Culture

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Southern spaghetti

Legz dessine sur les murs des spaghettis. Pourquoi des spaghettis? La légende raconte que cela provient d’une blague. L’artiste fait partie des vieux de la vielle. Il a connu la grande époque des terrains vagues de Paris, a graffé aux Bains Douches, à la Tour 13. Mais c’est en Essonne, son fief, qu’il préfère peindre.

Des entrelacs en noir et chrome, c’est la signature assurée du passage de Legz, graffeur de la seconde génération de writers parisiens. Legz est un solitaire, qui aime sa banlieue, le 91. Pour trouver son travail, il faut donc aller le dénicher là-bas, en Essonne, dans les friches industrielles, les maisons abandonnées, les terrains vagues recouverts de machines toutes rouillées.

Rendez-vous est fixé un jour de décembre sur le quai du RER C, station Juvisy. Il a grandi dans le coin, je ne sais pas où, il préfère garder le mystère. Ado avec sa bande de potes, il sillonnait les villes monté sur un skate. On est dans les années 80, le graff et le hip-hop débarquent en France ; à Paris c’est l’émergence d’une contre-culture. Alors Legz, qui ne s’appelle pas encore comme ça, se jette dedans, une façon comme une autre de s’occuper, de tromper l’ennui comme il dit. Il passe de la banlieue à Paris. Il faut être présent, se montrer, taguer, s’entraîner, graffer.

Prière de ne pas déranger

Pour commencer cette interview, l’artiste m’emmène au milieu de nulle part. Au bord d’une route, un champ. Derrière, des broussailles, puis un hangar bringuebalant et des machines en décomposition depuis des années. Au milieu de ce paysage, où la nature tente de redevenir maîtresse, une fresque, celle de Legz. «  Ici il y avait de l’activité, on ne sait pas trop quoi. Ça bricolait. Mais les mecs ont pollué les sols. Assainir coûte cher, du coup le lieu est laissé à l’abandon. » 

Pour dégoter ces spots, Legz prend son temps. Comme une bête, il rode, observe les mouvements autour du lieu repéré. Il est à l’affût pour s’assurer la tranquillité et la solitude dont il a besoin. « Quand je découvre un lieu, il faut que je le visite de A à Z avant de peindre, que je sache comment il vit pour en faire mon atelier. Quand tu es seul, tu es attentif à tout : les odeurs, les sons, les matières. Et j’ai besoin de ça.»

« Dans la banlieue Sud on a des châteaux, des demeures, une architecture intéressante »

C’est au milieu des années 90 qu’il abandonne Paris et son foisonnement pour découvrir son propre territoire, loin des Hall of Fame, ces murs où tous les graffeurs se donnent rendez-vous. « Dans la banlieue Sud on a des châteaux, des demeures bourgeoises, une architecture intéressante. Je retrouve les traces  des différentes époques : du 18ème siècle à l’avant-guerre, des maisons en brique, en meulière, des zones industrielles du 20ème siècle. La banlieue garde sa mémoire. A Paris, c’est pour les touristes, tout est beau, tout est rénové, propre.»

Depuis, il traîne ses Pump dans le 91 pour peindre au milieu de ruines, loin des regards, loin des codes du graffiti. C’est ici que Legz trouve une esthétique qui l’emmène toujours plus loin dans son travail artistique. Des murs en briques, de la tôle, une citerne, autant de matière pour poser ses entrelacs, distorsion absolue du lettrage classique du graffiti. 

C’est une lecture de la ville au travers son histoire ainsi qu’un attachement à la banlieue, qu’il déteste et qu’il aime, qui retiennent Legz en Essonne : « J’y vois tous ses bons et ses mauvais côtés. Ici c’est mort, isolé, à 21h les rues sont désertes, pour autant c’est là que je me sens bien. J’ai vécu un peu à Paris mais j’étais content de revenir. Ici, c’est calme. » Lui, il peint à l’affect : c’est son environnement qui l’intéresse, le 91. Et comme il le dit, c’est cette banlieue qui l’a façonné en tant qu’humain et en tant qu’artiste. Alors il reste et continue  à l’explorer.