
À Villiers-le-Mahieu dans les Yvelines, un château entouré de douves a été transformé en maison de campagne pour citadins qui n'en ont pas. Ni vraiment un hôtel, ni évidemment une maison à soi. Nous y avons joué les châtelains le temps d'un week-end.
Le soir de notre arrivée, on part faire le tour des douves en barque. Chant des grenouilles, canards qui fuient en râlant, rires des enfants qui jouent à avoir peur de tomber à l’eau. C’est à ce moment-là que je comprends le concept.
À Villiers-le-Mahieu dans les Yvelines, à quelques kilomètres de Montfort-l’Amaury, un vieux château entouré d’eau a été transformé en refuge pour citadins. Ici, pas de courses du samedi, de pelouse à tondre, de voisins susceptibles et de gouttière qui fuit. C’est la version rêvée de la maison de campagne : on se pose directement dans un canapé sous des arbres centenaires en hésitant entre piscine et spa, ou on saute sur un vélo en libre-service pour aller jusqu’aux terrains de tennis. Et tout est fait pour que l’on ne se sente pas à l’hôtel.
Les Pinçon-Charlot auraient adoré disséquer la mise en scène du lieu, ses signes de distinction et cette bourgeoisie de week-end. Moi, je m’en fiche, je suis là pour en profiter.
La salle à manger comme giratoire
Le matin, les canards sortent des douves pour mendier leur part de petit-déjeuner. À la table d’à côté, des enfants leur jettent alternativement des miettes et des cailloux. Je m’inquiète de leur santé auprès d’un serveur.
Sur le livret que l’on nous a donné à l’arrivée figurent les horaires du petit-déjeuner, du brunch, du déjeuner, du goûter, de l’apéritif, du dîner puis de l’after : avec un peu d’entraînement, on peut passer un week-end entier à table. Un côté Grande Bouffe, mais assez raffiné et sans la fin tragique du film. La table est exquise et généreuse, et en libre-service. Ici, le luxe n’est pas tellement d’être servi, c’est de pouvoir se servir.
Côté jeux et activités, même profusion. Des barques pour faire le tour des douves et des vélos pour faire le tour du parc. Un minigolf, des jeux de croquet et un terrain et pétanque, une salle de sport, un billard américain, une salle d’arcade, une salle de poker dans une tourelle. Et même un cinéma luxueux, avec trois projections par jour. Et comme dans toute maison de campagne fantasmée, des jeux de société traînent un peu partout : Cluedo, Aventuriers du Rail, Scrabble, Boggle…
Dimanche matin, à l’heure du brunch, je vais suivre un cours de yoga doux. On est quatre. Les cours de yoga, c’est comme les salades sur un buffet, c’est joli à regarder mais personne n’en prend. Au bout d’une heure de pratique, je sais que je suis aussi souple qu’un caillou. La suite de la journée – spa, tennis, piscine, hammam, balade dans le parc et la ribambelle des repas – me paraît dès lors tout à fait méritée.
Les enfants ont validé le concept
Mes enfants, eux, goûtent à tout, que ce soit lors des repas ou avec les jeux et les activités. En complète autonomie, ils me fichent la paix. Des ateliers kids peuvent même les occuper pendant les repas. Petite pensée quand même pour ceux qui ont des enfants plus jeunes que les miens : les douves sont impressionnantes. Magnifiques, certes, mais profondes, très présentes et sûrement dépourvues de tout instinct parental.
Au bout de quelques heures, je prends un vélo, je vais au spa, je m’assois quelque part, je reviens manger un gâteau. Les enfants font pareil de leur côté. C’est peut-être là que le côté maison de campagne devient crédible : chacun fait sa vie.
Enfin, crédible jusqu’à un certain point. Dans une vraie maison de famille bourgeoise, tôt ou tard, il faut participer à la conversation, débarrasser, décider qui dort où et probablement écouter un oncle gênant raconter une fois de plus la même histoire.

