Société

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Quand l’art transforme les panneaux publicitaires en chevalets

Art Station à Montpellier en 2016 / © Laurent Gasseng
Art Station à Montpellier en 2016 / © Laurent Gasseng

Il y a un an, deux collectifs lançaient une pétition en ligne pour remplacer les pubs du métro par des oeuvres d'art. Ils n'ont pas "désartmé".

 

Et si la pub laissait un peu de place à l’art. Alors qu’elle cherche désormais à s’immiscer sur les trottoirs, deux collectifs passionnés de street art se sont mis en tête en novembre 2016  de lancer une pétition en ligne afin de remplacer temporairement les publicités du métro parisien par des oeuvres d’art. Une initiative qui totalise aujourd’hui près de 14 000 signatures. A l’origine de cet ambitieux projet, Cercle Rouge, une plateforme montpelliéraine de crowdfunding spécialisée dans la culture, et Street Art Avenue, un site web créé par des Bretons qui cartographie les plus belles oeuvres de street-art à travers le monde. 

C’est après une première action “anti-pub” en juin 2016 à Montpellier – Art Sation – que Cercle Rouge commence à songer à exporter son projet à Paris. Pendant une semaine, les 23 affichages publicitaires de la station de tramway Corum avaient été investis par les oeuvres de 13 street artistes, transformant l’espace public en une galerie d’art éphémère. Après avoir obtenu l’accord de l’afficheur, Cercle Rouge s’était alors associé à une galerie locale, Blended Art Gallery, puis avait lancé un crowdfunding. “Le défi était de transformer une action militante, qui bien souvent est retirée au bout d’une journée, en un événement artistique légal d’une semaine”, explique Boris Norbert, co-fondateur de Cercle Rouge.

A Paris, passer de la pétition à l’action 

Fort de ce premier succès, le collectif se rapproche de l’équipe de Street Art Avenue. Ensemble, ils se plaisent à rêver de réitérer l’action dans plusieurs stations de métro emblématiques de Paris. Ils lancent donc une pétition adressée à Valérie Pécresse, présidente de la Région, Anne Hidalgo, maire de Paris, la RATP et Île-de-France Mobilités. Le texte débute par une citation de Victor Hugo : « La rue est le cordon ombilical entre le citoyen et la société ». L’engouement est immédiat et l’initiative largement relayée par la presse. 

Plus d’un an après, les deux collectifs espèrent toujours concrétiser leur projet. Si leur motivation reste intacte, ils cherchent une association locale pour réactiver le débat. Contacté par Enlarge your Paris, le cabinet de Bruno Julliard assure qu’il ouvrirait volontiers la discussion avec les associations. De son côté, le cabinet de Valérie Pécresse indique qu’une négociation est en cours avec la RATP et la SNCF afin d’afficher des reproductions d’œuvres d’art du Fonds régional d’art contemporain d’Île-de-France à la place des publicités du métro, au minimum une semaine par an. 

Il y a deux mois, Bordeaux a vu 70 de ses abribus ornés d’oeuvres d’art pendant une semaine. Pour ce faire, Oboem, société spécialisée dans l’affichage de l’art dans la rue, avait lancé un crowdfunding afin de financer l’opération et de permettre aux donateurs de choisir les oeuvres, chacun d’eux ayant droit en prime à une reproduction. “Là où les institutions mettent des oeillères, c’est à la force collective de combler les manques et d’attirer l’attention sur ses priorités”, estime Boris Norbert de Cercle Rouge, dont la deuxième opération d’invasion artistique se prépare pour le printemps 2018 à Montpellier. 

Art Station à Montpellier en 2016 / © Laurent Gasseng
Art Station à Montpellier en 2016 / © Laurent Gasseng

« Pirater le système de l’intérieur »

La dénonciation de la place de la pub dans l’espace public par les artistes est loin d’être une idée nouvelle. Dès les années 50, l’affichiste Jean Villeglé créait déjà des oeuvres dans la rue à partir d’affiches publicitaires lacérées. Trois décennies plus tard, ce sont Jean Faucheur et Keith Haring qui recouvrent les pubs de leurs réalisations.

« Ce type d’actions vandales est nécessaire et complémentaire à une transformation plus pérenne du business publicitaire tel qu’il est pensé aujourd’hui », considère Laurent Sanchez, rédacteur en chef de Street Art Avenue et intarissable sur le sujet comme le prouve son TEDx“Nous, on veut pirater le système de l’intérieur, en toute légalité, pour montrer que c’est possible de faire autrement, précise Boris. Nous sommes des utopistes. Comme pour la Fête de la musique, on imagine un décret annonçant qu’une semaine dans l’année les stations des grandes villes de France soient libérées de publicités et peuplées d’oeuvres d’art. Ce serait une belle occasion de soutenir les artistes locaux ! ”

 

La pétition « Transformons les panneaux publicitaires en oeuvres d’art » est à retrouver sur change.org

 

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