a jamais réussi à toutes les compter. Le prieuré acquiert rapidement une réputation singulièrement libérée. À la Renaissance, le domaine devient un empire de 1 700 hectares, si productif qu’il ravitaille les tables de Versailles avec ses légumes. Au XVIIe siècle, Ninon de Lenclos s’y installe — ses cabinets peints, restés intacts, sont aujourd’hui l’un des trésors du manoir.

Puis vient le coup de théâtre du XVIIIe : le marquis du Thil trouve le château médiéval trop vieillot, trop sombre, trop humide, et fait construire un second château sur les hauteurs — pur lieu de villégiature et de plaisir. Deux châteaux sur un même domaine, à deux époques, dans deux esprits radicalement différents. C’est ce qui rend Villarceaux improbable.

En 1975, les derniers propriétaires privés sont victimes d’une sombre affaire immobilière. Une fondation suisse rachète et transforme le domaine en laboratoire de la transition écologique. La Région Île-de-France en reprend ensuite la gestion — et prépare désormais ce qu’elle appelle une renaissance : une résidence de création internationale, un hôtel dans les communs en ruine, un restaurant. Horizon 2027.

La saison 2026, côté pratique

En attendant, le domaine est ouvert et la saison 2026 est déjà lancée. Quarante événements, gratuits pour l’essentiel, du 4 avril au 1er novembre. Le coup d’envoi, c’est ce week-end. Les 18 et 19 avril, la Fête du Printemps ouvre la saison : grande bourse aux plantes pour échanger semis, graines et conseils, balade ornithologique avec la Ligue de Protection des Oiseaux en compagnie de Judicaël Eymard, artiste plasticien en résidence sur le domaine (sur réservation : domainedevillarceaux@iledefrance.fr). Le dimanche, place à l’exploration : visites commentées, escape game, baptêmes en montgolfière, ateliers artistiques et visite du potager conservatoire.

Les rendez-vous à retenir ensuite :

  • Les Historiques (6 et 7 juin) : reconstitutions, animations et grand défilé costumé du Moyen Âge au XIXe siècle.
  • Les Samedis à la campagne (2 mai, 13 juin, 11 juillet, 12 septembre, 10 octobre) : pique-nique dans les jardins, concerts, bals et balades thématiques.
  • Les Jardins sonores (18 juillet) et Balades extraordinaires (26 juillet) : concerts et performances en plein air.
  • Les Flâneries nocturnes et Balades au crépuscule (2 et 16 mai, 13 et 20 juin, 4 et 29 juillet, 1er août) : découverte poétique du domaine avec artistes, musiciens et conteurs.
  • Côté musique : Vincent Peirani à l’accordéon (16 mai), un concert d’oiseaux par Soundinitiative et Grégoire Lorieux (13 juin), Emily Loizeau en octobre.
  • Côté nature : initiations à l’apiculture (juin, août), nuit des chauves-souris (28 août).
  • Tout au long de la saison : visites commentées les week-ends (gratuit sur réservation), montgolfière (payant), escape games dès 8 ans.

Infos pratiques : Programme complet de la saison 2026

Y aller sans voiture : possible, mais ça se prépare

Villarceaux est avant tout un site de proximité pour les habitants du Vexin et du Val-d’Oise — pas de gare à proximité, peu de bus réguliers. Pour les Franciliens qui viendraient de Paris, il faut anticiper.

Le transport à la demande d’Île-de-France Mobilités dessert le domaine, avec un arrêt à deux pas du château. On réserve sur l’application TàD, jusqu’à 30 jours à l’avance, on valide son Navigo en montant. Le minibus relie Villarceaux à Mantes-la-Jolie via La Roche-Guyon. Seule contrainte : les arrêts sont fixes, ce qui demande un repérage en amont pour caler son itinéraire. Nous l’avons testé en février, après une randonnée dans le Vexin : ça fonctionne.

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