
Paris compte quelque 200 000 arbres dans ses rues, ses squares et ses cimetières, sans compter les bois. Quand la canicule s'installe, les plus jeunes jaunissent en silence, et personne ou presque ne s'en soucie. Un seau d'eau versé le soir au pied suffit pourtant à les aider à passer l'été. Mode d'emploi.
Un soir de canicule, place des Grandes-Rigoles, je passe voir le bistrotier : « Vous voyez le jeune arbre ? Oui, là, entre l’arrêt de bus et la benne à verres. Regardez son feuillage, il a besoin d’aide. Vous qui êtes à côté, pourriez-vous lui donner de l’eau, s’il vous plaît ? » Quelques jours plus tôt, avec mon compagnon, nous avions traversé la rue pour arroser le jeunot posté sous nos fenêtres. À force de dormir auprès d’eux les nuits où l’appartement devient inhabitable, on les regarde autrement, eux qui ne peuvent pas bouger.
Les canicules gagnent en fréquence, en durée, en intensité, et rien n’indique que la tendance soit près de s’inverser. Or pour un arbre, l’impact est immédiat, alertent les botanistes : pour économiser l’eau, il ferme ses stomates, ce qui stoppe photosynthèse et croissance. Ses feuilles brunissent, tombent avant l’heure. Les sujets matures encaissent — pour l’instant. Les jeunes plants, eux, sont malingres, feuillage jauni, branches desséchées. Combien passeront l’été ?
Notre bien commun
Combien sont-ils, au juste ? Selon les sites de la mairie de Paris : environ 200 000 arbres intra-muros — alignements de rue, places, squares, équipements municipaux, cimetières —, sans compter les 300 000 sujets des bois de Boulogne et de Vincennes ni les quelque 100 000 arbres estimés dans les espaces privés. Et la Ville, engagée dans son Plan Arbre, indique en avoir planté plus de 150 000 depuis 2020. Fort bien. Mais si ceux qui sont déjà là meurent de soif, à quoi bon en planter d’autres ? Ces arbres sont notre bien commun.
Mode d’emploi
Un arbre de rue a besoin de 30 à 50 litres d’eau à la fois, versés lentement au pied, plutôt le soir, pour que l’eau s’infiltre au lieu de ruisseler. Un verre ne fait rien ; un seau, oui. Repérez près de chez vous ceux dont les feuilles jaunissent trop tôt, prenez-les en charge le temps de l’épisode. Et parlez-en à votre voisin, à votre gardienne d’immeuble, à votre bistrotier.


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20 juillet 2026