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Les bons plans en circuits courts du Grand Paris comestible

L'épicerie locavore Kelbongoo dans le 19e / © Mona Prudhomme pour Enlarge your Paris
L’enseigne locavore Kelbongoo à Paris / © Kelbongoo

Alors qu'a lieu ce 28 novembre aux Grands Voisins (14e) dans le cadre des Rencontres agricoles du Grand Paris la conférence "Agriculture urbaine, de la ferme à l'assiette", Mona Prudhomme, journaliste pour Enlarge your Paris, est partie à la rencontre des acteurs du Grand Paris locavore.

Manger sain et local est un sport en plein essor, mais qui reste encore difficile à pratiquer lorsque l’on se trouve loin des champs et des fermes. Heureusement, les initiatives se multiplient qui répondent à cette demande croissante de consommateurs soucieux de leur santé et de l’environnement. A commencer par les épiceries qui font le choix de travailler en direct avec les petits producteurs

Les épiceries en circuit court

C’est le cas de la Petite épicerie à Montreuil (Seine-Saint-Denis), un projet monté il y a deux ans par deux amies. “Acheter un produit directement à celui qui le fabrique, c’est lui permettre une bonne rémunération tout en garantissant une fraîcheur et une traçabilité irréprochables de nos produits. Nous valorisons en outre de plus en plus les semences paysannes. Peu exigeantes en intrants, elles s’adaptent aux terroirs, aux changements climatiques et participent à une biodiversité retrouvée”, témoigne Flora, l’une des deux fondatrices.

La boutique vend des produits montreuillois, comme le miel, la bière et le café Kaldi torréfié à quelques rues de là, des fruits et légumes cultivés pour l’essentiel dans les Yvelines ainsi que des fromages et de la charcuterie en provenance de Normandie. “Nous essayons de pratiquer des prix abordables sur tous les produits de base. Notre jambon à la coupe est bien moins cher que le sous-vide industriel, blindé de conservateurs, d’eau et de sel, et dont l’origine n’est pas claire”, souligne Hélène, l’autre fondatrice de cette Petite épicerie.

Dans la commune voisine, à Vincennes (Val-de-Marne), le Potager de Mamie vend depuis 2015 des fruits et légumes bio franciliens. On y achète également du fromage, de la viande de même que des soupes et des confitures qui permettent de recycler les invendus. “C’est difficile de ne faire que du bio. Concernant la viande et le miel par exemple, notre prix de vente en bio montait très haut. Tous nos clients ne pouvaient pas se le permettre. On a préféré arrêter et travailler avec de très bons producteurs en agriculture raisonnée”, explique Ghislaine Varlet, la responsable de l’enseigne.

Lancer une épicerie en circuit court, surtout avec un loyer parisien, requiert de coller parfaitement à la demande du quartier pour s’assurer de rentrer dans ses frais. Au Garde-manger des dames, dans le 17ème arrondissement, on peut faire ses courses mais aussi repartir avec son déjeuner cuisiné maison. “Au début du projet, il y a deux ans et demi, c’était une épicerie très fournie avec une petite offre de restauration. Puis j’ai eu trop mal au coeur, et au porte-monnaie, de voir les produits frais gaspillés faute d’être vendus assez vite. Les employés du quartier souhaitaient surtout manger mieux le midi alors on s’est adaptés et aujourd’hui on fonctionne bien mieux. Nos rares invendus vont au réseau Too Good To Go donc fini le gaspi !”, détaille Isabelle, à l’origine de ce chaleureux garde-manger où l’on dégote le célèbre jambon Prince de Paris vendu à la coupe ou encore le yaourt grec et les terrines de poisson des Yvelines.

Chez Kilogrammedans le 19e, la démarche zéro déchet est poussée encore plus loin. Huile d’olive, lessive, cosmétiques, tofu artisanal de l’atelier Toutofu à Paris, café Esperanza torréfié à Saint-Denis, burrata, chocolat, vin, céréales… tout s’achète en vrac. L’engagement d’Iris et Xavier est exigeant et rare puisque chaque produit se doit d’être à la fois local, bio et sans emballage. Ouverte il y a seulement 2 mois, l’épicerie propose déjà 450 références et a très rapidement fidélisé une clientèle, notamment grâce aux sourires et aux idées recettes des deux épiciers passionnés. Iris anime régulièrement des ateliers pour fabriquer ses cosmétiques ou ses produits ménagers ainsi que des rencontres-débats sur les nouveaux modes de consommation. Bientôt un service de petite restauration permettra même de cuisiner les invendus.

A lire : « Le Grand Paris est un parfait laboratoire agricole »

Une cliente d'Au bout du champ, chaîne implantée à Levallois et Paris / © Au bout du champ
Une cliente d’Au bout du champ, chaîne implantée à Levallois et Paris / © Au bout du champ

Des systèmes de collecte pour tous les goûts

“Bien que l’Île-de-France se situe au centre d’un riche bassin agricole contrairement à bien des métropoles (New York, Tokyo, Londres…), les quelques 5.000 exploitations franciliennes ne peuvent et ne pourront pas répondre aux besoins alimentaires de 12 millions de consommateurs, tant en quantité qu’en diversité”, constatait l’an dernier dans une tribune Laure de Biasi, chargée d’études à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France. Ce qui n’empêche pas Au bout du champ d’afficher cette promesse : “Du champ à votre assiette en moins de 24h !”. Avec ses sept points de vente (six à Paris et un à Levallois-Perret), l’équipe réussit le tour de force de proposer fruits et légumes bio cultivés à moins de 100 km de la capitale et récoltés le matin même. 

