
La spéculation immobilière sur Airbnb est réelle, et personne ne la conteste. Reste qu'à côté des multipropriétaires, 100 000 hôtes franciliens louent leur résidence pour rembourser leur crédit - et accueillent des voyageurs venus pour un congrès, une maternité ou un concert au Stade de France plutôt que pour la tour Eiffel. Une étude commandée par la plateforme dessine cette autre carte, plus ordinaire, du Grand Paris.
Mère célibataire, couple de retraités, parent finançant les études de ses enfants. Tels seraient les vrais visages de l’hôte Airbnb francilien — bien plus que celui du spéculateur sans scrupules. C’est en tout cas ce que défend une étude publiée en avril, financée par Airbnb et signée de l’essayiste Jean-Laurent Cassely. Plus de 100 000 hébergeurs en Île-de-France, sur 800 000 dans le pays, qui louent souvent pour amortir le coût de l’immobilier dans une région qui asphyxie autant ses propriétaires que ses locataires.
Âgés entre 30 et 60 ans, en majorité des femmes, travaillant dans le secteur de la communication ou du soin, ces hôtes sont propriétaires de leur résidence, parfois de deux ou trois biens. La région-capitale est certes une destination touristique mondiale, mais elle abrite aussi de nombreux propriétaires de résidences secondaires.
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Par rapport à la moyenne nationale, les hôtes franciliens sont plus jeunes (42 ans d’âge médian contre 48). Moins de 20 % d’entre eux appartiennent à la catégorie des « superhôtes », les hébergeurs les mieux notés par les voyageurs, contre 26 % dans l’ensemble du pays.
En réalité, ces particularités s’expliquent moins par un caractère francilien que par le prix élevé de l’immobilier en région-capitale. Airbnb apparaît aux Franciliens comme une opportunité permettant de rembourser plus rapidement un prêt. « Dans les territoires très attractifs règne une plus grande standardisation de l’activité, y compris de la part des loueurs non professionnels », explique Jean-Laurent Cassely.
Car c’est peut-être là le paradoxe francilien : Airbnb apparaît à certains ménages comme une solution face au coût du logement, tout en contribuant, dans certains territoires, à la tension immobilière qu’il aide à compenser.
Cette réalité n’efface pas les critiques adressées à Airbnb dans les zones tendues, où l’essor des meublés touristiques participe à la tension sur le marché locatif traditionnel.
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Au-delà de l’attractivité internationale de Paris, à laquelle il faut ajouter celle de Disneyland Paris en Seine-et-Marne, la région-capitale, par son poids économique, culturel et politique, suscite une grande diversité de motifs de séjour. Les messages envoyés par les voyageurs, une démarche que les hôtes apprécient particulièrement, en témoignent. Une hébergeuse installée en bordure de la forêt de Fontainebleau cite ainsi « le salon VivaTech, le festival Rock en Seine, une formation à l’École Ducasse » ou encore une artiste « qui présente ses œuvres dans une galerie à Paris » et souhaite séjourner avec sa mère.
Des communes de petite ou grande couronne se transforment également en destinations pour les proches visitant une personne hospitalisée ou désireuses de saluer un nouveau-né à la maternité. À travers Airbnb se dessine ainsi une autre géographie du Grand Paris, moins touristique qu’utilitaire, familiale, culturelle ou professionnelle.
Tandis que les congrès professionnels remplissent les Airbnb en semaine, le week-end le plus lucratif pour la plateforme en 2025 correspond aux trois concerts joués par la star américaine Beyoncé au Stade de France. En Île-de-France, deux tourismes se croisent : « les Provinciaux qui se rapprochent de Paris et les Parisiens qui s’en éloignent », sourit Jean-Laurent Cassely.
On peut ainsi croiser dans le même Airbnb bucolique des bords de l’Oise un couple du 11e arrondissement venu se mettre au vert, et une famille arrivée de Bretagne pour visiter le château de Versailles. Derrière la plateforme américaine apparaît alors un phénomène plus large : celui d’une métropole où les déplacements liés au travail, à la culture, à la santé ou aux loisirs brouillent de plus en plus les frontières entre tourisme et vie quotidienne.

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19 mai 2026 - Grand Paris