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Des cultivatrices de safran ouvrent la ruée vers l’or rouge sur les toits de Paris

Collecte du safran sur un toit du 13e arrondissement avec Bien Elevées /  © Steve Stillman pour Enlarge your Paris
Collecte du safran sur un toit du 13e arrondissement avec Bien Elevées / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

Elles sont quatre soeurs et ont créé Bien Elevées, une toute jeune entreprise qui s'est spécialisée dans la culture du safran en ville. Fin octobre, elles ont terminé leur première récolte sur un toit du 13e arrondissement à Paris.

Qui l’eût cru ? La ruée vers l’or rouge passe désormais par les toits du 13e arrondissement. L’or rouge, c’est le safran, épice la plus chère du monde – comptez environ 30.000€ le kilo – et que quatre soeurs ont décidé de faire pousser en plein coeur de Paris. Tout commence à Noël 2017. Amela, Louise, Philippine et Bérengère remplissent le dossier de candidature pour la deuxième édition du concours Parisculteurs. Coup d’essai coup de maître. Les 1800 m² du toit-terrasse du Monoprix Bièvre, 42 Rue Daviel  (13e), leur sont confiés et l’enseigne s’engage même à vendre une partie de la production. Un circuit ultra court ! Ainsi naît Bien Elevées, entreprise familiale et « maison d’agriculture urbaine ». 

En France, les quelques producteurs de safran installés peinent à vendre cette épice haut de gamme. D’où l’intérêt pour les quatre soeurs de produire en ville, au coeur du circuit de distribution. “Au Moyen Âge on en cultivait partout. Aujourd’hui en France on ne produit que 40 kg par an de safran alors qu’une dizaine de tonnes sont consommées par les Français, venant surtout d’Iran ou d’Espagne. C’est pourquoi nous aimerions créer une coopérative, rassembler les producteurs isolés et se fédérer intelligemment pour répondre à la demande”, explique Amela.

150 fleurs pour un gramme de safran

Après avoir charrié 82 tonnes de terre et choyé leurs 32.000 bulbes de crocus sativus, les néo-agricultrices viennent tout juste d’achever leur première récolte. Le safran a la particularité de germer quand les autres plantes hibernent et se ramasse en deux semaines à l’automne. Une cueillette qui s’effectue à la main et qui réclame beaucoup de temps puisqu’il s’agit ensuite de couper le pistil de chaque fleur au ciseau, d’où le prix élevé de cette épice. Sachant qu’il faut en moyenne 150 fleurs pour produire 1 gramme de safran, Bien Elevées espère une production de 200 grammes pour cette première année.  

Le modèle, économe en énergie et en matériaux, est facilement duplicable et les 4 cheffes d’entreprise, qui exercent toute un métier en parallèle, reçoivent de nombreuses sollicitations pour s’implanter sur d’autres sites parisiens. “Cette petite épice est un moyen efficace de revivifier un quartier, de reconnecter les habitants entre eux, avec leur environnement et la lenteur du cycle de la nature”, témoigne Amela. Le voisinage est en effet le bienvenu pour aider à l’entretien du site.

Pour l’instant, un démonstrateur de 30 m² est exposé dans la patio de l’Institut du monde arabe (5e) et bientôt le crocus sativus sera l’hôte des toits d’un cinéma et d’un hôtel. Avec l’appui de quelques alliés, Bien Elevées développe déjà de nombreux produits dérivés à partir de son safran : biscuits apéro, savons, baumes, bonbons… Tous les feux sont au vert pour que l’or rouge fasse son trou dans le Grand Paris. 

Infos pratiques : Bien Elevées, 42 rue Daviel, Paris (13e). Plus d’infos sur Facebook ou sur bienelevees.com

A gauche Louise, l'une des quatre soeurs à l'origine de Biens Elevées / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris
A gauche Louise, l’une des quatre soeurs à l’origine de Biens Elevées / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

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