
Sur le plateau de Longboyau, entre les vallées de la Seine et de la Bièvre, un parc départemental de près de cent hectares doit son existence à un sous-sol trop fragile pour qu'on y construise des logements. Le Val-de-Marne vient de lancer le chantier de son agrandissement. Un an exactement avant l'ouverture de la ligne 15 Sud dont une gare se trouvera au pied du parc.
Quatre fois les Buttes-Chaumont
Il y a des paysages qu’on doit à une volonté, et d’autres à un empêchement. Comme le Parc départemental des Lilas : si on se promène aujourd’hui sur ce plateau de Vitry-sur-Seine au milieu des vergers, des maraichages et des prairies hautes, c’est d’abord parce qu’on n’a jamais pu y poser d’immeubles. Le sous-sol est troué d’anciennes carrières de gypse – cette roche tendre dont on tire le plâtre, celui des murs parisiens depuis des siècles et, plus près de nous, des plaques de BA13. Exploitées jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, reconverties en champignonnières jusqu’aux années 1960, les galeries ont laissé un terrain troué comme un gruyère, impossible à lotir. La ville s’est arrêtée au bord du plateau, Villejuif d’un côté, et Vitry de l’autre.
Le parc des Lilas n’est pas le seul à devoir son existence au plâtre : à Paris, les Buttes-Chaumont ont elles aussi été dessinées sur d’anciennes carrières de gypse, dont elles tirent leur relief spectaculaire. Mais là où Haussmann transforma dès 1867 la carrière en jardin romantique, le gypse de Vitry, lui, a simplement tenu la ville à distance. Résultat : un parc de près de cent hectares — soit quatre fois la superficie des Buttes-Chaumont, même si tout n’en est pas encore ouvert au public. Hors les deux bois de Boulogne et de Vincennes, aucun parc parisien n’approche une telle étendue.
Une nature par défaut, puis par décision
Et ce que l’agriculture a délaissé, d’autres l’ont occupé. Sur ces dizaines d’hectares laissés à eux-mêmes, on a vu pousser des cabanes, puis des maisons, des campements, des bidonvilles, des jardins clandestins ; la trajectoire classique des friches agricoles cernées par la poussée de la banlieue. Jusqu’à la décision du Département du Val-de-Marne de récupérer parcelle après parcelle, de sécuriser, de dépolluer et de renaturer. Un travail au long cours, entamé depuis des décennies. C’est dans ce contexte que s’inscrit la décision votée cette semaine par le Département, avec le concours de la Métropole du Grand Paris et de la Région, de réhabiliter le « cœur du parc », une zone jusqu’ici fermée au public, et lui ajouter près de six hectares ouverts à la promenade. Démolition de bâtiments vétustes, désamiantage, puis plantation de nouvelles essences : l’objectif affiché est d’en faire un « réservoir de biodiversité ».
Reste la question de l’accès, et c’est sans doute là que tout va basculer. Le parc des Lilas a longtemps souffert d’un problème : immense, exceptionnel, et pourtant mal desservi, connu surtout des Vitriots et des promeneurs de chiens du quartier. La ligne 15 Sud du Grand Paris Express, dont la mise en service est désormais visée pour avril 2027, doit rebattre les cartes. Depuis la future gare Mairie de Vitry — l’ancienne Vitry Centre — il faudra à peine cinq minutes de marche pour rejoindre le bas du parc. Autant dire qu’une nature jusqu’ici confidentielle s’apprête à entrer dans le rayon métropolitain.
Du lilas forcé à l’agriculture urbaine ?
Avant d’être un parc, le plateau était une terre de production, et l’une des plus réputées de la région. Jusqu’en 1978, Vitry était la capitale française du forçage du lilas — l’art de faire fleurir la plante hors saison, sous serre, pour livrer des bouquets en plein hiver. On y cultivait du lilas fleuri à Noël. Dans les années 1990, le site comptait encore une quinzaine d’horticulteurs ; il en reste aujourd’hui trois, héritiers et témoins d’un savoir-faire qui a donné son nom au lieu. Quelques serres et exploitations tiennent encore au bord des allées, et le Département a fait le choix, dès la création du parc, d’y maintenir une activité agricole vivante : jardins familiaux, parcelles maraîchères, vergers de pommiers à cidre, éco-pâturage de moutons et de chèvres.
Produire en ville, pourtant, n’a rien d’une évidence — et le parc en garde la trace. Une association maraîchère pionnière, installée là dès le milieu des années 2000, en a fait l’amère expérience : à en croire ceux qui l’ont portée, ce sont les vols à répétition, fruits et légumes raflés sitôt mûrs, qui ont eu raison d’un modèle déjà fragile. L’aventure s’est arrêtée à la fin des années 2010. D’autres ont pris la suite — une ferme florale en agroécologie s’y est implantée depuis. Le parc reste ce laboratoire un peu rude où l’agriculture urbaine se cherche, tombe, et se réinvente.
Une balade du métro 14 au cœur de Vitry, par le Parc des Lilas
Le parcours commence à L’Haÿ-les-Roses, sur la ligne 14 prolongée au sud depuis 2024 — première façon, déjà bien réelle, de gagner le plateau en métro. De là, on file vers l’est par la jolie et méconnue Cité Jardin du Moulin-Vert et l’on longe le Domaine Chérioux, vaste ensemble paysager et scolaire en pleine mutation. On entre ensuite dans le parc des Lilas par son flanc ouest : c’est le moment où la ville s’efface, où les hautes herbes, les vergers et les parcelles maraîchères prennent le dessus. N’hésitez pas à ne pas suivre notre itinéraire, pour vous laisser guider par votre envie, et par les magnifiques points de vue sur la vallée de la Seine.
La sortie se fait côté Vitry, par la descente du plateau vers la vallée de la Seine. On rejoint le centre-ville et l’on termine au pied du MAC VAL, le musée d’art contemporain du Val-de-Marne – et de la future gare Mairie de Vitry de la ligne 15 Sud, attendue pour avril 2027. À l’arrivée, le geste prend tout son sens : on aura relié deux lignes du Grand Paris Express à pied, par un parc, en une traversée que le métro, demain, rendra accessible à n’importe qui.
Infos pratiques : A la découverte du Parc des Lilas, 6 km, 2h30 de marche. Départ de la gare L’Haÿ-les-Roses (ligne 14). Arrivée : MAC VAL / centre de Vitry, à proximité de la future gare Mairie de Vitry (ligne 15 Sud, à venir). En attendant l’ouverture, l’arrivée reste desservie par le tramway T7 et plusieurs lignes de bus. Parcours à télécharger ici.






À lire aussi : À Argenteuil, ceinture verte cherche agriculteurs
À lire aussi : À Saclay, les « terres précieuses » ont résisté au béton
À lire aussi : La Ceinture verte d’Île-de-France, 15 000 hectares de nature préservée et méconnue
24 mai 2026 - Vitry-sur-Seine