
À l'approche des 40 ans du musée (il a ouvert ses portes le 9 décembre 1986), on a oublié qu'Orsay n'aurait jamais dû exister. Deux fois. Une première pour ses tableaux, une seconde pour ses murs. Le plus grand ensemble d'art impressionniste au monde tient à deux catastrophes évitées de justesse.
En partenariat avec la Métropole du Grand Paris et l’Entente Axe Seine
Le grenier évité (1894)
La première remonte à 1894. Gustave Caillebotte, peintre et mécène, meurt en léguant à l’État sa collection (Claude Monet, Camille Pissarro, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Édouard Manet, Edgar Degas) avec une consigne testamentaire nette : ces toiles ne devront aller « ni dans un grenier ni dans un musée de province, mais bien au Luxembourg et plus tard au Louvre ». L’administration des Beaux-Arts, pétrie d’académisme, accepte le principe mais rechigne sur la quantité ; deux ans de négociations, une passe d’armes jusqu’au Sénat, et la salle Caillebotte n’ouvre qu’en 1897. (Les historiens ont depuis dégonflé la légende du legs « purement et simplement refusé » : la réalité fut plus une bataille d’inventaire qu’un rejet en bloc.) N’empêche : le noyau dur d’Orsay a bien failli rester au grenier.
La gare condamnée (1900-1970)
La seconde catastrophe vise le bâtiment lui-même. Victor Laloux livre la gare d’Orsay en 1900 pour l’Exposition universelle. Tout en fer, verre et pierre, avec un hôtel greffé dessus, elle fait face aux Tuileries et au Louvre. Magnifique, et déjà condamnée : dès 1939, ses quais se révèlent trop courts pour les trains de grandes lignes, que l’électrification du réseau a considérablement allongés, et le trafic est reporté à Austerlitz. Suit une longue dérive : tri postal, rapatriement des prisonniers en 1945, décor du Procès d’Orson Welles d’après Franz Kafka en 1962, théâtre de Jean-Louis Barrault.
Avec, au milieu, un épisode que l’histoire a écrit exprès : en 1954, après l’appel de l’abbé Pierre, la gare rebaptisée « Gare de l’espoir » devient l’entrepôt de l’« opération débarras », un vide-greniers géant au profit des sans-logis. La gare qui abritera un jour les Caillebotte a donc littéralement été un grenier, soixante ans après que Gustave Caillebotte a exigé que ses toiles n’y finissent pas.
En 1970, le verdict tombe : permis de démolir accordé. À la place, on doit bâtir un hôtel international de verre signé Guillaume Gillet et René Coulon (voir le projet ci-dessus). C’était l’époque où la modernité triomphante des Trente Glorieuses se servait dans Paris comme dans un buffet : voies sur berges rive droite en 1967, et surtout les pavillons Baltard. On rasait volontiers, on restaurait peu.

Comment les Halles ont sauvé Orsay
Et ce sont les halles de Victor Baltard qui sauvent Orsay. En détruisant les pavillons de fonte entre 1971 et 1973, la Ville déclenche un tollé qui ne retombe plus : les Parisiens venaient de regarder disparaître un chef-d’œuvre de fer, ils n’allaient pas recommencer. Le permis de construire de l’hôtel est refusé dès 1971 par Albin Chalandon, ministre de l’Équipement, le projet s’intégrant mal au site « par sa masse et sa hauteur ». Faute de remplaçant, la démolition n’a plus de raison d’être. Inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 8 mars 1973, classement en 1978, décision de musée prise en octobre 1977 sous Valéry Giscard d’Estaing, inauguration par François Mitterrand le 1er décembre 1986.
40 ans plus tard, le temple de la Seine peinte par Claude Monet doit donc tout à deux refus de jeter : celui d’un legs au grenier, et celui d’une gare à la ferraille.
Les 40 ans d’Orsay, le programme
Le musée fête l’anniversaire jusqu’à la fin de l’année. Depuis le 6 août, on peut redécouvrir Un enterrement à Ornans de Gustave Courbet, tout juste sorti d’une restauration exceptionnelle. À l’automne, l’exposition « Mary Cassatt. L’indépendante », l’accrochage « Vertige. Richard Peduzzi à Orsay » (à partir du 6 octobre), l’installation « Jenny Holzer. J’ai vu » (du 20 octobre au 21 février 2027) et le lancement du MuM’Orsay, un musée mobile qui partira à la rencontre des publics dans toute la France. Décembre concentre les festivités : colloque international « Orsay, 40 ans après » les 2 et 3, ouverture le 4 des nouvelles salles d’arts décoratifs du XIXe siècle (environ 200 œuvres de retour dans le parcours permanent), week-end anniversaire gratuit les 5 et 6, et, le 12, une « Boum 1986 » dans la grande nef sous la direction artistique de Thomas Jolly, l’homme des cérémonies des Jeux de Paris 2024. Réservations sur le site du musée.
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6 septembre 2026 - Paris