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Aux Galeries Lafayette, une déesse sans visage domine les soldes, et Judy Garland chante entre les murs

Gloria Friedmann. Exposition « Pour toujours » aux Galeries Lafayette Paris Haussmann, du 10 mars au 27 avril 2026. En collaboration avec le Centre Pompidou-Metz. 2026, Galeries Lafayette Paris Haussmann. © Marc Domage

Sous la coupole des Galeries Lafayette Haussmann, une déesse sans visage tourne au-dessus des étalages, Judy Garland chante entre deux coupoles et Birgit Jürgenssen pose avec une cuisinière sur le dos. Quatre œuvres d'art contemporain, un hors-les-murs du Centre Pompidou-Metz, et l'entrée est libre.

Levez les yeux, ne vous laissez pas happer par les étalages et la foule. Tournoyant au-dessus de vous, une déesse sans visage, aux formes épurées et rondes, ouvre grand les bras, puissante et protectrice. Autour d’elle sont suspendues également sous la coupole des sphères accueillant des sculptures d’animaux : loup, cerf, tortue, paon. L’artiste allemande Gloria Friedmann, 76 ans, qui vit en France depuis des années, a signé cette installation cosmique intitulée Mammalia, réalisée en résine. L’œuvre fait partie d’un hors-les-murs du Centre Pompidou-Metz, qui présente dans le grand magasin quatre créations artistiques sélectionnées par l’artiste italien Maurizio Cattelan et la directrice du musée Chiara Parisi.

Les Galeries Lafayette exposent depuis des années des artistes contemporains dans leurs espaces commerciaux : en 2014, Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari, duo provocateur de Toiletpaper (une tour Eiffel gonflable flanquée d’œufs, très phallique), Philippe Ramette en 2016 avec son homme méditant dans les airs, ou le créateur d’art urbain Seth en 2024. Le Bon Marché en fait autant, alignant Ai Weiwei, Joana Vasconcelos, Prune Nourry ou Philippe Katerine et ses bonhommes roses enfantins. La logique est simple : ces grands noms attirent des visiteurs, autant de clients potentiels, et soignent l’image de marque des enseignes, effet réseaux sociaux compris.

Les propositions sont plus ou moins pertinentes. Celle de Gloria Friedmann, qui donne l’illusion d’avoir été façonnée dans la terre, est une ode à la nature, à la sobriété des formes. Elle véhicule un message écologique à rebours de la consommation à outrance. Ce contrepoint critique, planant au-dessus des étalages qu’il domine, est assez savoureux.

Birgit Jürgenssen, la photographe qui ne se laissait pas faire

Dans l’escalier, une trentaine de clichés de la photographe autrichienne Birgit Jürgenssen (1943-2003) méritent qu’on s’y attarde. Pour dénoncer dans les années 1970 le sort des femmes cantonnées aux tâches ménagères ou soumises à une mode aliénante, elle s’est mise en scène dans des images fortes, posant avec une cuisinière mobile sur le dos ou le bras comme greffé d’une succession de talons aiguilles. Un travail avant-gardiste à ne pas rater.

La visite se poursuit sur la terrasse au 8e étage où ont été déployés sur un mur, en lettres géantes, des mots de l’Américain Lawrence Weiner, décédé en 2021 (« Au même moment ») – qui ne parviennent pas à rivaliser avec la vue époustouflante sur tout Paris, sur l’arrière de l’Opéra, sur la tour Triangle au loin.

On redescend pour une dernière œuvre : une installation sonore du Chypriote Christodoulos Panayiotou, né en 1978. On l’écoute en déambulant sur la petite passerelle entre la coupole vitrée extérieure et la coupole intérieure aux vitraux colorés. Un espace normalement inaccessible au grand public, au 5étage. La chanson de Judy Garland, Over the Rainbow, tirée du Magicien d’Oz, résonne dans cet entre-deux transparent. Panayiotou mêle deux enregistrements : l’un de 1938, quand Garland avait 16 ans et un timbre clair, léger et charmant ; l’autre quelques mois avant sa mort à 47 ans en 1969, après une vie marquée par la dépendance aux médicaments et à l’alcool. « C’est une martyre du star-système qui a commencé à jouer et à être exploitée alors qu’elle était une enfant », décrit l’artiste. Sa voix, jeune puis mûre, s’élève vers le ciel entre les deux coupoles, libre et bouleversante.

Lawrence Weiner. Exposition « Pour toujours » aux Galeries Lafayette Paris Haussmann, du 10 mars au 27 avril 2026. En collaboration avec le Centre Pompidou-Metz. 2026, Galeries Lafayette Paris Haussmann. © Marc Domage.

Infos pratiques : Exposition « Pour toujours », hors les murs de l’exposition « Un dimanche sans fin » à Pompidou-Metz, aux Galeries Lafayette Haussmann jusqu’au 27 avril. Entrée libre. Aux horaires d’ouverture du magasin, sauf l’installation « Judy Garland : A Biography, 2009 », accessible uniquement le mercredi et le samedi de 10 h à 14 h, et le dimanche de 11 h à 15 h. Accès : métro Chaussée d’Antin–La Fayette (lignes 7 et 9). Plus d’infos sur galerieslafayette.com

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