La vie rêvée de la bourgeoisie avec poussette
À la piscine, trois copines venues en week-end parlent « body goals » et racontent leurs histoires de drague. À quelques mètres, on entend le bruit mat des balles de tennis qui vient du terrain voisin. La bande-son est parfaite.
Dans les parties communes, une famille franco-ivoirienne très chic prépare un mariage. On entend beaucoup parler italien. Pourquoi l’italien ? Je ne saurai pas. Plusieurs tablées réunissent trois générations : grands-parents, enfants, petits-enfants, venus passer le week-end ensemble comme dans une vraie maison de famille. Sauf qu’ici, personne ne cuisine. Le public est aisé, sans être guindé. On est loin de l’abbaye des Vaux-de-Cernay, l’hôtel de luxe voisin. Les petits vélos sont abandonnés dans le gravier, les serviettes sèchent autour de la piscine, les clubs de golf posés contre des chaises de jardin attendent le prochain joueur. Bien sûr que c’est un décor. Mais sacrément réussi.
Le prix de tout cela ? Autour de 2 000 € pour un week-end de trois jours à cinq. Dit comme ça, l’addition pique. Rapporté à cinq personnes, trois jours, tous les repas et toutes les activités, le calcul devient moins spectaculaire. Autant le dire : ce week-end était un cadeau. Avec un salaire de journaliste, on ne franchit pas les douves.
En retournant une nouvelle fois au hammam, je me demande : qu’est-ce que le luxe, finalement ? Le catalogue des prestations disponibles en libre-service ? La beauté ancienne des douves, des chênes centenaires et du spectacle silencieux de la nature ? Chacun trouvera ici sa propre formule, et c’est tant mieux.

Autour des douves, du matin au soir
Pour les lève-tôt et les couche-tard, la terrasse du château et ses douves peuvent offrir un cadre de rêve. Parce que dès qu’il y a de l’eau il y a de la vie. Et une variation permanente des lumières. Le ballet des martinets, le soir, qui plongent en rase-mottes pour boire et prendre des douches en plein vol. Les carpes qui fouillent le fond vaseux et font remonter des bulles. Les hérons aussi snobs qu’un châtelain. Et puis le jeu du miroitement des statues dans l’eau. Clairement des copies. On leur pardonne : elles se reflètent si bien dans l’eau.
Dans les différents petits salons, les fenêtres donnent presque toutes sur les douves. Je finis par les regarder plus que le château lui-même. Si vous en avez la possibilité, prenez une chambre dans le château : elles ont toutes vue sur l’eau. Sinon, les petits bâtiments à l’écart comme le cottage ont un autre charme : moins écrasants que le château, plus maison de campagne.
Montfort-l’Amaury ? Une autre fois
Côté accès, assumons aussi une petite entorse aux habitudes d’Enlarge your Paris : ici, la voiture reste le moyen le plus simple de venir. En train, on peut prendre la ligne N jusqu’à Garancières–La Queue, à environ 40 minutes de Montparnasse et 25 minutes de Versailles, puis terminer en taxi jusqu’au château.
On est pourtant à quelques kilomètres de Montfort-l’Amaury, de la maison de Maurice Ravel et de la tombe du plus arménien des chanteurs français, Charles Aznavour. On pourrait aller voir tout ça. Mais on n’ira pas. On n’est pas là pour ça. Mais pour avoir une flemme monumentale, et l’assumer avec une ostentation de bon aloi.
En scrollant sur mon téléphone au bord de la piscine, je vois qu’à quelques centaines de mètres du château passe l’aqueduc de l’Avre, cette conduite souterraine qui transporte vers Paris une partie de son eau depuis la Normandie voisine. La coïncidence est presque trop belle : des Grand-Parisiens de l’Ouest viennent ici passer le week-end à jouer à la maison de campagne pendant que, tout près, la campagne continue d’alimenter leurs quartiers en eau potable.
Informations pratiques : Le château de Villiers-le-Mahieu, rue du Centre, Villiers-le-Mahieu (78). À partir de 413 € la chambre double avec pension complète et accès aux services. Note du journal : cet article a été rédigé en toute indépendance. Nous n’avons aucun lien avec la société qui gère l’hôtel. Nous n’avons été ni invités ni rémunérés.





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19 août 2026 - Villiers-le-Mahieu