
88 % des Français ne vivent pas sur le littoral. C'est le point de départ de Faites des Vagues — un festival associatif né à Houilles, dans les Yvelines, à des centaines de kilomètres de la mer, avec une conviction : c'est depuis les terres que se joue l'avenir des océans. Deuxième édition, du 25 mars au 1er avril.
Houilles, c’est à quinze minutes de Saint-Lazare, à des centaines de kilomètres de la mer. Vous ne seriez pas fâchées avec la géographie ?
Christelle Leterrier, cofondatrice du festival : C’est voulu. 88 % des Français ne vivent pas sur le littoral. Leurs choix de consommation, leurs gestes quotidiens — ils impactent l’océan autant que ceux qui habitent à Brest ou à Marseille. On voulait aller chercher les gens là où ils sont, pas prêcher des convertis sur une plage.
La Seine coule à deux pas du Dôme. Vous en faites quelque chose ?
C.L. : La Seine, c’est notre argument géographique le plus fort. Les gens d’ici ont une relation concrète avec elle — pour se promener, pour pêcher, pour la regarder. Ce qu’on essaie de leur dire, c’est que cette eau-là, elle finit dans l’océan. Avec tout ce qu’elle transporte.
Marie Cucurullo, cofondatrice du festival : 80 % des déchets marins viennent des terres. Ce n’est pas une statistique abstraite quand vous habitez au bord d’un fleuve. La Seine, c’est notre porte d’entrée pédagogique. L’océan ne commence pas à Brest — il commence ici, au bout de la rue.
Comment on fait un festival sur l’océan sans océan ?
M.C. : En travaillant sur l’immersion plutôt que sur le décor. Cette année, on investit le Dôme — une ancienne halle industrielle à la charpente en béton, assez spectaculaire. On y installe une salle immersive, des sculptures grandeur nature d’animaux marins fabriquées par des artistes locaux. L’idée, c’est que vous entrez dans un espace et que quelque chose bascule.
C.L. : On a aussi Under The Pole comme parrain cette édition — Emmanuelle et Ghislain Bardout, qui plongent depuis vingt ans entre l’Arctique et l’Antarctique pour étudier les forêts animales marines. Ils seront présents samedi soir pour une projection-rencontre autour de Deep Hope, leur dernier documentaire. Avoir ce niveau d’expertise scientifique dans un gymnase des Yvelines, c’est exactement ce qu’on cherche.
Et au-delà des soirées ciné, il y a quoi ?
M.C. : Beaucoup. Des conférences scientifiques — sur les grands fonds, les mangroves, le plancton en Île-de-France. Des ateliers pratiques : cuisiner les algues, dessiner les fonds marins, faire un baptême de plongée à la piscine municipale. Une table-ronde sur l’éco-anxiété et les forêts marines avec des experts en santé et en écologie. Et le dimanche, une projection avec la Fondation Tara sur la disparition du corail en Polynésie.
C.L. : On a voulu que chaque tranche d’âge trouve quelque chose. À partir de 5 ans pour certains ateliers, jusqu’aux tables-rondes pour les adultes. Et tout ça en entrée libre — on ne voulait pas que le prix soit un frein.
25 activités en trois jours, c’est beaucoup pour une structure associative.
C.L. : On est deux, oui. Avec une équipe de bénévoles et des partenaires locaux. Ce qui nous permet de tenir, c’est que tout le monde apporte quelque chose — les associations d’habitants, le club de natation, les restaurateurs qui font des ateliers algues. Ce n’est pas un festival qu’on pose sur un territoire, c’est un festival que le territoire construit avec nous.
M.C. : Et honnêtement, l’ambition on l’assume. Le sujet le mérite.
Infos pratiques : Festival Faites des Vagues, du 25 mars au 1er avril à Houilles (78). Entrée libre, inscription recommandée pour les ateliers. Programme complet et billetterie ici.

24 mars 2026 - Houilles