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Prenez un grand bol d’art sous la Grande Arche

Les Extatiques 2026. DR go Schiavi, La Zone de Minuit, 2025 / Coproduction Le 109, pôle de cultures contemporaines / MAMAC Hors les Murs / La Station, Photo J.C Lett – © ADAGP, Paris

Conférence de presse pas comme les autres : pour présenter les Extatiques 2026, Paris La Défense nous a fait descendre dans les entrailles de la Grande Arche, dans une salle que le public ne visite jamais. Un avant-goût de ce que le quartier prépare pour ce printemps, entre art des abysses, acrobaties urbaines et dalle en pleine mutation.

Peu de gens le savent : sous la Grande Arche, il existe une salle. Haute de plafond, colonnes alignées, habituellement fermée au public. C’est là, dans ce ventre de béton que presque personne ne visite jamais, que La Défense a choisi d’installer son exposition de printemps : une plongée dans les grands fonds marins, lampe torche à la main, casque audio aux oreilles. Bienvenue aux Extatiques 2026.

Le quartier surprend depuis longtemps. On l’imagine peuplé de cols blancs pressés et de tours vitrées… Et il y a ça, oui, 200 000 salariés, des logos du CAC 40 à chaque coin de rue. Mais aussi 50 000 habitants, 70 000 étudiants, et, depuis les années 70, une cinquantaine d’œuvres d’art plantées dans ses 31 hectares piétons. « On a une image de La Défense accaparée par les groupes du CAC 40. Ils sont toujours là, mais il n’y a pas que ça », nuance Pierre-Yves Guice, directeur général de Paris La Défense. L’Araignée rouge de Calder, Le Pouce de César, les Personnages fantastiques de Miró : une galerie à ciel ouvert que les millions de passants traversent souvent sans la voir.

Depuis 2018, les Extatiques existent pour changer ça. La manifestation culturelle, créée à l’occasion des 60 ans du quartier, devient cette année une véritable saison. « Nous souhaitions sortir du format exposition qui existait depuis cinq ans sur la dalle, pose Noëllie Faustino, directrice du pôle événementiel. La question qui se posait pour nous était « comment toucher plus de public ? » Faire le choix d’une saison permet de surprendre les usagers et de vivre le territoire différemment. »

S’engouffrer dans les abysses

La saison s’ouvre le 3 avril sous le thème « D’autres mondes ». L’exposition « Sous l’horizon » — imaginée par COAL et commissariée par Lauranne Germond et Sara Dufour — convie le public à s’immerger sur 2 000 m² dans l’univers de quatre artistes, dans cette fameuse salle des Colonnes, pile sous la Grande Arche, d’ordinaire inaccessible. « L’idée, décrypte Lauranne Germond, c’est d’aller vers l’inattendu, d’occuper les espaces interstitiels. » Le principe : descendre toujours plus profond, en petit groupe, dans l’obscurité, guidés par un récit de Mariette Navarro dit par la voix d’Émily Loizeau.

Ugo Schiavi installe le visiteur dans la Zone de Minuit, au-delà de 1 000 mètres de profondeur : sculptures de verre et matériaux recyclés, images de synthèse, paysage sonore bioacoustique — un monde spéculatif contaminé par nos déchets et nos peurs. Jérémie Brugidou, lui, fait passer de main en main un artefact de verre contenant une bactérie abyssale bioluminescente, découverte à 2 200 mètres de profondeur en Méditerranée. La lumière vivante ne se donne pas — elle dépend d’un contact, d’une impulsion. Il faut apprendre à toucher sans brusquer. Antoine Bertin ouvre la plongée par l’invisible microbien, Shivay La Multiple la referme sur Yemayá, déesse afro-diasphorique des eaux. Entre les deux : une descente qui ne raconte pas seulement l’océan, mais qui nous y rend poreux.

Retour en surface du 8 au 12 juin : le collectif XY transformera l’esplanade en scène de spectacle. Le 9 juin, une version courte de Möbius, leur spectacle culte de disciplines acrobatiques. Mais durant toute la semaine, des interventions impromptues viendront surprendre les passants. Guillaume Sendron, actuellement en repérage dans le quartier, s’y voit déjà : « On pourrait faire des colonnes qui s’érigent au milieu des flux des passants. Ou faire des arches, car ici ça aurait vraiment du sens. Une chose est sûre : dans ce quartier, on peut imaginer un vrai travail sur les perspectives. »

Végétaliser le béton

Venir pour les Extatiques, c’est aussi l’occasion de voir un quartier en plein chambardement. L’esplanade est en train de muter : d’ici à 2028, elle deviendra un parc de 5 hectares, confié à l’architecte paysagiste Michel Desvignes, intégrant 4 300 m² de surfaces végétalisées supplémentaires. Long de 600 mètres, il s’inscrira dans la perspective de l’axe historique imaginé par André Le Nôtre. Le chantier a déjà débuté. Sous les abysses fictifs de l’expo, la dalle elle-même est en train de changer de peau.

Infos pratiques : Les Extatiques 2026, Paris La Défense. Exposition « Sous l’horizon » à partir du 3 avril 2026, salle des Colonnes, sous la Grande Arche (accès en petits groupes) Collectif XY / Möbius : 8 au 12 juin 2026, esplanade de La Défense. Entrée libre pour la plupart des événements. Plus d’infos et programme complet sur projetcoal.org

Parcours art contemporain permanent : une cinquantaine d’œuvres jalonnent les 31 hectares piétons de l’esplanade, accessibles librement toute l’année. Parmi les incontournables : L’Araignée rouge d’Alexandre Calder, Le Pouce de César, les Personnages fantastiques de Joan Miró. Carte du parcours disponible sur parisladefense.com

Accès : métro Esplanade de La Défense (ligne 1) ou gare de La Défense Grande Arche (RER A et D, tram T2, lignes L et U).

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