Dédiée exclusivement aux produits fermiers de Picardie (en bio ou en agriculture raisonnée), l’enseigne Kelbongoo a quant à elle trois boutiques dans le 20e et le 10e qu’elles n’ouvrent qu’à l’occasion de deux distributions hebdomadaires. Ici, les clients passent leur commande en ligne et viennent la récupérer le mercredi ou le samedi, laissant le temps aux producteurs et aux collecteurs de s’organiser.

Unique en son genre, le Marché sur l’eau distribue depuis 2012 des fruits et légumes de Seine-et-Marne en bateau électrique. Comme pour les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), les adhérents récupèrent leur panier de manière hebdomadaire (11€ le petit et 19€ le grand) et s’engagent dans la durée, ici sur 10 semaines. Les mardis et les samedis, le bateau jette l’ancre à trois endroits sur le canal de l’Ourcq (Sevran, Pantin et place Stalingrad à Paris 19e) pour distribuer les paniers et proposer des produits au détail destinés là encore aux adhérents (20€/an).

Et puisqu’il faut aller autant que possible au-devant des clients, les Paniers fraîcheurs réunissent une trentaine de producteurs franciliens qui distribuent leur production dans une quarantaine de gares du réseau Transilien. Les paniers s’achètent entre 10 et 15€ et sont agrémentés de recettes écrites par des écoles de restauration.

Enfin, impossible de ne pas évoquer La Ruche Qui Dit Oui qui totalise 160 ruches (points de collectes, NDLR) en Île-de-France où sont livrés des produits cultivés dans un rayon de 250 km. Gros avantage, le système ne nécessite aucun engagement et les commandes s’effectuent en ligne. Depuis peu, il est même possible de se faire livrer directement chez soi. Sur le même modèle, on trouve également la plateforme Alancienne qui travaille quant à elle exclusivement avec des producteurs des Yvelines et du Val d’Oise.

A lire : V’Île fertile expérimente le maraîchage bio en bordure du bois de Vincennes

Une distribution de la Ruche qui dit oui ! au Comptoir général à Paris / © Thomas Louapre
Une distribution de la Ruche qui dit oui ! au Comptoir général à Paris / © Thomas Louapre

En direct du producteur au consommateur

Mais la manière la plus rentable et engagée de consommer local reste quand même l’AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne). Ce système, né au Japon dans les années 70, repose sur un partenariat tissé entre un paysan et des consommateurs. Ces derniers s’engagent, souvent sur un an, à acheter un panier hebdomadaire payé à prix équitable afin de permettre au producteur de se rémunérer dignement. Les fidèles des AMAP acceptent aussi le principe de ne pas choisir le contenu de leur panier, qui varie selon les saisons et les aléas climatiques. Depuis 2003, plus de 300 AMAP ont vu le jour en Île-de-France

Parmi les fournisseurs de ces groupements de consommateurs figure entre autres Planète Lilas. Ce potager bio de deux hectares situé au coeur du parc départemental des Lilas à Vitry (Val-de-Marne) fournit deux AMAP des environs en plus de vendre sa production en direct  sur l’exploitation le mercredi et le samedi de 15h à 17h30.

Sur le même principe de vente en direct, les Fermes de Gally proposent leur récolte à l’entrée de leur potager urbain à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Gally c’est aussi et surtout une cueillette en plein champ sur 60 hectares complétée par une boutique à Saint-Cyr-l’Ecole (Yvelines) comme le fait également la Ferme de Viltain à Jouy-en-Josas (Yvelines). 

Et pour partir à la rencontre des producteurs sans quitter Paris, direction le marché régional bio du Centquatre dans le 19e. Tous les samedis à 11h, maraîchers, fromagers, boulangers, éleveurs de porc et vignerons viennent vendre leur production tout en prenant le temps de discuter modes de culture ou de la meilleure façon de cuisiner le panais. A ne pas rater non plus le 15 décembre le marché bio 100% local du Pavillon de l’Arsenal (4e) où il sera même possible de profiter de quelques dégustations. Le Grand Paris est plus comestible qu’on ne le croit. 

Conférence « Agriculture urbaine, de la ferme à l’assiette » mercredi 28 novembre de 18h à 21h aux Grands Voisins, 74 avenue Denfert Rochereau, Paris (14e). Gratuit. Cette conférence a lieu dans le cadre des Rencontres agricoles du Grand Paris organisée jusqu’en juillet par Enlarge your Paris en partenariat avec la Métropole du Grand Paris. Infos et inscription sur Facebook

L'exploitation de Planète Lilas dans le parc des Lilas à Vitry / © Planète Lilas
L’exploitation de Planète Lilas dans le parc des Lilas à Vitry / © Planète Lilas

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