
Cette randonnée gare-à-gare commence sur le quai où Vincent van Gogh est descendu du train le 20 mai 1890 et s'achève au terminus du RER A, cinquante ans d'utopie urbaine plus loin. Toute la première moitié se joue à flanc de coteau, en bordure du plateau du Vexin : on ne voit jamais la rivière, mais on voit tout le paysage qu'elle a dessiné. Puis vient Pontoise, le pont, et le grand méandre où s'est construite la ville nouvelle.
En partenariat avec la Métropole du Grand Paris et l’entente Axe Seine.
Pendant toute une première moitié du parcours, on est comme sur un immense balcon au-dessus de la rivière. On suit les coteaux de l’Oise qui nous emmènent d’Auvers jusqu’à Pontoise, en traversant des vergers abandonnés et des petits villages faits de maisons troglodytes et jolis jardins. Tout est calme, doux, lumineux. En contrebas, la vallée déroule son paysage sans trop montrer sa rivière. Il faut atteindre le quartier médiévale de Pontoise pour la voir enfin, puis basculer coller au méandre où la France des Trente Glorieuses a bâti sa ville nouvelle, au beau milieu de ce qui fut l’un des plus extraordinaires paysages d’Île-de-France. Le final est époustouflant : au bout de la base de loisirs de Cergy apparait l’Axe Majeur de l’artiste israélien Dani Karavan, trois kilomètres de perspective tirée vers Paris, entre terrasses monumentales et une passerelle rouge posée sur l’eau. On était parti sur les pas d’un peintre, on arrive à l’intérieur d’une œuvre d’art.
Informations pratiques : 22,7 km, quasiment plat hormis la côte de sortie de vallée, plus de 90 % de goudron. Comptez cinq bonnes heures de marche. Départ : gare d’Auvers-sur-Oise (ligne H). Arrivée : gare de Cergy-le-Haut (RER A, ligne L). Le tracé est à consulter et télécharger (GPX) ici.
Départ chez les peintres
Tout commence à la petite gare d’Auvers-sur-Oise, à deux pas de l’auberge Ravoux où Vincent van Gogh a vécu ses 70 derniers jours et peint 74 tableaux, un par jour, avant de mourir le 29 juillet 1890. Le village se visite comme un musée à ciel ouvert : l’église immortalisée par le peintre, la maison du docteur Paul Gachet qui l’avait attiré ici, le cimetière où il repose auprès de son frère Theo van Gogh. On traverse assez vite le village, en longeant ces lieux iconiques.
À flanc de coteau
Passé Méry-sur-Oise, le parcours s’installe sur les coteaux, en lisière du plateau du Vexin, et n’en descend plus jusqu’à Pontoise. On enchaîne de jolis villages, des sentiers et des chemins agricoles qui se faufilent dans des vergers abandonnés. Et régulièrement, le paysage s’ouvre : la plaine de Pierrelaye en contrebas, la forêt de Saint-Germain-en-Laye à l’horizon, et par temps clair les tours de La Défense. La rivière, elle, reste invisible. C’est toute l’élégance de cette première moitié : on marche au bord du vide qu’elle a creusé, on domine la vallée entière sans jamais apercevoir l’eau.
Pontoise, le pont sur l’Oise
Les coteaux mènent tout droit à Pontoise, dont le nom dit tout : c’est ici que la route de Paris à Rouen franchissait la rivière depuis l’Antiquité, sur la Chaussée Jules César. Capitale du Vexin français depuis son rattachement au domaine royal en 1064, la ville a vu passer Saint Louis, soutenu un siège décisif de la guerre de Cent Ans en 1441 et posé pour Camille Pissarro, qui y a vécu et peint pendant des années. Ses ruelles en pente et sa cathédrale Saint-Maclou valent le détour et si vous en avez le temps, la pause déjeuner. Et on quitte la ville pour retrouver enfin la rivière, et ne plus la quitter.
Finale dans la boucle
Passé le pont, on entre dans le grand méandre de l’Oise. C’était, avant les années 1970, un paysage extraordinaire de campagne enroulée dans la rivière ; c’est là que l’État a dessiné Cergy-Pontoise, la plus ambitieuse des villes nouvelles franciliennes. Le parcours en traverse les deux visages : les étangs de Cergy-Neuville, devenus île de loisirs, puis la remontée vers les hauteurs de Cergy.
L’Axe Majeur, la perspective de la ville nouvelle
C’est là que le parcours croise l’œuvre d’une vie. En 1980, les urbanistes et les élus de la ville nouvelle commandent au sculpteur israélien Dani Karavan une grande œuvre d’art urbain. Sa réponse : une ligne de 3,2 kilomètres et douze stations, tirée des hauteurs de Cergy vers Paris, dans l’alignement de La Défense, de l’Arc de Triomphe et du Louvre. Une ville sans passé s’offrait ainsi sa perspective royale. Du haut en bas : la Tour Belvédère, colonne inclinée de 36 mètres d’où un laser pointe vers Paris la nuit venue, cernée par l’hémicycle postmoderne de Ricardo Bofill ; le Verger des Impressionnistes Camille Pissarro et ses 190 arbres fruitiers, clin d’œil au peintre croisé à Pontoise quelques kilomètres plus tôt ; l’Esplanade de Paris et ses douze colonnes, d’où la vue porte jusqu’à La Défense ; l’amphithéâtre, le bassin, puis la passerelle rouge vif qui franchit l’Oise vers l’Île Astronomique, parfaitement circulaire. Chantier de cathédrale commencé en 1980 et toujours pas tout à fait achevé, l’Axe Majeur aura occupé Dani Karavan plus de trente ans, jusqu’à sa mort en 2021. Le randonneur qui arrive d’Auvers y trouve une conclusion toute trouvée : une œuvre qui regarde l’horizon comme Vincent van Gogh regardait les blés. Il ne reste qu’à rejoindre la gare de Cergy-le-Haut, au cœur de l’utopie devenue quinquagénaire.





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13 septembre 2026 - Auvers-sur-Oise