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Martin Parr, photographe d’un Paris instagrammé

Dans la cour du Louvre, 2012 © Martin Parr / Magnum Photos / Kamel Menmour

Au Jeu de Paume, une rétrospective rend hommage à Martin Parr, disparu en 2024. À l'occasion, son livre Grand Paris est réédité. Couleurs qui claquent, foules compactes, gestes déjà vus : le photographe britannique avait compris, bien avant Instagram, que Paris était déjà une image. Et que ses habitants en étaient les premiers acteurs, souvent sans le savoir.

Au musée du Jeu de paume, l’exposition « Global Warning » retrace cinquante ans de travail de Martin Parr, photographe disparu il y a quelques mois. Des années 1970 à aujourd’hui, près de 180 images : foules, vacances, consommation, gestes ordinaires. Comme les photographes humanistes, Martin Parr regarde les gens. Mais là où ses aînés cherchaient la douceur, lui préfère les couleurs qui claquent, le flash en plein jour, et une ironie qui pique. Un moraliste discret, qui cherche moins la tendresse que de bousculer avec humour et acidité. 

À l’occasion de cette exposition, son livre Grand Paris est réédité : une commande de la Maison européenne de la photographie réalisée en trois ans de balades dans la capitale. On l’ouvre en s’attendant à voir la métropole élargie. Mais très vite, on reste dans Paris. Les Champs-Élysées, le Louvre, les quais de Seine et Paris plage, les terrasses, la Fashion week. Le centre, encore et encore. Une échappée au Bourget, et puis c’est tout pour la banlieue.  

On feuillette l’album, comme une déambulation dans le Paris des touristes. Au Louvre, des visiteurs photographient la Joconde sans lever les yeux. À Paris Plage, des corps s’alignent sur le béton, face à une Seine qui figure la mer. Plus loin, un joueur de pétanque torse nu, cigarette à la main.  

Ce n’est pas un oubli, c’est un choix

Au milieu du livre, une carte du Grand Paris se déplie. Les départements sont là, 92, 93, 94, bien dessinés. Mais les images, elles, n’y vont pas. La banlieue reste hors champ. Présente sur le plan, absente du regard.  Son Grand Paris n’en est pas un. Ou plutôt si : c’est le Grand Paris tel qu’il existe dans les imaginaires du monde entier. Un Paris sans banlieue, sans périphérie, sans Seine-Saint-Denis, mais d’une cohérence implacable. Nous, on aurait voulu qu’il pousse jusqu’au 93. On aurait adoré voir ce qu’il aurait fait de Bobigny un dimanche matin, de Montreuil un soir de match, ou de Versailles, tiens, pendant les grandes eaux.

Mais on a compris que Martin Parr ne photographie pas un territoire. Il capte des situations. Et Paris, pour lui, c’est ça : la capitale mondiale du geste touristique. L’endroit où l’on vient refaire les mêmes photos qu’ailleurs – le selfie devant le monument, la glace qui dégouline, le couple qui pose sans se regarder – dans un décor un peu plus chargé de symboles. Lui qui n’osait pas aborder les gens a finalement tout compris d’eux. Bien avant Instagram, Martin Parr avait compris que Paris était déjà une image. Et que ses habitants en étaient les premiers acteurs, souvent sans le savoir.

Moins un territoire qu’un théâtre. Et nous en sommes tous les figurants. 

Infos pratiques : exposition « Martin Parr Global Warning », musée du Jeu de paume, 1, place de la Concorde, Paris (1er). Ouvert tous les jours sauf le lundi, jusqu’au 24 mai 2026. Livre « Grand Paris Martin Parr », Éditions Xavier Barral, 128 p., 35 €. Accès : métro Concorde (lignes 1, 8 et 12). Plus d’infos sur jeudepaume.org

Paris Plage, 2012. © Martin Parr / Magnum Photos / Kamel Menmour
Notre-Dame, 2012 © Martin Parr / Magnum Photos / Kamel Menmour
La Goutte d’Or, Grand Hotel Barbès, 2011 © Martin Parr / Magnum Photos / Kamel Menmour
Paris Plage, 2012 © Martin Parr / Magnum Photos / Kamel Menmour
Semaine de la Haute Couture, Chanel, 2013 © Martin Parr / Magnum Photos / Kamel Menmour

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