
Le 5 décembre 1926, Claude Monet s'éteignait à Giverny. Un siècle plus tard, la Normandie et l'Île-de-France sortent le grand jeu pour célébrer le maître de l'impressionnisme là où il a vécu, peint et inventé son jardin-monde. Expos, festival d'art contemporain, nymphéas en Lego : voici les dates à bloquer dans votre agenda 2026.
Claude Monet s’est éteint à 86 ans, après avoir passé sa vie à courir après la lumière et la Seine. Un siècle plus tard, on célèbre le « peintre le plus aimé du monde » là où il a vécu, travaillé, jardiné, pesté contre le mauvais temps et engueulé ses marchands : entre Paris, Rouen et Le Havre, sur l’axe de la Seine. Pas à New York ni à Londres. Ici.
Le mouvement artistique le plus populaire de la planète est une affaire locale
On l’oublie parfois, à force de voir des nymphéas sur des tote bags et des parapluies : l’impressionnisme, c’est du terroir. Du 100 % francilien et normand. Monet a grandi au Havre, appris à peindre dehors avec Boudin sur les quais, vécu à Argenteuil (où il peignait les régates et les ponts de chemin de fer), à Vétheuil (où il a enterré sa première femme et peint des débâcles de glace à s’en geler les doigts), puis quarante-trois ans à Giverny où il a creusé un bassin, planté des nénuphars et passé le reste de sa vie à les regarder, et à les peindre.
Ses 2 000 toiles sont aujourd’hui éparpillées entre Tokyo, Chicago, Boston, Londres et Moscou. Mais les paysages, eux, n’ont pas pris l’avion. Les peupliers sont toujours là, la Seine fait toujours ses boucles, les coquelicots reviennent chaque printemps. En 2026, c’est ici que ça se passe. Pas dans un white cube climatisé à 8 000 kilomètres.
Petite ironie du calendrier : Orsay fête Monet à Tokyo !
Le musée d’Orsay, qui possède la deuxième collection mondiale de Monet (79 tableaux, tout de même), a décidé de fêter le centenaire en envoyant une quarantaine de chefs-d’œuvre… à Tokyo. L’expo « Monet. Le paysage en question » a ouvert au Japon le 7 février. Les Japonais adorent Monet. Ils ont d’ailleurs acheté pas mal de ses toiles au début du XXe siècle, quand les Français les trouvaient un peu trop floues.
Pour voir les Monet d’Orsay en 2026, il faudra donc prendre l’avion, ou attendre sagement leur retour. En attendant, il reste les collections normandes et franciliennes. Elles sont à une heure de train de Saint-Lazare. Sans décalage horaire.

Printemps : les tableaux rentrent à la maison
Le musée des Impressionnismes de Giverny a dégainé le premier, le 27 mars, avec « Avant les Nymphéas. Monet découvre Giverny, 1883-1890 ». Le concept est jouissif : faire revenir une trentaine de toiles sur les lieux exacts où elles ont été peintes. Pendant sept ans, avant d’acheter sa maison et de se lancer dans l’aménagement de son jardin-obsession, Monet a arpenté les environs. Coquelicots, peupliers, prairies, brumes sur l’Epte, collines sous la pluie. On visite l’expo, on sort, on marche cent mètres, on est dans le tableau. C’est le genre d’expérience qu’aucun musée au monde ne peut offrir, sauf ici. Jusqu’au 5 juillet.
À Vernon, le musée Blanche Hoschedé-Monet – la belle-fille du peintre, elle-même artiste, qui a vécu trente ans à ses côtés – propose « Mémoire de Limon », un hommage intime du 16 mai au 5 décembre. Vernon, c’est la gare où l’on descend pour aller à Giverny. Autant en profiter.
Été : le festival met le jardin sens dessus dessous
Du 29 mai au 27 septembre, le Festival Normandie Impressionniste plante sa nouvelle édition sous le thème « Impossible Jardin ». 60 projets, 100 % art contemporain, zéro nostalgie poussiéreuse. L’idée : confronter l’héritage de Monet – ce jardin qu’il a conçu comme une œuvre d’art totale – au regard d’artistes d’aujourd’hui.
Au MuMa du Havre, Ai Weiwei expose sa reconstitution des Nymphéas en 650 000 pièces de Lego. Six cent cinquante mille. Le dissident chinois, qui n’a jamais fait dans la demi-mesure, reproduit les grands panneaux de l’Orangerie en petites briques plastique. Kitsch ? Politique ? Génial ? On jugera sur pièces (en plastique).
