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MansA, la maison des mondes africains, pourrait atterrir sur la colline de Chaillot

Voulue par Emmanuel Macron, ouverte en 2025 dans le 10e arrondissement, la Maison des Mondes Africains attend toujours son adresse définitive. Selon nos informations, la colline de Chaillot tient la corde.

Selon les informations d’Enlarge Your Paris, la Maison des Mondes Africains (MansA) pourrait s’installer sur la colline de Chaillot, dans le 16e arrondissement, dans un bâtiment appartenant à l’État. Les budgets du patrimoine étant sous forte contrainte pour 2026 et 2027, un groupe français d’envergure internationale serait mobilisé pour contribuer à la rénovation. MansA ferait alors face, par-delà la Seine, au Musée du quai Branly – Jacques Chirac, qui fête ses vingt ans, la passerelle Debilly en trait d’union entre les deux rives.

Annoncée par le président de la République au Sommet Afrique-France de Montpellier en 2021, sur une préconisation de l’historien camerounais Achille Mbembe, MansA a ouvert en mode préfiguration, le 4 octobre 2025 dans un ancien atelier de confection du 10e arrondissement parisien. Ni musée ni collections : cette institution publique dirigée par Elisabeth Gomis se veut maison d’artistes, incubateur et centre de ressources dédiés aux créations contemporaines africaines et afro-diasporiques.

Un lieu de dialogue pour préfigurer l’institution

Dans ses 800 m² sur trois étages, à deux pas du canal Saint-Martin, la première saison, gratuite, a donné le ton : exposition inaugurale « Noires » de la plasticienne Roxane Mbanga, ciné-club CinéMansA, veillées sonores confiées à des musiciennes comme Mélissa Laveaux, rendez-vous « Reboot » consacré à la décolonisation du jeu vidéo, sans oublier l’incubateur de projets. 

Cet été, l’institution se transforme en « Maison de vacances » : siestes musicales dans la vinylothèque, cérémonies du café éthiopien, balades de quartier et ateliers en famille, gratuitement jusqu’au 1er août. On y retrouve les recettes qui ont fait le succès du Palais de la Porte Dorée, du quai Branly ou du Palais de Tokyo : petits formats, cycles événementiels, espaces intermédiaires où l’on s’attarde sans billet — jusqu’aux siestes, électroniques chez l’un, vinyles chez l’autre. On attend de découvrir la programmation de la rentrée, dont on annonce qu’elle sera « ambitieuse ». 

Un feuilleton immobilier sur fond de crise budgétaire

Restait le sujet des murs, qui feuilletonne depuis deux ans : la Monnaie de Paris est abandonnée début 2025, la Gaîté Lyrique discutée puis écartée, le lieu n’étant pas disponible. Le gouvernement s’est toutefois engagé sur une adresse pérenne d’ici 2027, avant la fin du quinquennat dont MansA est l’un des rares legs culturels. L’hypothèse Chaillot a émergé dans ce contexte. 

Faut-il s’en réjouir ? Dès 2017, Enlarge Your Paris plaidait, sous la plume du géographe Laurent Chalard, pour un grand musée d’art et d’histoire de l’Afrique installé en banlieue, « dans une commune comme Bobigny, Cergy, Évry ou encore Montreuil » — là où vit la première diaspora subsaharienne d’Europe. Neuf ans plus tard, l’État s’apprête à trancher pour le 16e arrondissement. Une institution culturelle de plus dans le cœur de Paris, à rebours de la géographie humaine du Grand Paris.

« Afrique-sur-Seine »

Pourtant, entre 2017 et 2026, la carte des cultures africaines s’est déplacée. À la Porte Dorée, le Musée national de l’histoire de l’immigration, refondé en 2023, rencontre un large succès public – notamment lors de son ouverture gratuite comme refuge climatique, en juillet 2026. À Barbès, Youssouf Fofana, fondateur de la marque Maison Château Rouge, a fait des anciens magasins Tati un quartier général des cultures diasporiques avec l’Union de la jeunesse internationale — initiative privée et éphémère qui a trouvé son public sans attendre l’État.

Sur la colline de Chaillot même, le Palais de Tokyo fait depuis plusieurs saisons une place notable aux créations des diasporas africaines — MansA s’installerait alors près d’un voisin qui a défriché le terrain. Le plus grand mouvement est toutefois venu du Louvre : l’ouverture, à l’hiver 2025-2026, de la Galerie des cinq continents dans l’aile Denon a fait entrer les arts africains en collection permanente au cœur du plus grand musée du monde. Un événement intellectuel, esthétique et artistique majeur, escamoté par la crise de gouvernance du musée.

On pourra regretter que cette nouvelle institution n’ait pas été installée en banlieue, dans le Grand Paris comme on dit. Mais du Louvre au Palais de Tokyo en passant par le quai Branly, une géographie s’est dessinée le long du fleuve — une « Afrique-sur-Seine », soixante-dix ans après le court-métrage fondateur de Paulin Soumanou Vieyra et Mamadou Sarr, tourné dans un Paris qui ne voulait pas voir ses cinéastes africains.

Le cœur de la capitale a fini par leur ouvrir ses palais. La banlieue, elle, attendra.

Infos pratiques : MansA – Maison des Mondes Africains, 26, rue Jacques-Louvel-Tessier, Paris (10e). « Maison de vacances » jusqu’au 1er août, du mercredi au samedi de 14h à 18h. Entrée libre, certaines activités sur réservation. Accès : métro Goncourt (ligne 11). Programmation complète sur mansa.fr

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