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« Marseille s’apprend à pied »

Photo Marielle Agboton, Bureau des guides

Marseille, ça ne se visite pas, ça se marche. Depuis 2014, le Bureau des guides fait du GR2013, le sentier métropolitain qui ceinture la ville, une école buissonnière permanente : faune, flore, histoire industrielle, ruisseaux oubliés sous les échangeurs, commandes artistiques et programmation culturelle. Rencontre avec Marielle Agboton, l’une des animatrices de ce sentier vivant.

Qu’est-ce que c’est que le Bureau des guides ?

Marielle Agboton, coordinatrice des actions pour les publics : C’est une association créée en 2014 pour faire vivre le grand sentier du GR2013, imaginé pour Marseille capitale européenne de la culture en 2013. Notre idée, c’était de faire le tour de Marseille depuis le Vieux-Port jusqu’à l’étang de Berre. Et de reboucler de l’autre côté autour du massif de l’Étoile.

Depuis le début, on développe des activités sur la marche en tant que pratique artistique : l’idée est de considérer ce sentier comme une scène culturelle de plein air. Mais la marche est devenue aussi un moyen d’appréhender le territoire autrement. C’est ce qu’on appelle l’école buissonnière : une université populaire par la marche. On découvre la faune, la flore, mais aussi l’histoire industrielle et sociale du territoire grâce aux artistes et aux spécialistes qu’on invite : des botanistes, des sociologues, des historiens. Être dehors, marcher ensemble, c’est aussi une manière de mobiliser des communautés. La démarche est ouverte à tous : aux locaux, pour qu’ils prennent conscience du lieu où ils habitent, mais aussi à des gens qui habitent à l’autre bout de la région.

Marseille est une ville faite pour la voiture depuis soixante ans. Quelle est la situation du piéton là-dedans ?

M. A. : La « marchabilité » est un enjeu énorme pour cette ville. Mais le Bureau des guides ne se voit pas comme un militant de l’aménagement urbain, ce n’est pas notre position. On prend la ville telle qu’elle est et on essaye de voir comment la pratiquer. L’enjeu, c’est aussi d’appréhender ses impossibilités. Découvrir qu’on peut relier l’Hôpital nord à Grand Littoral en passant à travers un grillage ouvert. Montrer que c’est possible, que ça existe : c’est important. Plus les Marseillais marcheront, plus les pouvoirs publics auront intérêt à améliorer leur condition.

En presque quinze ans de randonnées, de rencontres, de projets, est-ce que Marseille a changé autour de vous ?

M. A. : Il y a eu un long sommeil. 2013 a lancé des choses, mais c’est comme si Marseille n’avait pas tout de suite saisi l’opportunité et s’était rendormie. Mais depuis le déconfinement post-covid, quelque chose frémit : on voit apparaître une jeune génération de vingtenaires, de trentenaires. C’était déjà arrivé au début des années 2000, mais là, c’est différent. Marseille recommence à s’inventer. Et cette fois, peut-être, depuis l’intérieur.

Infos pratiques : « Bivouac Fos Route », les 16 et 17 mai. À consulter sur le site du Bureau des guides.

Photo Marielle Agboton, Bureau des guides
Photo Marielle Agboton, Bureau des guides

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