Le même MuMa programme « Monet au Havre » (du 5 juin au 27 septembre) : 80 œuvres et documents inédits sur les années de jeunesse, quand le gamin faisait des caricatures de notables locaux pour se payer ses tubes de peinture, et quand Boudin l’emmenait planter son chevalet face à la mer. C’est dans cette ville, depuis une chambre de l’hôtel de l’Amirauté donnant sur le port, qu’il a peint Impression, soleil levant en 1872. Le tableau qui a donné son nom à tout le bazar.
Et à Giverny, Daniel Buren débarque pour l’été (du 17 juillet au 1er novembre). Les fameuses bandes verticales de 8,7 cm dans les jardins du musée. Ça va jurer avec les hortensias, et c’est bien le but.
Automne : Paris se réveille
Le musée Marmottan Monet, dissimulé dans le 16e arrondissement près du bois de Boulogne, possède la plus grande collection de Monet au monde. Une centaine de toiles, dont le fameux Impression, soleil levant et un ensemble de Nymphéas à tomber. Comment sont-elles arrivées là ? Michel Monet, fils du peintre, a tout légué en 1966 à l’Académie des beaux-arts : le musée, la maison de Giverny, les archives, les carnets de comptes. Un seul héritier, pas de dispute, pas de dispersion aux enchères : un miracle.
À l’automne 2026, le Marmottan programme « Histoires du paysage, de Monet à Hockney » : l’influence du maître sur les artistes des XXe et XXIe siècles. Mais surtout, c’est la dernière chance de voir ce musée avant plusieurs années de travaux. La rénovation démarre début 2027. Si vous n’y êtes jamais allé, c’est maintenant. Après, ce sera 2030. Peut-être.
Pour finir en apothéose, l’Orangerie ouvre « Monet et le temps » le 30 septembre (jusqu’en mars 2027). 40 toiles pour décortiquer l’obsession du bonhomme pour l’instant qui passe : les meules, les cathédrales, les matins, les soirs, la même botte de foin sous quinze lumières différentes. Et au bout du parcours, les « Grandes Décorations des Nymphéas », installées dans les deux salles ovales que Monet a lui-même conçues. Lumière zénithale, murs courbes, pas de fenêtre : le vieux peintre, à moitié aveugle à la fin de sa vie, voulait un « asile de méditation paisible au milieu d’un aquarium fleuri ». Il a offert l’ensemble à la France au lendemain de l’Armistice, avec l’aide de son ami Clemenceau (à lire : leurs échanges épistolaires, un régal). Monet n’a jamais vu le résultat. Les salles ont ouvert en 1927, quelques mois après sa mort.
Une expérience en réalité virtuelle de vingt minutes, « Monet au fil de l’eau », prolonge la visite pour ceux qui n’en auraient pas eu assez.
Infos pratiques. Les dates à retenir :
Six millions de visiteurs par an fréquentent déjà les sites impressionnistes entre Paris et Le Havre. En 2026, ça va se bousculer aux portillons. Giverny, c’est 700 000 visiteurs par an dans un village de 500 habitants. On vous laisse imaginer la queue devant le bassin aux nénuphars en mai… Conseil : réservez tout ce qui peut l’être (Orangerie, Marmottan, musée des Impressionnismes). Ou visez l’automne, quand les touristes sont (un peu) repartis et que la lumière sur la Seine devient somptueuse.
- 7 février – 24 mai : « Monet. Le paysage en question », musée Artizon, Tokyo, si vous avez des miles à dépenser (mais nous, on préfère le train et la randonnée)
- 27 mars – 5 juillet : « Avant les Nymphéas », musée des Impressionnismes, Giverny
- 16 mai – 5 décembre : « Mémoire de Limon », musée Blanche Hoschedé-Monet, Vernon
- 29 mai – 27 septembre : Festival Normandie Impressionniste, toute la Normandie
- 5 juin – 27 septembre : « Monet au Havre », MuMa, Le Havre
- 17 juillet – 1er novembre : Carte blanche à Daniel Buren, musée des Impressionnismes, Giverny
- Automne 2026 : « Histoires du paysage, de Monet à Hockney », musée Marmottan Monet, Paris
- 30 sept. 2026 – 29 mars 2027 : « Monet et le temps », musée de l’Orangerie, Paris

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29 avril 2026 - La Seine