
Des palmiers, des perruches vertes, un écureuil devenu mascotte : derrière les grilles de la Caisse des dépôts à Arcueil, un domaine arboré de plusieurs hectares est resté fermé au public pendant des décennies. Le tiers-lieu Magma l'ouvre enfin aux habitants, entre ateliers d'artistes et cantine solidaire. Les recettes des anciens Grands Voisins, à trois stations de RER B.
À quelques minutes à pied de la gare RER B d’Arcueil–Cachan, le quartier est calme, presque trop ; mais plus pour longtemps. Autour de lui se dessine déjà le futur visage d’Arcueil : de nouveaux logements, une crèche à ouvrir, de nouveaux habitants. Et, au milieu, une adresse culturelle inédite : Magma, ouvert depuis le 30 mai sur l’ancien site informatique de la Caisse des dépôts et consignations, qui permet à des artistes et à des associations d’y travailler pour des loyers très réduits.
Pour son inauguration, près de 900 personnes sont venues découvrir les lieux avec une expo, des concerts, un marché de créateurs et des balades patrimoniales ; pour les enfants, pêche aux canards et jeux en bois complétaient la fête. Le compte à rebours, lui, est lancé : Magma fermera au printemps 2028, quand débuteront les chantiers du futur quartier Berthollet. Trois ans pour faire vivre un lieu né provisoire ; et déjà pour réfléchir à ce qu’il en restera.
Un parc secret enfin rendu aux habitants
Longtemps, seuls les salariés de la Caisse des dépôts ont eu accès à ce domaine de plusieurs hectares, acheté par l’institution au début du XXe siècle. Le site, traversant du nord au sud entre le RER et des immeubles d’habitation, est resté fermé au public pendant des décennies.
Lorsque les équipes quittent définitivement les lieux en 2023, un immense ensemble de bureaux, de jardins et d’espaces naturels se retrouve vacant. En attendant la naissance du quartier Berthollet, encore à l’état de projet, la Caisse des dépôts et la Ville d’Arcueil confient l’occupation temporaire du site à Plateau Urbain. « L’une des priorités est de permettre aux habitants de se réapproprier progressivement cet espace », explique Louise Bothé, membre de l’équipe, qui me fait visiter les lieux. La fermeture du site avait également entraîné celle de plusieurs commerces alentour, laissant un vide dans le quartier.
Dès cet été, les extérieurs sont accessibles tous les mercredis après-midi, avec des siestes acoustiques, des ateliers, des propositions artistiques et une offre de restauration. Une manière de tester différents usages avant d’envisager une ouverture plus régulière.
Un village artistique en train de se construire
Le nom du lieu, Magma, s’inspire d’un bâtiment surnommé « le Volcan » par les équipes, tant sa silhouette de béton gris évoque un cône surgissant du paysage. À l’intérieur, canapés, mobilier dépareillé et décoration aux accents futuristes donnent au lieu des allures de vaisseau spatial posé au milieu des arbres. C’est ici que s’est installée la cantine solidaire La table d’Heshima, traiteur précédemment hébergé aux Arches citoyennes, qui propose chaque mercredi un repas ouvert au public et soutient des enfants orphelins du sida en République démocratique du Congo.
Pour l’instant, deux bâtiments accueillent principalement des artistes et des structures de l’économie sociale et solidaire. Les autres édifices, parfois immenses, restent inoccupés, car trop coûteux à réhabiliter pour trois ans. Ils dessinent pourtant un paysage qui traverse les époques, du collège historique aux bâtiments tertiaires des années 1970.
Parmi les résidents figurent de nombreux artistes d’Arcueil, ville déjà reconnue pour son dynamisme culturel, notamment autour de la galerie Julio Gonzalez. Les Z’Azas, traditionnelles portes ouvertes des ateliers d’artistes prévues en septembre, devraient d’ailleurs largement investir le site.
Un tiers-lieu où l’on cultive aussi le vivant
Le domaine abrite une vaste friche entretenue avec parcimonie : ici, on préfère laisser une place aux plantes spontanées tout en cherchant de nouvelles manières de prendre soin du vivant. Des palmiers côtoient des espèces plus communes, tandis qu’écureuils, chats du quartier et perruches vertes ont déjà fait des lieux leur terrain de jeu. Mel, un écureuil particulièrement visible, en est devenu la mascotte officieuse.
Au sommet du parc, un surprenant amphithéâtre de béton domine les jardins ; les équipes imaginent déjà y organiser des événements. D’autres projets émergent, comme « Pachamama », un atelier de céramique qui met ses fours à disposition des artistes et propose des stages aux amateurs, en particulier aux femmes et personnes sexisées.
Reste la question que pose tout lieu né provisoire : que restera-t-il de Magma quand les grues arriveront ? Plateau Urbain en a déjà l’expérience, quelques stations de RER plus au nord. Au Village Reille, ancien couvent du 14e arrondissement occupé depuis 2021 près de la Cité universitaire, la coopérative orchestre la même cohabitation d’artistes et de structures solidaires, dans l’attente d’un projet de logements. Et aux abords de Denfert-Rochereau, le souvenir des Grands Voisins, plus grande occupation temporaire d’Europe entre 2015 et 2020, n’a rien d’un mausolée : à la place de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, les premiers appartements du nouveau quartier seront livrés fin 2026. Preuve qu’un lieu provisoire peut laisser autre chose que des souvenirs ; à condition, comme le revendique l’équipe d’Arcueil, de tisser dès le départ un dialogue avec le territoire qui l’entoure.
Infos pratiques : Magma – Plateau urbain, 14, rue Berthollet, Arcueil (94). Ouvert tous les jours de 10 h à 19 h. Accès : gare d’Arcueil–Cachan (RER B). Plus d’infos sur plateau-urbain.com
L’inauguration de Magma. Marie-Charlotte Loreille marieloreillephoto


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23 septembre 2026 - Arcueil