
En Île-de-France, les aéroports jouent au jeu de l'oie depuis un siècle. Air France quitte Le Bourget pour Orly en 1952, Orly pour Roissy en 2026. Les pistes ne disparaissent pas — elles se reconvertissent. En musée, en base low-cost, en terrain de fête. Samedi 28 mars, la compagnie tricolore a avancé d'une case. Le plateau, lui, continue de tourner.
Ce samedi 28 mars 2026 à 21h55, un avion Air France s’est posé à Orly en provenance de Nice. C’était le dernier. Après 80 ans de présence, la compagnie tricolore transfère tout à Roissy-Charles-de-Gaulle, laissant ses créneaux intérieurs à sa filiale low-cost Transavia. Vols domestiques jugés « structurellement déficitaires » : le diagnostic est froid comme un tarmac en janvier.
Case Bourget, case Orly, case Roissy
C’est pourtant à Orly qu’Air France avait posé ses valises en 1952, en quittant Le Bourget — déjà. Le Bourget, où les riverains du 93 et du 95 subissent désormais les nuisances des jets privés sans jamais monter à bord, mais où le musée de l’Air et de l’Espace vaut largement le voyage — à condition de s’y rendre, ce qui restera compliqué encore quelques années.
Vingt ans plus tard, en 1974, une nouvelle case s’ouvre sur le plateau : Charles-de-Gaulle, planté dans les vastes étendues céréalières de la plaine de France, au nord — bientôt relié par la ligne 17 du Grand Paris Express.
Orly, elle, avait une autre histoire : ancienne base militaire de la Luftwaffe, reconvertie en aéroport civil, puis en symbole de la modernité française. Dans les années 1960, ses terrasses attiraient autant de visiteurs que la Tour Eiffel. Voir décoller un avion, c’était observer le futur. Case suivante.
La dernière fois que l’aéroport d’Orly avait fait parler de lui, c’était à cause d’un métro. Juin 2024, juste avant les Jeux olympiques de Paris, l’aéroport devenait le nouveau terminus de la ligne 14. Aujourd’hui, c’est le départ d’Air France. Transavia reprend les créneaux et assurera la moitié du trafic de la plateforme. La ligne 18 du Grand Paris Express viendra bientôt prolonger le désenclavement. La piste tourne, même sans les couleurs bleu-blanc-rouge.
Cases suivantes
Aujourd’hui, le seul appareil qu’on regarde vraiment, c’est un Concorde à l’arrêt — posé le long de la nationale 7 à Athis-Mons, en lisière du même aéroport. Relique de la modernité Made in Trente Glorieuses, il ne ralliera plus jamais Washington en 3h33.
À quelques kilomètres, la base aérienne de Brétigny — l’une des plus longues pistes d’Europe, capable théoriquement d’accueillir la navette spatiale américaine — héberge désormais un festival de cerfs-volants, et la Fête de l’Humanité, délocalisée de Seine-Saint-Denis il y a quatre ans. Une autre case du plateau.
À quelques centaines de mètres du Concorde, au bord d’une route départementale, une autre relique : une mire de Cassini, petit obélisque de pierre qui permettait aux savants du XVIIIe siècle de calculer le méridien de Paris. Plus personne ne la regarde. La modernité passe. Le plateau, lui, continue de tourner.
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29 mars 2026 - Orly