
Après les trains, les tours. La canicule met à l'épreuve, un à un, les piliers que le Grand Paris croyait inusables. Crash test grandeur nature pour la métropole.
Près de la Grande Arche, une usine produit de l’eau glacée à 4,5°C qu’elle expédie sous pression dans des kilomètres de tuyaux pour rafraîchir les tours de La Défense. Avec la canicule, cette eau n’arrivera sans doute plus qu’à 7,5°C d’ici jeudi, selon l’AFP, et la climatisation mutualisée du quartier d’affaires tournera au ralenti. En cause, une affaire de glace : l’usine en avait stocké tout le week-end à pleine capacité, mais lundi elle en a brûlé les deux tiers en une journée, sans pouvoir reconstituer ses réserves la nuit — l’air reste trop chaud et trop humide pour que ses tours aéroréfrigérantes regèlent l’eau. « Les équipements ne sont pas dimensionnés pour de telles chaleurs », prévient Olivier Fleck, directeur du site d’Idex à Courbevoie.
Le réseau de froid reste pourtant le bon élève de la sobriété : bien plus économe que les milliers de climatiseurs qu’il faudrait si chaque tour gérait seule la sienne. Mais même les bons élèves ont leurs limites.
À côté, un parc qui cherche la parade
Bon élève, l’autre chantier vertueux du quartier l’est aussi : la transformation du parvis en parc de cinq hectares — le plus grand jardin sur dalle de France — lancée en 2025 et attendue pour 2028, un projet que nous racontions avec le paysagiste Michel Desvigne. Aujourd’hui, à peine 30 % de la dalle sont végétalisés ; l’idée est d’inverser la proportion pour en verdir 70 %, avec quelque 350 espèces réparties en cinq ou six strates, tout en conservant les 500 arbres et le jardin dessiné dans les années 1970 par l’Américain Dan Kiley. « Cela va changer complètement les conditions d’humidité et de chaleur », promet Michel Desvigne.
Sauf que ce projet-là avance à tâtons, et l’assume. Depuis des années, l’écologue Marine Linglart multiplie les expériences sur l’esplanade pour repérer ce qui tient et ce qui ne tient pas, et Michel Desvigne privilégie des espèces déjà présentes dans la nature autour de Paris plutôt que des plantes d’ornement. Car sur la dalle, planter ne suffit pas : réverbération du soleil sur les façades, effet canyon qui accélère le vent entre les tours, béton qui emmagasine la chaleur, le microclimat de La Défense est rude pour le vivant. Et une pelouse assoiffée ne rafraîchit plus rien — privé d’eau, le végétal perd son pouvoir climatiseur. L’ingénierie la plus avancée compose donc avec ses contraintes physiques. Urbanisme sur dalle, tours de grande hauteur, froid et vert poussés dans leurs retranchements : toutes les conditions sont réunies. La Défense devient laboratoire anthropocène.

A lire aussi : À La Défense, un parc de 5 ha va pousser au milieu de la forêt des tours
A lire aussi : Paris est une des pires villes européennes en temps de canicule. Comment changer cela ?
Lire aussi : Quatre lieux pour se former à tout âge à l’écologie
24 juin 2026 - Courbevoie