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On voulait y faire passer une autoroute, les ados y font la bombe dans l’eau

Plan du projet d’autoroute sur le canal Saint-Martin. APUR

Les baigneurs du canal Saint-Martin ont fait le tour du monde et changé l'image de Paris : longtemps clandestins, aujourd'hui autorisés par la Ville. Qui imaginerait, à la place de leurs plongeons, des voitures filant vers la Seine et ses voies sur berges ?

L’autoroute qui devait recouvrir Saint-Martin

Reprenons le fil à l’envers, parce que l’endroit a de la mémoire. Le canal Saint-Martin, où l’on barbote aujourd’hui, a failli ne plus exister. Au milieu des années 1960, la revue Paris Projet de l’Atelier parisien d’urbanisme planche sur la circulation parisienne « en 1990 » et conclut à la nécessité d’un axe Nord-Sud : une autoroute urbaine reliant la porte d’Aubervilliers à la porte d’Italie. Son tracé ? La tranchée du canal Saint-Martin, recouvert, asséché entre la place de la Bataille-de-Stalingrad et la Seine, avec un échangeur en plein cœur de Stalingrad et la destruction de trois mille à dix mille logements riverains. Georges Pompidou jugeait qu’il fallait « renoncer à une esthétique dépassée ». L’eau, les platanes, les écluses : esthétique dépassée ? Si vous en doutez une seule seconde, faites cette croisière piétonne le long du canal entre Paris et Pantin.

L’Ourcq, on l’a doublé avec un faux frère de bitume

Et le canal de l’Ourcq dans tout ça ? Il est la matrice. C’est lui qui descend de l’Aisne sur près de cent kilomètres, alimente le bassin de la Villette, puis le Saint-Martin. Condamner le fils, c’était renier la mère. L’Ourcq, lui, n’a pas été enseveli : on lui a fait pire, on lui a tourné le dos. Pollué, oublié, doublé sur sa rive par la nationale 3 promue quasi-autoroute, enjambé en Seine-Saint-Denis par les viaducs de l’A3, ceinturé par l’échangeur A3-A86 de Bobigny. Il faut aller au-delà du parc de la Poudrerie, de Meaux, de la Marne, pour lui retrouver un air plus campagnard. 

23 décembre 1973 : le baril sauve le canal Saint-Martin

Le pétrole a sauvé le reste. Le 23 décembre 1973, le baril s’envole, Georges Pompidou tombe malade, Valéry Giscard d’Estaing arrive et enterre le plan. Dès 1972, l’Atelier parisien d’urbanisme range ses projets d’autoroute et sort ses crayons de reconquête : rendre les berges aux pêcheurs et aux badauds. Il faudra attendre 2017 pour que la baignade s’installe au bassin de la Villette, l’Été du canal pour que les guinguettes reviennent à Pantin, la FSGT de Seine-Saint-Denis pour que « Nage ton canal » fasse traverser l’Ourcq à la nage entre Pantin et Bobigny.

Reste l’ironie de la semaine. Pendant que la vigilance rouge impose la circulation différenciée et que l’ozone fait reculer la voiture, le canal, lui, ouvre ses bras. On avait prévu d’y faire rouler du 2×2 voies. On y fait nager des gamins. De justesse, et sans l’avoir voulu, c’est le meilleur scénario qui l’a emporté.

Plan du projet d’autoroute sur le canal Saint-Martin. APUR

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