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Dans le dernier repli de La Villette, naissance d’un jardin

Le nouvel espace de La Villette ouvrira le 28 mars 2026. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Entre la darse du Rouvray, le canal de l’Ourcq et le conservatoire de Paris, la dernière friche de Paris ouvre au public le 28 mars. 15 000 m2 de jardins, de prés avec des animaux, de biodiversité et de silence. C'est le dernier espace que La Villette avait encore à rendre au public.

On longe le conservatoire de Paris. Des fragments d’arias s’échappent des fenêtres du premier étage. Puis on pousse une grille, et quelque chose change. 
Ce n’est pas spectaculaire. C’est même le contraire : un chemin pavé qui s’étire vers le nord entre deux lisières végétales. Les pavés sont ceux d’autrefois, récupérés, rejointoyés, mais toujours là. Ils sont là depuis l’époque où c’était le marché aux moutons, du temps des abattoirs de la Villette. Et avant ça encore : c’est à cet endroit précis qu’Adolphe Mille, ingénieur d’Haussmann, inventa la transformation des résidus des égouts en engrais agricoles. La merde en or, en quelque sorte. D’où ce petit bout de rue qui porte son nom.

Ce chemin, c’est le cœur de la nouvelle extension du parc de La Villette : 1,5 hectare, soit 10 % d’espaces verts supplémentaires pour le plus grand parc de Paris. La dernière friche. Il n’y aura plus rien à reconquérir après ça.

À droite, les grandes pâtures. À gauche, la darse du Rouvray – un bras d’eau mort entre le chemin et le canal de l’Ourcq. Ça fait longtemps que je la longe depuis la station Ourcq (ligne 5) pour rejoindre le canal. Mon guide de La Villette a raison : ce n’est pas qu’un décor bucolique. Le Champ des oiseaux est un sanctuaire ornithologique, suivi désormais par la LPO. Les chanteurs du conservatoire n’ont pas le monopole des concertos : les pinsons aussi sont des virtuoses.

Chèvres, lavande et grelinette

Je suis mes guides. On est dans les coulisses des fameux Jardins passagers de La Villette – des jardins pédagogiques nés en 2001 dans l’esprit du jardinier planétaire Gilles Clément, même s’il n’en a pas posé une seule pierre. Ou une seule plante. On fait un petit détour vers le coin des chèvres. C’est parfumé.

Pourquoi des animaux en ville, au fond ? La réponse est simple : pas pour faire de l’agriculture, pas pour produire quoi que ce soit. Juste pour que des enfants qui n’ont jamais vu une chèvre de près puissent en voir une. Et qu’elle se sente bien, elle aussi. 

Un peu plus loin, des ados passent la grelinette sur le potager. Une grelinette, c’est une fourche à dents multiples qui retourne la terre sans la blesser. Le geste est plus doux qu’une bêche, ça se voit sur les visages.

On continue. Une odeur délicieuse efface d’un coup l’atmosphère caprine. Sur un feu, un alambic fume. On y distille de la lavande. Dans un repli de Paris.

Au bord de l’eau, les oiseaux

On continue à marcher. Mes guides parlent de pleine terre, de sols pollués – on est sur un ancien site industriel, ça laisse des traces –, de programmation, de mètres carrés, de noues et d’écoconception. J’écoute. Mais à un moment je décroche doucement des chiffres pour rester dans ce que je vois : un hectare et demi de jardin, un chemin, une parenthèse dans la ville. Je prends conscience de la chance que j’ai de le parcourir seul, avant l’ouverture, avant que tout le monde se l’approprie.

On finit par de beaux morceaux. L’ancienne halle de Rouvray – édifiée en 1914, atelier de métallerie jusqu’en 1994, magnifiquement restaurée depuis – sera en semaine un lieu d’ateliers et de médiation pour les enfants. 450 ateliers par an, bientôt ouverts toute l’année grâce aux salles chauffées. Le week-end, un café pour les adultes. Les poutrelles d’acier ont été peintes dans un vert qui hésite entre la statue de la Liberté et la signalétique de la RATP. C’est comme ça que je le vois.

Juste derrière la halle, on aperçoit l’une des folies, les bâtiments rouges de Tschumi. On retrouve les icônes du parc. Un dernier détour nous mène presque au bord de l’eau. Ici ce sera un observatoire pour les oiseaux : une guérite avec une meurtrière horizontale, comme dans les parcs naturels, pour observer sans déranger. En plein Paris. Dans un repli de Paris.

Pour l’ouverture, le 28 mars, le Théâtre du Cristal, avec sa troupe de comédiens en situation de handicap, proposera des visites théâtralisées. Ça va être très bien.

Infos pratiques : Axe de promenade de la Ferme de La Villette, parc de La Villette, 211, av. Jean-Jaurès, Paris (19e). À découvrir dès le 28 mars à partir de 15 h. Puis ouvert tous les jours de 8 h à 20 h. Accès : Porte de Pantin (métro ligne 5, tram T3b). Plus d’infos sur lavillette.com

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Un alambic où l’on distille des herbes aromatiques. Le nouvel espace de La Villette ouvrira le 28 mars 2026. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Le nouvel espace de La Villette ouvrira le 28 mars 2026. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Le nouvel espace de La Villette ouvrira le 28 mars 2026. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Ici se dressaient des espaces techniques… ce sera bientôt un site d’observation d’oiseaux. Le nouvel espace de La Villette ouvrira le 28 mars 2026. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris