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Ai Weiwei, Cai Guo-Qiang, Ninagawa : cent ans après Monet, la Normandie rouvre son jardin

A Sky Painting for the 2026 Normandie Impressionniste Festival_. Courtesy Cai Studio

Pour son centenaire, Claude Monet se retrouve entouré de 650 000 briques de Lego, d’un millier de drones et d’un DJ set au pied de la cathédrale de Rouen. Le festival Normandie Impressionniste s’ouvre le week-end des 30 et 31 mai, et se prolonge tout l’été jusqu’à la mer. Il y a pire comme manière de fêter un centenaire.

En partenariat avec la Métropole du Grand Paris et l’Entente Axe Seine

En 2024, Philippe Platel avait confié une projection sur la cathédrale de Rouen à Bob Wilson. L’artiste voulait qu’elle dure toute la nuit ; elle a finalement été ramenée à vingt-cinq minutes — avec, par endroits, des images immobiles deux minutes complètes. Une partie du public a décroché. Pour le directeur artistique de Normandie Impressionniste, le constat est clair : « Sur Instagram, une image dure dix secondes. La contemplation, elle, demande du temps — et ce temps-là est devenu difficile. » 

Ce n’est plus l’image qui dérange, me dit-il. C’est le temps.

L’édition 2026, dont Philippe Platel assure la direction artistique pour la cinquième année, suit le fil de la Seine, de Paris jusqu’à l’Atlantique, sur le thème « Un possible jardin ». Expositions, installations, œuvres in situ : un parcours qu’on peut faire en train, sans voiture. La question qui le traverse : est-il encore possible, aujourd’hui, d’avoir son jardin ? Voici la programmation qu’on vous propose pour le week-end inaugural des 30 et 31 mai, puis pour la suite, jusqu’au 27 septembre.

Samedi 30 mai — Rouen, ouverture en grand 

La ville est indissociable de Monet, qui y a peint sa célèbre série de la cathédrale. L’après-midi, plusieurs portes d’entrée. Le musée des Beaux-Arts — l’une des plus riches collections impressionnistes de France — vaut à lui seul deux heures. À côté, le Centre photographique Rouen Normandie ouvre D’après nature, l’exposition que Sarah Moon consacre au festival, ses flous habités et ses silences en dialogue inattendu avec l’impressionnisme (jusqu’au 26 septembre). Et à l’église Sainte-Croix-des-Pelletiers, le studio néerlandais Drift installe Meadow : des milliers de tiges mécaniques qui ondulent comme un champ sous le vent, à mi-chemin entre la nature et la machine.

Mais le rendez-vous, c’est le soir.

À partir de 22h15, place de la cathédrale, la soirée d’ouverture transforme le parvis en dancefloor : Barbara Butch aux platines — la même qu’aux JO de Paris 2024 — et, sur la façade, Cathédrale de lumière : Floraison sauvage, projection monumentale signée Mika Ninagawa. La photographe et réalisatrice japonaise a fait sa signature de couleurs saturées et d’une nature pop, jouissive, frontale. Sa projection prend pour fil la collection d’estampes japonaises de Monet, croisant des images de Giverny avec un imaginaire urbain japonais. Gratuit, sans réservation.

Après Bob Wilson, on change de tempo. Mais la question reste posée : combien de temps regarderez-vous, vraiment ?

Et si on y allait à pied ?

Pour celles et ceux qui veulent arriver à Rouen autrement, Enlarge Your Paris organise le même jour Chez Monet à Rouen, de la forêt à la cathédrale — 20 km depuis la gare de Malaunay – Le Houlme (banlieue rouennaise) jusqu’à la place de la cathédrale, encadrés par nos guides et ceux de Zig Zag. Départ 10h30, arrivée fin d’après-midi, en plein cœur du parvis — juste à temps pour la soirée Butch / Ninagawa. C’est l’étape 2 de notre cycle La Seine, la belle balade — Dans les pas de Monet

Dimanche 31 mai — Vernon / Giverny, le ciel en jardin

Vernon est la porte d’entrée pour Giverny — et, prévient Philippe Platel, la première épreuve du week-end : résister à la tentation de photographier. Il raconte une visite, un matin de pluie, presque seul devant les nénuphars. « C’est merveilleux de regarder ça, ne serait-ce que cinq minutes. Mais qui prend aujourd’hui cinq minutes pour regarder un nénuphar ? »

Avant Giverny, plusieurs propositions à Vernon. Au musée, une exposition de Lionel Sabatté, qui travaille la lumière et la matière avec une sensibilité proche des impressionnistes. Au musée des Impressionnismes de Giverny, carte blanche à Daniel Buren : ses rayures et ses jeux optiques, dans le lieu même où Monet a vécu.

Et le soir, retour à Vernon pour l’événement unique du week-end. Dimanche 31 mai, 18h30, quai Jacques Chirac — durée 30 min, gratuit. Cai Guo-Qiang signe Radiance of Spring: Sky Painting for Normandie Impressionniste. L’artiste chinois –  connu pour ses cérémonies des JO de Pékin 2008 et ses œuvres réalisées à partir de poudre et d’explosions contrôlées — imagine un feu d’artifice en plein jour, accompagné de plus de mille drones, qui déploiera dans le ciel des fleurs de fumée colorée inspirées de Monet.

Philippe Platel y voit une proximité directe avec Giverny : lorsque Monet peignait la cathédrale de Rouen, le peintre disait qu’il ne peignait pas la pierre, mais l’air qu’il y avait entre elle et lui. La fumée de Cai Guo-Qiang rend cet air visible, évanescent, en permanente évolution — éminemment impressionniste. Cai expose aussi, du 29 mai au 31 août, à l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Si vous prolongez d’une journée, l’excursion vaut le détour.

Et si on y allait à pied ?

Le dimanche 31, Enlarge Your Paris organise Chez Monet, vers Vernon — 25 km depuis la gare de Rosny-sur-Seine, accessible en Navigo depuis Saint-Lazare (TER de 10h12). Six heures de marche entre Rosny et Vernon, par les berges et les coteaux, en face de Giverny. Arrivée à Vernon-Giverny dans l’après-midi — juste à temps pour le Sky Painting de Cai Guo-Qiang à 18h30. C’est l’étape 3 de notre cycle La Seine, la belle balade. 

A Sky Painting for the 2026 Normandie Impressionniste Festival_. Courtesy Cai Studio

Et après : la Normandie jusqu’au 27 septembre

Le festival ne s’arrête évidemment pas au week-end inaugural. À programmer dans les semaines qui suivent :

À Caen, dans l’église Saint-Nicolas, la Néerlandaise Diana Scherer présente La lumière dans les filets (29 mai – 30 août) : des plants d’orge dont la croissance est guidée par des matrices gravées, leurs racines formant des motifs complexes. Un tissage que la nature exécute sous contrainte. Elle oblige la nature. Mais c’est quand même la nature qui fait.

À Honfleur, Fujiko Nakaya, 92 ans et pionnière de l’art environnemental, déploie son Fog Tree au Jardin des Personnalités (29 mai – 27 septembre). Brouillards de microgouttelettes qui se recomposent au gré du vent : l’artiste s’appuie sur les données météo, mais accepte de perdre une part de contrôle. Pour Platel, c’est l’une des questions centrales du festival : à quel moment doit-on accepter de lâcher prise face à la nature ? Une question qui résonne en miroir avec le jardin de Giverny — soigneusement orchestré, lui, jusque dans le moindre détail.

Au Havre, à partir du 5 juin, deux expositions majeures se déploient au MuMa. Water Lilies : Ai Weiwei revisite les Nymphéas de Monet en 650 000 pièces de Lego, présentées pour la première fois en France. C’est un hommage à son père, le poète Ai Qing, autrefois marqué par l’impressionnisme à Paris avant d’être réduit au silence en Chine. Et dans la même institution, Monet au Havre (jusqu’au 27 septembre) : 80 œuvres — peintures, dessins, photographies — sur les années de formation du peintre entre 1845 et 1874, quand Le Havre lui servait de laboratoire.

Au Portique, Noémie Goudal présente une exposition que Platel décrit simplement comme sublime. La photographe et vidéaste française travaille les paysages naturels et les archives scientifiques, créant des images où la nature semble suspendue entre le réel et la représentation.

Le port, lui, reste un siècle plus tard le bon endroit pour penser Monet. « Le Havre, c’était déjà l’arrivée du monde entier au XIXᵉ siècle », note Philippe Platel. Preuve par l’image : c’est encore par lui que sont arrivés les conteneurs avec les Lego d’Ai Weiwei. Même port, un siècle d’écart, même logique.

Et puis retour à Paris

Avant de refermer le voyage, un détour par le musée Clemenceau, rue Benjamin-Franklin (16ᵉ). Dans l’appartement où vécut l’ancien président du Conseil, photos et correspondances racontent la relation étroite entre Georges Clemenceau et Claude Monet. C’est Clemenceau qui persuada le peintre d’offrir à la France le cycle des Nymphéas. Et c’est à Giverny qu’il se rendit quelques jours après l’Armistice. 

Cinq minutes devant un nénuphar : c’est peut-être ce que le festival demande, au fond. Pas davantage.

Informations pratiques : Normandie Impressionniste 2026 — « Un possible jardin », du 29 mai au 27 septembre 2026. Week-end inaugural : Samedi 30 mai, Rouen — Soirée d’ouverture, parvis de la cathédrale, à partir de 22h15. DJ set de Barbara Butch et projection Cathédrale de lumière : Floraison sauvage de Mika Ninagawa. Gratuit. Dimanche 31 mai, Vernon — Radiance of Spring : Sky Painting de Cai Guo-Qiang, quai Jacques Chirac, 18h30 (durée 30 min). Gratuit. 

Nos randos pour rejoindre le festival à pied : Chez Monet à Rouen, de la forêt à la cathédrale (sam. 30 mai) et Chez Monet, vers Vernon (dim. 31 mai). Étapes 2 et 3 du cycle La Seine, la belle balade — Dans les pas de Monet. 

À prolonger ensuite : Caen, Honfleur, Le Havre (à partir du 5 juin pour Ai Weiwei et Monet au Havre au MuMa), Mont-Saint-Michel. Plus d’infos et programme complet surnormandie-impressionniste.fr

A Sky Painting for the 2026 Normandie Impressionniste Festival_. Courtesy Cai Studio

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