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Le parc de Sceaux et la forêt de Fontainebleau sont-ils guettés par le surtourisme ?

parc de sceaux
Le parc de Sceaux attire chaque printemps de nombreux visiteurs à l’occasion de la floraison des cerisiers / © Jean-Pierre Dalbéra (Flickr – Creative commons)

Depuis quelques années, les cerisiers du parc de Sceaux et les sentiers de la forêt de Fontainebleau attirent un public toujours plus nombreux. À l'image des calanques de Marseille ou des falaises d'Étretat, la forte fréquentation constitue-t-elle un risque pour ces deux monuments verts du Grand Paris ? Enlarge your Paris a enquêté.

Perches à selfie, slalom entre les grappes de promeneurs, vidéastes amateurs, groupes de musiciens, mariés qui prennent la pose… Non, vous n’êtes pas en mai sur la butte Montmartre (18e) mais bien au parc de Sceaux (Hauts-de-Seine) le week-end du hanami les 15 et 16 avril derniers, la fête japonaise qui célèbre la floraison du sakura, cette variété de cerisiers aux fleurs roses que l’on trouve en grande concentration dans le bosquet nord du parc. Si cet événement très éphémère vaut le coup d’œil, l’affluence peut être gênante, voire pénible. Côté forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), même phénomène, puisqu’il est devenu difficile de se garer dans l’un des parkings donnant accès aux fameux « Sables du cul du chien » ou au « Sentier des 25 bosses ».

Peut-on parler de « surtourisme », à l’instar des calanques de Marseille ou des falaises d’Étretat ? « Depuis 2015, nos études montrent que la fréquentation a bondi de 25 %. Et cela ne concerne pas que quelques week-ends de l’année. Il n’y a pratiquement plus de basse saison. Nous avons parfois des mois de février qui ressemblent à des mois de septembre d’il y a sept ans. Et les parkings sont déjà saturés par les vans et les camping-cars – alors que le camping est interdit – avant même que les promeneurs n’arrivent », note Sophie David, responsable adjointe à l’accueil du public de l’agence Île-de-France Est de l’Office national des forêts (ONF).

« La crise sanitaire a clairement redonné envie aux gens de se tourner vers la nature proche de chez eux »

Les paysages dépaysants de la forêt de Fontainebleau, la passion pour l’escalade que partagent de plus en plus de Franciliens, les jolies balades en VTT… Autant de raisons de se rendre dans ce massif forestier deux fois plus grand que Paris et qui pourrait être un jour classé au patrimoine mondial de l’Unesco. « La crise sanitaire a clairement redonné envie aux gens de se tourner vers la nature proche de chez eux. Les promeneurs sont aujourd’hui en majorité des personnes venues des communes limitrophes de la forêt », explique Sophie David, qui constate une concentration à certains endroits alors que d’autres restent méconnus.

Le parc de Sceaux est lui aussi très prisé du public local  : « En pleine crise sanitaire, lorsque les déplacements étaient limités, la fréquentation du parc a été très forte et cela a perduré », témoigne Guillaume Mauri, responsable de la Maison du tourisme de Sceaux. La célébration  de l’hanami a pris, elle, de l’ampleur ces dernières années pour d’autres raisons. « Avec le succès des mangas et des dessins animés japonais notamment, le Japon est devenu très populaire. Les associations japonophiles, les groupes sur Internet et les médias comme le vôtre ont largement communiqué sur cet événement. D’autant que le sakura est aussi hautement « instagramable » ! Les réseaux sociaux se délectent de ce genre d’images », ajoute Guillaume Mauri.

La difficulté d’allier tourisme et préservation du patrimoine

« Ce n’est pas une seule pratique mais le nombre de personne qui fréquentent un lieu qui est la cause de la dégradation de la biodiversité. J’ai vu des rochers blancs de magnésie tellement ils avaient été grimpés », confie Sophie David qui ne veut pour autant stigmatiser personne. « Dans nos études, les sondés insistent presque tous sur l’importance de la biodiversité. Dans les faits, les gens viennent consommer de la nature plutôt qu’apprendre d’elle », résume Sophie David. Certes, depuis l’été 2022, la problématique des feux de forêt a bien été entendue et les déchets sont désormais largement ramassés, mais les chiens sont encore lâchés hors des sentiers et l’érosion continue de s’étendre à force de marcher sur des « faux chemins ». Pour autant, l’ONF ne compte pas mettre en place de politique de quotas ou d’interdiction comme on peut le voir sur certains sites touristiques naturels. « Il serait impossible de limiter l’accès à la forêt qui est immense et ouverte. Et puis, restons positifs. C’est un travail de longue haleine. 25 ans après que les poubelles ont été retirées de la forêt, elle est désormais globalement propre. Le message a fini par passer. » Autre enjeu : les Jeux olympiques de Paris en 2024. L’ONF compte bien profiter de l’afflux de grimpeurs et de passionnés de VTT pour communiquer sur l’importance de préserver la biodiversité en forêt.

Interdiction d’interdire

Tout comme l’ONF, la Maison du tourisme de Sceaux n’entend pas déconseiller la visite du jardin japonais. Le mot d’ordre reste plutôt d’inciter le public à diversifier ses lieux et ses horaires de promenade. « À la Maison du tourisme, nous utilisons surtout la pédagogie pour inciter les gens à venir voir les cerisiers plutôt le matin et en semaine si possible, indique Guillaume Mauri. Restreindre l’accès à cet espace ne relève pour l’instant pas du tout de l’état d’esprit du département des Hauts-de-Seine. L’idée reste d’offrir un véritable service public aux Franciliens qui ont besoin de pouvoir profiter librement de leur patrimoine et de la nature près de chez eux. » Conclusion : puisque le Grand Paris est grand, pourquoi s’entasser ?

Infos pratiques : plus d’infos sur tourisme.sceaux.fr et sur onf.fr

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