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Le Festival du film de fesses s’assied dans les cinémas du Quartier latin

Le Grand Action dans le 5e est l'un des cinémas d'Art et Essai qui accueille le Festival du film de fesses jusqu'à dimanche 3 juillet / © Le Grand Action
Le Grand Action dans le 5e est l’un des cinémas Art et Essai qui accueillent le Festival du film de fesses jusqu’au dimanche 3 juillet / © Le Grand Action

Jusqu’au 3 juillet, le Festival du film de fesses se déroule dans les cinémas mythiques du Quartier latin à Paris. Enlarge your Paris, le bien nommé, s'est entretenu avec Anastasia Rachman, la cocréatrice de ce festival qui botte le derrière aux préjugés.

Pourquoi avez-vous choisi l’expression « film de fesses » et pas film érotique ou pornographique ?

Anastasia Rachman : Ce qui nous intéressait était surtout d’utiliser une tournure joyeuse et ludique ! L’idée, c’est de se centrer sur le cinéma et de rester éloignée de la visée masturbatoire des films porno. Notre but est de raconter des imaginaires, des identités et des sexualités.

Une bonne partie des films que vous montrez sont réalisés par des femmes. Le FFF est-il un festival féministe ?

Notre équipe est en effet plutôt féminine, mais pas uniquement. Nous n’appliquons pas de quotas, c’est une question de sensibilité. Notre public, lui, reste très mélangé. Car on touche à des sujets de société. Le fait de montrer des films comme ceux de Catherine Breillat ou en 2017 la série Merci de ne pas toucher (de Hortense Belhôte et Cecilia de Arce, diffusée sur Arte, NDLR) ouvre le champ des possibles et crée un élan, je l’espère !

Vous jouissez d’un joli parcours universitaire. On peut donc être une « tête » et se tourner vers le corps…

Tout part d’une blague au sein de ma bande d’amis. Comme beaucoup, nous parlions de nos amours, de nos sexualités. En amoureux de cinéma, nous avions remarqué que ce sujet n’était finalement pas si exploré dans les thématiques des festivals. Tout le monde nous a suivis, de manière joyeuse et inconsciente. Et, au bout de sept ans d’existence, nous sommes toujours surpris, et ravis, de voir ce que notre petit festival est devenu. Il a grandi avec nous en même temps que notre engagement féministe, plus ténu au départ. Le Festival du film de fesses déconstruit ce cliché de frontière entre l’esprit et le corps. On dit souvent qu’on parle de sujets sérieux avec légèreté et de sujets légers avec sérieux !

En sept ans, avez-vous vu les mentalités évoluer autour du cinéma érotique ?

Nous nous nourrissons de l’énergie du public, très enthousiaste. Malheureusement, au niveau des institutions, il existe toujours un plafond de verre. Nous ne sommes pas pris au sérieux et n’avons le droit à aucune subvention. Mais c’est aussi ce qui nous permet de rester libres. Néanmoins, pouvoir compter sur les salles Art et Essai pour diffuser nos films est très précieux. Ces partenaires sont importants pour pérenniser le projet au fil des années. Les responsables de ces salles restent, eux, très contents de voir leur public rajeunir au moment du festival. Tout en sachant que les « têtes blanches » se rendent parfois au FFF ! Cela contribue aussi à déconstruire les clichés autour des films érotiques.

Autour de quel axe s’articule votre programmation 2022 ?

Notre rétrospective s’attarde cette année sur les sept péchés capitaux en proposant des cartes blanches à des cinéastes qu’on apprécie. A cela s’ajoute une quinzaine de courts métrages en compétition ainsi qu’une séance olfactive de Pink Narcissus (1971) de James Bidgood, avec le collectif « Journal d’un anosmique ». C’est à chaque fois un grand bonheur d’imaginer ce genre de séance !

Pour vous, de quoi le cinéma de demain a-t-il besoin ?

De conserver sa diversité et faire preuve de toujours plus d’audace, de désirs.

Infos pratiques : Le Festival du film de fesses, du mercredi 29 juin au dimanche 3 juillet dans les cinémas Saint-André des Arts, Le Reflet Médicis, L’Archipel et Le Grand Action à Paris. Réservation conseillée. Plus d’infos sur Facebook

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