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J’ai passé un week-end à jouer les grands bourgeois à la campagne

Le château de Villiers Le Mahieu
Le château de Villiers-le-Mahieu, les douves. Photo Lucinda Moreira

À Villiers-le-Mahieu dans les Yvelines, un château entouré de douves a été transformé en maison de campagne pour citadins qui n'en ont pas. Ni vraiment un hôtel, ni évidemment une maison à soi. Nous y avons joué les châtelains le temps d'un week-end.

Le soir de notre arrivée, on part faire le tour des douves en barque. Chant des grenouilles, canards qui fuient en râlant, rires des enfants qui jouent à avoir peur de tomber à l’eau. C’est à ce moment-là que je comprends le concept.

À Villiers-le-Mahieu dans les Yvelines, à quelques kilomètres de Montfort-l’Amaury, un vieux château entouré d’eau a été transformé en refuge pour citadins. Ici, pas de courses du samedi, de pelouse à tondre, de voisins susceptibles et de gouttière qui fuit. C’est la version rêvée de la maison de campagne : on se pose directement dans un canapé sous des arbres centenaires en hésitant entre piscine et spa, ou on saute sur un vélo en libre-service pour aller jusqu’aux terrains de tennis. Et tout est fait pour que l’on ne se sente pas à l’hôtel.

Les Pinçon-Charlot auraient adoré disséquer la mise en scène du lieu, ses signes de distinction et cette bourgeoisie de week-end. Moi, je m’en fiche, je suis là pour en profiter.

La salle à manger comme giratoire

Le matin, les canards sortent des douves pour mendier leur part de petit-déjeuner. À la table d’à côté, des enfants leur jettent alternativement des miettes et des cailloux. Je m’inquiète de leur santé auprès d’un serveur.

Sur le livret que l’on nous a donné à l’arrivée figurent les horaires du petit-déjeuner, du brunch, du déjeuner, du goûter, de l’apéritif, du dîner puis de l’after : avec un peu d’entraînement, on peut passer un week-end entier à table. Un côté Grande Bouffe, mais assez raffiné et sans la fin tragique du film. La table est exquise et généreuse, et en libre-service. Ici, le luxe n’est pas tellement d’être servi, c’est de pouvoir se servir.

Côté jeux et activités, même profusion. Des barques pour faire le tour des douves et des vélos pour faire le tour du parc. Un minigolf, des jeux de croquet et un terrain et pétanque, une salle de sport, un billard américain, une salle d’arcade, une salle de poker dans une tourelle. Et même un cinéma luxueux, avec trois projections par jour. Et comme dans toute maison de campagne fantasmée, des jeux de société traînent un peu partout : Cluedo, Aventuriers du Rail, Scrabble, Boggle…

Dimanche matin, à l’heure du brunch, je vais suivre un cours de yoga doux. On est quatre. Les cours de yoga, c’est comme les salades sur un buffet, c’est joli à regarder mais personne n’en prend. Au bout d’une heure de pratique, je sais que je suis aussi souple qu’un caillou. La suite de la journée – spa, tennis, piscine, hammam, balade dans le parc et la ribambelle des repas – me paraît dès lors tout à fait méritée.

Les enfants ont validé le concept

Mes enfants, eux, goûtent à tout, que ce soit lors des repas ou avec les jeux et les activités. En complète autonomie, ils me fichent la paix. Des ateliers kids peuvent même les occuper pendant les repas. Petite pensée quand même pour ceux qui ont des enfants plus jeunes que les miens : les douves sont impressionnantes. Magnifiques, certes, mais profondes, très présentes et sûrement dépourvues de tout instinct parental.

Au bout de quelques heures, je prends un vélo, je vais au spa, je m’assois quelque part, je reviens manger un gâteau. Les enfants font pareil de leur côté. C’est peut-être là que le côté maison de campagne devient crédible : chacun fait sa vie.

Enfin, crédible jusqu’à un certain point. Dans une vraie maison de famille bourgeoise, tôt ou tard, il faut participer à la conversation, débarrasser, décider qui dort où et probablement écouter un oncle gênant raconter une fois de plus la même histoire.

Photo Lucinda Moreira
Photo Lucinda Moreira

La vie rêvée de la bourgeoisie avec poussette

À la piscine, trois copines venues en week-end parlent « body goals » et racontent leurs histoires de drague. À quelques mètres, on entend le bruit mat des balles de tennis qui vient du terrain voisin. La bande-son est parfaite.

Dans les parties communes, une famille franco-ivoirienne très chic prépare un mariage. On entend beaucoup parler italien. Pourquoi l’italien ? Je ne saurai pas. Plusieurs tablées réunissent trois générations : grands-parents, enfants, petits-enfants, venus passer le week-end ensemble comme dans une vraie maison de famille. Sauf qu’ici, personne ne cuisine. Le public est aisé, sans être guindé. On est loin de l’abbaye des Vaux-de-Cernay, l’hôtel de luxe voisin.

Les petits vélos sont abandonnés dans le gravier, les serviettes sèchent autour de la piscine, les clubs de golf posés contre des chaises de jardin attendent le prochain joueur. Bien sûr que c’est un décor. Mais sacrément réussi.

Le château de Villiers Le Mahieu. Photo Lucinda Moreira
Le château de Villiers-le-Mahieu et ses douves. Photo Lucinda Moreira

Le luxe, et pas à un prix démocratique

À partir de 413 € la chambre double, pension complète et accès aux services compris, personne ne prétendra qu’il s’agit d’un week-end bon marché. Autant le dire aussi : ce séjour était un cadeau. Avec un salaire de journaliste, on ne franchit pas les douves tous les mois. 

En retournant une nouvelle fois au hammam, je me demande ce qu’on achète exactement ici : l’accumulation de prestations disponibles en libre-service, le droit de ne rien organiser ? La beauté ancienne des douves, des chênes centenaires et du spectacle silencieux de la nature ? Chacun trouvera sa propre formule. En dégustant chaque seconde.

Montfort-l’Amaury et la maison de Maurice Ravel ? Une autre fois

Côté accès, assumons aussi une petite entorse aux habitudes d’Enlarge your Paris : ici, la voiture reste le moyen le plus simple de venir. En train, on peut prendre la ligne N jusqu’à Garancières-La Queue, à environ 40 minutes de Montparnasse et 25 minutes de Versailles, puis terminer en taxi jusqu’au château.

On est aussi à quelques kilomètres de Montfort-l’Amaury, de la maison de Maurice Ravel et de la tombe du plus arménien des chanteurs français, Charles Aznavour. On pourrait aller voir tout ça. Mais on n’ira pas. On n’est pas là pour ça. Mais pour avoir une flemme monumentale, et l’assumer avec ostentation.

Informations pratiques : Le château de Villiers-le-Mahieu, rue du Centre, Villiers-le-Mahieu (78). À partir de 413 € la chambre double avec pension complète et accès aux services. Note du journal : cet article a été rédigé en toute indépendance. Nous n’avons aucun lien avec la société qui gère l’hôtel. Nous n’avons été ni invités ni rémunérés.

Le château de Villiers Le Mahieu. Photo Lucinda Moreira
Le château de Villiers-le-Mahieu, la piscine. Photo Lucinda Moreira
Le château de Villiers Le Mahieu
Le château de Villiers-le-Mahieu, les douves. Photo Lucinda Moreira
Le château de Villiers Le Mahieu
Le château de Villiers-le-Mahieu, les vélos. Photo Lucinda Moreira
Photo Lucinda Moreira
Photo Lucinda Moreira

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