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Voyage dans le visible et l’invisible avec le photographe SMITH, au MAC VAL

SMITH_MacVal portrait par Nadege Piton

Au MAC VAL de Vitry, le photographe et plasticien SMITH déploie vingt ans de création sous le titre « Ici grand ouvert ». Thermogrammes captés à la caméra thermique, sculptures-mues, vidéos sur la transformation et la transe : un parcours sensoriel que l'on découvre librement, jusqu'au 31 janvier 2027.

Dans une atmosphère sombre, percée par des néons colorés et le battement d’un cœur, des dizaines d’images presque irréelles surgissent. Une main lumineuse baignée dans du bleu turquoise se tend vers le ciel. Une silhouette féerique semble s’envoler, décoller, léviter, irradiant de rose fuchsia dans une nuit violette. Un chien orange, aux oreilles pointues comme de la lave incandescente, évoque le dieu égyptien Anubis et veille sur les vivants et les morts… Ces photographies extraordinaires au sens propre, « perchées » diront certains, sont exposées au MAC VAL à Vitry.

Plantes hallucinogènes et ondes de chaleur

Ce sont des thermogrammes, captés à la caméra thermique, qui enregistre l’énergie infrarouge (la chaleur) et la convertit en image visible, par l’artiste SMITH, né en 1985. Le photographe et plasticien a réalisé ces clichés dans un domaine viticole du Bordelais, pour une série intitulée « Dami ». Da mi signifie « donne-moi » en portugais ; en langue pano, celle d’un peuple amazonien, le mot désigne aussi les visions qui se manifestent lors de l’ingestion d’ayahuasca, une décoction de plantes hallucinogènes.

L’artiste collabore avec des scientifiques, des penseurs, des écrivains, telle la Prix Goncourt Marie NDiaye, qui apparaît d’ailleurs sur un portrait pris dans un désert américain. Le photographe a ainsi enregistré les ondes de chaleur émanant d’un compost, de chiens, de chevaux, de son propre corps – son buste chauffé au soleil, par exemple –, de plantes. Il est constamment en quête d’une façon nouvelle de retranscrire le monde qui nous entoure (quitte à s’implanter une puce dans le corps) et ce qui vit et palpite, se modifie comme le compost, mais échappe à nos facultés de perception. Ses thermogrammes sont transférés sur des plaques d’aluminium qui modifient les couleurs selon l’endroit où l’on se tient. Une variation de plus.

Reflets de l’âme

Cette vaste présentation du travail de SMITH et de ses créations depuis 20 ans comprenant photographies, vidéos et installations, est organisée en différents espaces, toujours ouverts, bien sûr, puisque c’est le titre de l’exposition. Ils correspondent à des cycles que les visiteurs peuvent découvrir sans respecter d’ordre précis. Il y a « Dami » et ses visions hallucinées, mais aussi la série plus douce, plus mélancolique, « Löyli » (en finnois, la vapeur d’eau dégagée lors d’un sauna, et l’âme), un ensemble de photos plus anciennes datant de 2007 à 2012. Le plasticien y a photographié ses amis dans des teintes pastel et froides, bleu pâle, gris. Une famille choisie, avec des personnes non binaires comme l’artiste, qui a effectué une transition.

L’ensemble de l’exposition parle justement de transformation liée au genre, avec une installation de six écrans baptisée C19H28O2 (Agnès) – la formule chimique de la testostérone – ou grâce à cette étonnante sculpture transparente accrochée au plafond, L’Extase de Monsieur Patate. Un corps nu, transparent et vide comme une enveloppe abandonnée par un insecte ou un serpent, s’élance dans les airs, des rejets organiques jaillissant de ses membres, tels les germes des pommes de terre. La peau de cette « exuvie », le terme scientifique pour la mue, est constituée de résidus de plastique recyclé issus de l’industrie pharmaceutique, en écho aux traitements hormonaux pris lors d’une transition.

S’ouvrir à l’imperceptible

Mais le propos est plus large que la question du genre (qu’il englobe) et parle de changement de point de vue, de mutation du regard, d’ouverture à l’imperceptible à l’œuvre dans la nature, d’état de transe – l’artiste pratique la transe cognitive auto-induite –, de désir perdu aussi, et que l’on peut retrouver. SMITH a initié une série photographique, « Désidération », partant de l’origine du mot désir en latin, issu de desiderare : être face à l’absence d’étoile, l’absence de quelqu’un dont l’éclat nous attire. Des guides, appelés « Stellatniks » par le plasticien, organiseront des séances poétiques et artistiques au MAC VAL. L’artiste dispose également d’un atelier au-dessus de la grande salle d’exposition, où il travaillera pendant neuf mois et dont des images filmées seront retransmises. De grands hamacs noirs permettent aussi de s’allonger au milieu des œuvres, si le sentiment de sidération et de désidération – celui d’avoir été arraché aux étoiles – se fait trop fort. Après le décollage avec ses œuvres cosmiques, place à la pause, au retour sur soi et sur terre.

Infos pratiques : « Ici grand ouvert », exposition de SMITH jusqu’au 31 janvier 2027 au MAC VAL, à Vitry (94). Rencontres, projections ou visites organisées tous les premiers dimanches du mois dans l’espace de l’exposition. Accès : tram T9 arrêt MAC VAL. Horaires : du mardi au dimanche. de 11 h à 18 h. Tarifs : de 2,50 € à 5 €. Plus d’infos sur macval.fr

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SMITH. Désidération (Prologue). 2019