
Chaque mercredi à 9 h, avant même l'ouverture des grilles, des centaines de spectateurs venus de toute l'Île-de-France font la queue devant le plus grand cinéma du monde. Certains habitent à cinq minutes à pied, d'autres ont pris le RER depuis Melun ou Cergy. Ils ne se connaissent pas, mais tous ont le même réflexe : quand on ne sait pas où aller voir un film, on file à Châtelet.
8 h 45, mercredi matin. Devant les grilles de l’UGC Les Halles, ça sent le chlore. La piscine, juste à côté, a déjà rendu ses premiers nageurs – hommes en costume, cartable sur l’épaule, cheveux mouillés. D’autres arrivent en sens inverse, sac de sport à la main. Au milieu de ce carrefour de vies matinales, une file se forme, discrète, presque incongrue, devant le cinéma.
Parmi ceux qui attendent, une lycéenne originaire de Seine-et-Marne. Elle habite Paris maintenant, mais elle revient ici chaque semaine retrouver des amis éparpillés en banlieue. « J’ai pris l’habitude de cette séance quand je vivais à Melun. On prenait le train super tôt avec les travailleurs et on allait au ciné des Halles. » Elle n’a pas changé le rituel, elle a juste changé de côté. « C’est l’endroit le plus accessible dans Paris pour nous tous. Châtelet rassemble tout le monde. »
Johan Chantre, directeur adjoint du cinéma, le formule simplement : « Le RER A, B, D, ça va quand même très loin en Île-de-France. » Châtelet-Les Halles n’est pas seulement une gare. C’est un centre de gravité. « Notre clientèle est vraiment très diverse, elle vient de banlieues plus ou moins éloignées. Si on n’habite pas au même endroit en Île-de-France, venir aux Halles, c’est ce qu’il y a de plus simple. »
Première mondiale
En quelques minutes, plusieurs centaines de spectateurs se répartissent dans les 27 salles. Une retraitée qui fréquente le cinéma « trois ou quatre fois par semaine » résume sa recette : « Parce qu’il n’y a pas de monde, parce que j’habite à côté et parce que je me lève tôt. » Le 9 h des Halles s’est imposé à elle par surprise : « Je croyais que ce film sortirait plutôt au MK2 à Beaubourg. J’étais heureusement surprise de voir qu’il sortait ici. » Une autre, venue pour la toute première fois, a appris la veille qu’il y avait l’avant-première de Ceux qui comptent à 9 h. Elle a sauté dans le métro. Ces deux-là ne se ressemblent pas, mais elles sont là pour la même séance.
27 salles, 3 800 fauteuils : quelle que soit l’envie du moment, il y a forcément une place. « Quand on vient aux Halles, on est sûr de voir un film. Si une séance est complète, il y a forcément un autre film qui va nous plaire », assure Johan Chantre. Pour un habitant de Créteil, de Versailles ou de Cergy, cette certitude change tout. Ce que beaucoup ignorent : tous les mercredis à 9 h, quand les films sortent en France – à 14 h aux États-Unis, plus tard encore en Grande-Bretagne –, l’UGC des Halles déclenche parfois la première mondiale. Comme pour Avatar.
Des chiffres et des croissants, avant le verdict de 10 h
Dès l’ouverture, les distributeurs sont là, guettant les premières réactions dans les salles. Après les projections, tout le monde se retrouve autour d’un café. « Il y a des croissants, des pains au chocolat, du café, du thé. Et une fois que toutes les premières séances sont rentrées, il y a l’annonce des chiffres par ordre alphabétique pour chaque film. Tout le monde applaudit. » Ces chiffres restent à prendre avec précaution. « C’est un public particulier qui vient à cette heure-là », nuance Johan Chantre. Un film d’horreur peut faire peu d’entrées à 9 h du matin sans que ce soit un échec.
L’UGC Les Halles a fêté ses 30 ans en 2025. En trois décennies, il a tenu un équilibre que peu de salles réussissent : exigence artistique et accessibilité maximale, pour les mêmes publics, dans les mêmes salles. « C’est un cinéma très cinéphile, mais complètement ouvert, sans jugement cinématographique. On a vraiment tous les publics. » Films d’auteur peu médiatisés et blockbusters américains, sans hiérarchie affichée. Chaque mercredi à 9 h, une Île-de-France discrète se retrouve ici. Pas pour une raison spectaculaire. Juste parce que c’est là, parce que c’est ouvert, et parce que tous les trains mènent à Châtelet.
Infos pratique : UGC Ciné Cité Les Halles, Forum des Halles niveau -3, 75001 Paris


1 avril 2026 - Paris