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C’est le printemps, ce dimanche faites un saut au cimetière

Camille Paix, alias Mère Lachaise, dans le cimetière du Père Lachaise / © Virginie Jannière pour
Camille Paix, alias Mère Lachaise, dans le cimetière du Père Lachaise / © Virginie Jannière pour Enlarge your Paris

Dimanche 10 mai, c'est le Printemps des cimetières. Pas la Toussaint, le Printemps. On y va pour les arbres, pour les écureuils, pour Hubertine Auclert et Rosa Bonheur, pour les Communards, les fleurs sauvages, et pour Jim Morrison qu'on n'a pas encore réussi à enterrer vraiment. EYP a sorti cinq itinéraires de ses archives, et prépare, pour la mi-mai, un grand reportage : Bagneux, l'autre Montparnasse.

Les cimetières sont des lieux funèbres, bien sûr. Mais ils sont aussi des lieux naturels, des espaces verts, des refuges de biodiversité ; presque des jardins publics, avec tout le respect qu’on doit à celles et ceux qui y reposent. Ce sont aussi des lieux de patrimoine où l’on lit le passé à ciel ouvert : les illustres de la politique, de la littérature, les fracas de l’Histoire. Et ce sont, surtout, des lieux de respiration, à l’écart du bruit de la ville.

Pour le Printemps des cimetières ce dimanche 10 mai 2026, autour du triptyque Patrimoine, Arts, Biodiversité, Enlarge your Paris a sorti de ses archives plusieurs manières d’arpenter ces villes des morts.

Le Père-Lachaise, ou l’égalité par la sépulture

En tête : le Père-Lachaise. Ouvert en 1804 par décret de Napoléon, il est l’aboutissement d’une longue logique d’émancipation héritée de la Révolution. Jusque-là, les Parisiens étaient enterrés dans les cimetières collectifs accolés aux églises, des fosses communes paroissiales où les pauvres finissaient entassés là, sans nom. Le cimetière des Saints-Innocents, en plein cœur des Halles, en était l’exemple le plus tristement célèbre : insalubre, infesté, avec des cadavres empilés sur quatre mètres. Son évacuation vers les Catacombes, à partir de 1785, ouvre le cycle. La Révolution sécularise l’état civil et arrache la mort au monopole de l’Église. Napoléon achève : avec le Père-Lachaise, chacun a droit à une tombe individuelle, et tous reposent dans le même lieu, quelle que soit sa religion ou sa condition sociale. Une émancipation, jusque dans la mort.

À ses côtés, Montparnasse ; et de l’autre côté du périphérique, les cimetières parisiens extra-muros : Bagneux, Pantin, Ivry, Thiais, Saint-Ouen, La Chapelle, véritables villes des morts dans les villes des vivants.

Patrimoine en déshérence

Mais ce patrimoine parisien l’est de moins en moins. Il n’y a plus de place pour les nouvelles concessions intra-muros depuis longtemps : les Parisiens d’aujourd’hui sont enterrés en banlieue, dans leur ville d’origine, ou crématisés. Et la mobilité résidentielle a desserré le lien entre les morts et les vivants : beaucoup de tombes anciennes sont en déshérence, leurs familles ont quitté Paris, parfois la France, plus personne ne vient. Raison de plus pour pousser les grilles : ces lieux ont besoin d’autres visiteurs que les ayants droit.

Et puis il y a le choix du printemps, qui n’est pas anodin. À la Toussaint, on va voir ses défunts ; en mai, on vient voir vivre les cimetières. La vitalité de la nature renverse le regard : les 44 hectares du Père-Lachaise redeviennent ce qu’ils sont aussi, matériellement, à savoir le plus grand espace vert de Paris ; les 6 000 arbres de Bagneux se peuplent d’écureuils roux et de perruches à collier. La biodiversité figure à parité dans le triptyque officiel – Patrimoine, Arts, Biodiversité – et ce n’est pas une coquetterie de programmation. C’est l’idée même de l’événement : un cimetière, au printemps, est un lieu de vie.

À arpenter avec Enlarge your Paris

Côté patrimoine

Sur les traces de la Commune de Paris, du Père-Lachaise au Sacré-Cœur. Onze kilomètres à travers Belleville, Ménilmontant et Montmartre, du Mur des fédérés où s’achevèrent les combats de la Semaine sanglante les 27 et 28 mai 1871 jusqu’à la basilique bâtie sur l’ancien Champ des Polonais où l’insurrection avait éclaté le 18 mars. Une balade signée Vianney Delourme.

Cinq bonnes raisons de faire le voyage à Bagneux en métro. Depuis l’arrivée de la ligne 4, le cimetière parisien de Bagneux est à portée de Navigo. On y croise Barbara – qui repose à deux pas de la station qui porte son nom –, Claude Berri, Jacqueline Maillan, Claude Piéplu. Reportage de Virginie Jannière.

Côté matrimoine

Au Père-Lachaise, les femmes illustres attendent qu’on leur rende visite. Hubertine Auclert la suffragette, Suzanne Lacascade première femme de couleur bachelière en France, Sophie Germain qui se fit passer pour un homme pour étudier les mathématiques, Rosa Bonheur première artiste femme décorée de la Légion d’honneur. Solenn Cordroc’h a marché avec la guide Hélène pour rendre visite à celles que les itinéraires officiels oublient.

Mère Lachaise, l’instagrameuse qui redonne vie aux mortes illustres oubliées. Avec son compte Instagram et son livre aux éditions Cambourakis, Camille Paix a entrepris de déterrer le matrimoine funéraire : cent portraits, de Gerda Taro, photographe antifasciste écrasée par un char en Espagne en 1937 jusqu’aux anonymes dont elle relit les épitaphes. Virginie Jannière l’a suivie dans les allées.

Côté biodiversité

Les fleurs du Père-Lachaise, balade botanique dans le plus grand espace vert de Paris. 44 hectares, plus que les Buttes-Chaumont. John Laurenson y a suivi l’ethnobotaniste Valentine Diguet pour observer ce que la fin des pesticides a changé pour la flore, et ce qui pousse, ou pas, sur la tombe de Jim Morrison.

Infos pratiques : Printemps des cimetières, dimanche 10 mai 2026. Programmation de la Ville de Paris dans les cimetières intra-muros (Père-Lachaise, Montparnasse, Montmartre, Batignolles, Vaugirard, Saint-Vincent…) et extra-muros (Bagneux, Pantin, Ivry, Thiais, Saint-Ouen, La Chapelle). Tout le programme sur paris.fr/quefaire.

La tombe d’une suffragette au Père-Lachaise. Solenn Cordroc’h pour Enlarge your Paris

À paraître prochainement sur EYP

Bagneux, l’autre Montparnasse. À quelques stations de métro du cimetière de Montparnasse où reposent quelques-uns des plus grands noms de la culture du XXᵉ siècle, il y a Bagneux. Ses anonymes, ses militaires étrangers, ses 91 soldats allemands de la guerre de 14-18 alignés sous une inscription en allemand, ses monuments de la Shoah érigés par les sociétés mutualistes juives pour leurs morts qui n’ont jamais eu de tombe. Le cimetière où repose Eugène Atget, à l’orée du Bicentenaire de la Photographie. Et celui où Barbara dort à quelques mètres de la station de métro qui porte désormais son nom ; et où l’on peut, en partant, déposer une petite pierre, comme le veut la tradition juive. Reportage à paraître fin mai.