
« L’opéra pour les prolos » de Massy : l’expression est brute, volontairement provocante. Elle résume l’ambition du maire qui fit construire, il y a trente ans, un opéra au cœur d’un quartier populaire : offrir ce qu’il y a de plus beau à ceux qui n’étaient pas censés y avoir accès. Aujourd’hui encore, dans cette salle de 900 places, Mozart, Bizet ou Verdi sont joués dans des productions qui n’ont rien à envier aux grandes scènes parisiennes.
Me voici rue de l’Opéra. Du moins c’est ça que m’indique mon GPS. Pour l’instant pourtant, pas d’opéra en vue. À Massy, ce n’est pas comme à Paris. À Bastille, une fois qu’on est sur la place, on ne voit que ça. Quant au Palais Garnier, il se présente au bout de sa large avenue de l’Opéra comme un palais doré de princesse. Ici, on est entouré d’immeubles au pied desquels des jeunes discutent le bout de gras. Même en face de la salle, je ne suis pas sûr que je ne me suis pas trompé. On dirait plutôt un complexe aquatique ou un centre commercial. Ce n’est pas surprenant d’ailleurs, parce qu’ici nous sommes dans les vestiges des Franciades, le premier centre commercial de France.
Une coquette petite salle d’opéra
Mais en pénétrant dans la salle : surprise. C’est une coquette petite salle d’opéra. Enfin petite… 900 places quand même ! Et pour cette représentation de Don Giovanni, c’est plein. Mon voisin Maurice vient d’Ivry. « C’est vrai que l’Opéra de Massy est exceptionnel. Ils ont une vraie programmation ! », me dit-il. Huit opéras ont été donnés ici en 2025. Il y a aussi des spectacles de danse, des concerts symphoniques, une comédie musicale…
Don Giovanni va commencer. L’orchestre s’installe sur la scène, pas dans la fosse. « C’est drôlement fichu ici », dis-je à mon voisin dont la femme m’explique que non, pas du tout, c’est la mise en scène qui veut ça. Les chanteurs vont déambuler parmi les musiciens. Les musiciens vont jouer aussi un peu de comédie. Les premiers accords de Don Giovanni claquent comme des coups de tonnerre et cette passionnante histoire de séducteur compulsif, aussi charmeur qu’impitoyable, commence à se dérouler.
Intimité avec les musiciens
On est beaucoup plus près de la scène qu’à Bastille. Il y a une autre intimité avec les musiciens, les chanteurs et le souffle vital extraordinaire de la musique de Mozart, si gaie et enjouée tout près des abîmes noirs de l’âme. À l’entracte, je retrouve le directeur de l’Opéra Philippe Bellot. Il s’enthousiasme pour l’audace de l’ancien maire Claude Germon qui l’a fait pousser au milieu des HLM il y a 32 ans.
Un opéra proche et accessible
L’idée de Monsieur Germon : « Offrir au prolo ce qu’il y a de plus beau ». C’était son expression. Pour lui, il n’y avait pas plus beau que l’opéra, puisque c’est une œuvre complète, dit Philippe Bello. Et les « prolos » alors, est-ce qu’ils viennent ? Les gens d’ici en tout cas, oui. Un tiers du public est massicois, m’assure Philippe Bello. D’autres banlieusards aussi. Michèle, qui habite la commune voisine d’Antony, fréquente cet opéra à cause de sa proximité, me confie-t-elle. Et parce que le prix des places est plus abordable. Mozart, tourmenté toute sa vie par des ennuis d’argent, aurait apprécié.
Je retourne dans la salle pour l’Acte II. Où la magie de l’opéra va continuer d’enchanter prolos et pas prolos de banlieue jusqu’à ne pas savoir s’ils sont l’un ou l’autre devant le cri final de Don Juan qui brûle dans les flammes de l’enfer…
Infos pratiques : Opéra de Massy, 1, place de France, Massy (91). Quelques pépites de début de 2026 : 2 petites comédies musicales de Leonard Bernstein, La Descente d’Orphée de Charpentier par les Arts Florissants , Roméo et Juliette de Gounod… Tel : 01 60 13 13 13. Accès : gare des Baconnets (RER B) puis 10 min de marche (en attendant la gare Massy Opéra sur la ligne 18 prévue pour 2027). Plus d’infos sur opera-massy.com


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7 janvier 2026 - Massy