Société
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« On a amené un studio de radio au cœur d’une cité, en 1995 »

À la Saussaie, entre Saint-Denis et Stains, Florence Themia fait de la radio un outil d'émancipation depuis 1995. 30 ans plus tard, Déclic reste le studio du quartier, où les habitants prennent le micro. Rencontre.

Pourquoi la radio, et pourquoi ici ?

Florence Themia, fondatrice de radio Déclic : La radio, c’est un formidable outil. On n’utilise que sa voix, il n’y a pas tous ces problèmes de relation à l’image. Tout le monde peut prendre la parole. Et puis, amener un studio de radio au cœur d’une cité du 93, en 1995, c’était une aventure extraordinaire.

Qu’est-ce qu’on fait, concrètement, à Déclic ?

On accueille les jeunes et les moins jeunes du quartier pour qu’ils créent des podcasts, des émissions, parfois même des morceaux de musique. Tout est ensuite diffusé sur le site de l’association et sur Fréquence Paris Plurielle, sur 106,3 FM. On accompagne aussi des groupes scolaires de Saint-Denis pour leur faire découvrir le monde de l’information, l’importance des sources et le rôle des médias dans une société. J’essaie de leur donner un aperçu concret des métiers de la radio. Mener un débat, réaliser une interview, poser sa voix, s’exprimer pour se faire comprendre : ce sont de vraies compétences. Je veux leur transmettre toute cette technicité pour qu’ils prennent confiance en eux.

Faut-il être adhérent pour venir enregistrer un podcast ?

Pas forcément. Quelqu’un peut venir me solliciter et m’expliquer ce qu’il veut faire. Moi, je donne des conseils sur la voix et sur l’écriture radiophonique, pour donner envie d’écouter. On passe au micro, on réalise l’enregistrement, puis on fait le montage ensemble. Et le podcast est prêt.

Sur les murs, on voit défiler la Fouine, Maître Gims, Alibi Montana. Qu’est-ce qui les a fait venir jusqu’ici ?

Nous avons interviewé la Fouine et Gims lorsqu’ils donnaient des concerts à Saint-Denis. Comme tout bon journaliste, nous sommes allés couvrir l’événement. Ensuite, ils ont accepté d’être interrogés par les habitants, pas par des journalistes parachutés. C’est ça qui marche : la proximité. Quant à Alibi Montana, il est venu dans le cadre d’une émission organisée à la salle de concert de la Légion d’honneur, en raison de son engagement auprès de la jeunesse. Mais Déclic, c’est bien plus qu’une association de banlieue qui interviewe des rappeurs. Nous avons aussi reçu Afshi Rani, autrice franco-pakistanaise de Mariée de force, engagée contre les mariages forcés et aujourd’hui très suivie sur les réseaux sociaux, où elle partage notamment sa passion pour la danse Bollywood.

Tout le monde te connaît dans le quartier, même ceux qui ne sont jamais venus à Déclic. Comment on s’enracine à ce point ?

C’est mon travail au quotidien depuis 30 ans. Je suis là même les week-ends. Je connais bien les parents : quand j’ai commencé, c’était eux qui fréquentaient Déclic. Aujourd’hui, ce sont leurs enfants qui poussent la porte de l’association. Pour beaucoup, c’est une expérience qui laisse une trace.

Quelle est ta plus grande fierté, après 30 ans ?

Transmettre ma passion de la radio aux nouvelles générations. Et puis avoir réussi à créer notre propre emploi, y compris le mien, que j’occupe encore aujourd’hui. Installer un studio de radio au cœur d’une cité de Seine-Saint-Denis en 1995, c’était une vraie aventure.

Pour écouter les podcasts de Déclic : radiodeclic93.fr/podcast. Prochaine émission, réalisée par des étudiants de Paris 8, consacrée à l’histoire du 1er mai.