
À Émancé (Yvelines), l'atelier d'Alfred Manessier est resté tel qu'à sa mort en 1993 : toiles, couleurs, pinceaux. Cette randonnée de 20 km de gare à gare, de Gazeran à Rambouillet, traverse la forêt et ses étangs qui l'ont inspiré, avant la visite de son atelier, sur réservation uniquement.
En partenariat avec la Région Ile-de-France
Il y a des maisons qui ne se visitent pas : elles se méritent. Celle d’Alfred Manessier, à Émancé (Yvelines), en fait partie. Le peintre y a vécu et travaillé de 1968 à sa mort, en 1993, et l’atelier est resté tel qu’il l’a laissé : les toiles, les couleurs, les pinceaux. Labellisé « Patrimoine d’intérêt régional » puis « Maison des Illustres », le lieu ne s’ouvre que sur réservation. La meilleure façon d’y arriver ? À pied, à travers la forêt de Rambouillet et la campagne, pour comprendre d’où viennent les tableaux de cet amoureux de la nature, avant de les contempler. Une balade de 22 km, de gare à gare.
Infos pratiques : 22 kilomètres de de la gare de Gazeran à la gare de Rambouillet (ligne N depuis Paris-Montparnasse). L’atelier Manessier se visite d’avril à septembre, uniquement sur réservation auprès de l’Office de tourisme de Rambouillet Territoires (01 34 83 21 21 – contact@rambouillet-tourisme.fr). Tarif plein 10,50 €, tarif réduit 9 €. Groupes limités à 15 personnes. Retrouvez tous les sites du label « Patrimoine d’intérêt régional » sur iledefrance.fr. Tracé de la randonnée disponible ici
Sortir de la gare, entrer dans le bois
Gazeran n’est qu’à trente-cinq minutes de Montparnasse, et pourtant, à peine sorti de la gare et du hameau du Bray, on est déjà ailleurs. Les premiers kilomètres filent vers le sud-ouest, vers la frontière francilienne, entre champs ouverts et lisières, avant que les chemins ne s’enfoncent dans les bois du côté de Saint-Hilarion. C’est la forêt de Rambouillet dans sa version discrète : pas de grands alignements domaniaux ici, mais des parcelles, des layons, des étangs qui apparaissent au détour d’un virage.
Il faut prendre le temps de regarder ces étangs. Ce qui frappe, c’est la lumière : elle passe entre les troncs, se pose sur l’eau, se fragmente. Retenez cette image, elle va servir.

A Émancé, la ferme qui est devenue un atelier
Après sept kilomètres, le chemin débouche sur Émancé, un village de bout de forêt où rien ne signale, de la rue, qu’Alfred Manessier, l’une des figures majeures de l’abstraction lyrique y a passé le dernier quart de sa vie. L’artiste achète cette ancienne ferme en 1956. Il cherche, écrit-il, une « maison-atelier où travailler et vivre avec sa famille ». Architecte de formation, le peintre transforme lui-même les lieux en 1968-1969 : il perce des baies sur la façade nord pour faire entrer la lumière, sans toucher au caractère rural de l’ensemble. La cuisine et le salon sont restés intacts, avec leurs matériaux d’origine et les objets rapportés par l’artiste.
Et puis il y a la grange. C’est là qu’il peint, et c’est là que tout s’est arrêté brusquement en 1993. Les œuvres sont restées sur les murs et sur les chevalets, les tubes de couleur sur la table, les pinceaux dans leurs pots. On y voit des peintures, des dessins, des cartons de vitraux et des maquettes d’œuvres monumentales. Car Manessier est aussi l’un des grands maîtres verriers du XXe siècle : depuis Émancé, il rejoignait facilement l’atelier Lorin à Chartres et les lissiers de Houx, et ses vitraux éclairent aujourd’hui des églises et des cathédrales en France comme à l’étranger.
C’est ici que l’image des étangs contemplés plus tôt, revient. Les bois, l’eau, la lumière qui se fragmente entre les arbres : c’est exactement ce que l’on vient de traverser, et c’est ce que le peintre a passé vingt-cinq ans à traduire en couleur. Les pièces de la maison sont petites, la visite se fait en petit groupe, menée par la famille. On n’y entre pas comme dans un musée ; on entre chez quelqu’un, et dans une histoire.
Retour par les bois et le parc du château
La seconde moitié du retour est la plus longue, treize kilomètres, et la plus forestière. Depuis Émancé, le tracé remonte vers le nord-est par Moulieu et Batonceau, deux hameaux posés dans les clairières, puis traverse les bois vers Les Rôtis avant d’obliquer vers Rambouillet.
L’arrivée se fait par le sud de la ville, puis par le parc du château : après cinq heures de chemins forestiers, les allées rectilignes, les canaux et les grandes perspectives font un contraste presque étrange. On traverse le parc jusqu’à la gare, à cinq minutes de là.
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7 septembre 2026 - Émancé