
Pendant que le parc de Sceaux affiche complet, des milliers de prunelliers sauvages fleurissent en paix le long des gares, au pied des immeubles et dans les cités, au bord des autoroutes et des rues. Ramona Strachinaru, experte arboricole, nous apprend à voir la poésie du printemps dans notre quotidien.
Sceaux : quand le succès devient un problème
Les créneaux pour s’asseoir sous les cerisiers du parc de Sceaux sont déjà complets. Les premiers, du moins, car le Domaine départemental des Hauts-de-Seine promet d’en ouvrir progressivement de nouveaux à partir du 4 avril. Le hanami de Sceaux est devenu le premier événement public gratuit des Hauts-de-Seine, avec 500 000 visiteurs l’an dernier sur deux bosquets, 144 cerisiers côté nord, quelques dizaines côté sud.
Face à cette (sur)fréquentation, les gestionnaires du domaine ont sorti les clôtures et ouvert une billetterie gratuite, mais obligatoire, pour s’installer sous les arbres. Non pas pour faire la queue pour rien, mais pour protéger les cerisiers. Ramona Strachinaru, experte arboricole, explique le mécanisme : « Le piétinement autour des arbres chasse l’air dans le sol. Le sol devient plus compact, ça empêche les échanges gazeux. Il y a clairement un risque d’asphyxie des racines. Et si les racines s’asphyxient, il y a une baisse de vigueur de l’arbre qui se fera beaucoup plus facilement attaquer par les agents pathogènes, dont les champignons. » Des arbres qui ont mis pour certains un siècle à pousser. Abîmés pour trois jours de floraison et des TikTok à deux centimètres des fleurs ?
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Ce que les Japonais savent et pas nous, visiblement
Au Japon, le hanami est structuré par quelque chose de plus profond que l’événementiel. « Du sud au nord, les cerisiers arrivent à fleurir pendant quasiment un mois et demi, ça rythme la vie culturelle et la vie psychologique. » Les Japonais ont même un mot pour désigner ce que nous semblons avoir perdu en route : hakanai. « Quelque chose est beau parce qu’il est fragile et qu’il peut disparaître à tout moment. On n’est pas obligé de s’en approcher autant, on n’est pas obligé de faire des TikTok en dessous. » Pour Ramona Strachinaru, le hanami du Grand Paris se passe aussi dans tous ses recoins, des parcs aux rues et aux cités, des sentiers aux quartiers pavillonnaires. Sans réservation. Sans clôture. Sans champignon pathogène. « On a des Prunus spinosa, des prunelliers sauvages qui poussent dans toutes les haies. On en croise partout, on a l’impression que c’est enneigé. »
Ces Prunus spinosa et ces Prunus serrulata qui fleurissent au même moment sont pour l’œil humain quasiment identiques aux sakura, ces fameux cerisiers ornementaux japonais. Et ils sont tout aussi éphémères, parfois plus. « On compte des milliers de fleurs pour un seul buisson. Certaines éclosent le matin,et fanent pollinisées dès l’après-midi. C’est beau et spectaculaire. » Si on veut vraiment respecter le sentiment du hanami, « il faut prendre le temps, s’arrêter pour s’émerveiller devant ces Prunus ». Ceux qui n’ont pas de file d’attente.

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28 mars 2026 - Métropole du Grand Paris