
À deux kilomètres des pistes de Roissy survit le dernier grand marais d'Île-de-France. Pour l'atteindre : 17 km de gare à gare, un passage dérobé sous la voie ferrée et un sentier qui s'appelle vraiment le chemin de l'Abîme.
En partenariat avec Île-de-France Nature
Mais qu’est-ce qu’on est venu faire ici ? La question se pose dès la sortie de la gare de Mitry–Claye. Les pistes de Roissy sont à deux kilomètres, et à l’horizon les avions descendent si bas qu’ils semblent accrocher la cime des arbres. Autour, ce ne sont que voies ferrées, entrepôts et rumeur de la Francilienne. On traverse les pavillons de la cité cheminote, les champs de la Plaine de France s’ouvrent, et on marche longtemps dans cet entre-deux de cultures et de bois en se demandant si on ne s’est pas trompé de sortie. Et puis un passage étroit sous la voie ferrée avale le sentier. De l’autre côté, les frênes se referment, le ru des Cerceaux file sous une passerelle rouillée, le chemin débouche sur un miroir d’eau où de grosses touffes d’herbes font des îles. Un avion gronde encore dans le dos. On a compris : le marais tient au milieu du monde, sans jamais le faire oublier.
Cette randonnée n’est pas cent pour cent bucolique, et on l’assume : elle a même, par moments, de petits airs d’urbex. C’est justement pour cela qu’on vous la raconte. Il s’agit de comprendre comment des institutions réussissent à maintenir des espaces naturels indispensables à la biodiversité, ici au beau milieu d’un concentré d’icônes de la modernité tels qu’avions, TGV, RER ou autoroutes. La randonnée prend alors des allures de fable : un camp retranché de la nature, dont les remparts ont été construits par les assiégeants.
Y aller : départ de la gare de Mitry–Claye (RER B, ou ligne K du Transilien). Arrivée : gare de Villeparisis–Mitry-le-Neuf (RER B). Passe Navigo valable. Parcours de 17 km, sans difficulté technique, bonne condition physique conseillée. Prévoir de l’eau, un pique-nique et des chaussures qui ne craignent pas la boue. Tracé à télécharger
Le parcours
En partant de la gare de Mitry–Claye, on traverse d’abord la cité-jardin cheminote, construite à partir de 1931 sur les plans de Raoul Dautry, ingénieur en chef de la Compagnie du Nord et futur ministre de la Reconstruction. Le chemin file ensuite entre champs et zones d’activités, longe une exploitation ovine, puis se glisse sous la voie ferrée par un passage étroit. De l’autre côté, les bois alternent encore avec les cultures ; on croise la station d’épuration de Mitry-Mory, posée sur le bien nommé chemin de l’Abîme au bord du ru des Cerceaux, avant que le site du Moulin des Marais ne s’ouvre enfin, avec ses allées aménagées dans le bois Nord et ses miroirs d’eau. Le retour s’effectue le long du canal de l’Ourcq, jusqu’à la gare de Villeparisis–Mitry-le-Neuf.
Un marais survivant
Ce camp retranché a bien failli tomber. Au XVIIIe siècle, les cartes décrivent ici la plus vaste zone marécageuse d’Île-de-France, couvrant 256 hectares au fond du vallon de la Reneuse. Le creusement du canal de l’Ourcq à partir de 1802 en bouleverse le fonctionnement. Puis le XXe siècle installe tout autour l’aéroport, la Francilienne, la N3, puis la ligne TGV. Le marais a tenu, ultime vestige de ce paysage disparu, et Île-de-France Nature veille dessus depuis 1992. On y trouve des tourbières alcalines devenues rares dans la région, des boisements humides, un menhir au détour d’un sentier, et une faune qui circule entre les bois et l’eau : le site fait le lien entre les espaces agricoles de la plaine de France et la forêt régionale de Claye-Souilly. Tout cela à 25 minutes de la gare du Nord.

Lire aussi : De l’Yerres au Domaine du Piple, 15 km pour pousser la porte de la dernière forêt privée du 94
À lire aussi : La Végétale, 20 km pour passer tout naturellement des quais du métro aux berges de l’Yerres
À lire aussi : Une forêt interdite depuis des décennies ouvre ses portes à 30 minutes de Paris
À lire aussi : La Ceinture verte d’Île-de-France, 15 000 hectares de nature préservée et méconnue
12 septembre 2026 - Mitry-Mory