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Là où la Fête de l’Huma faisait trembler les baffles, un parc de 20 hectares va pousser

L’aire des Vents, à Dugny, où se tenait la Fête de l’Huma avant son déplacement à Brétigny-sur-Orge pour y construire le village des média des JOP2024. Les deux tiers de l’aire des Vents deviendront un parc à l’horizon 2027. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Pendant des décennies, des dizaines de milliers de personnes ont convergé chaque année vers l'aire des Vents, entre Le Bourget et La Courneuve, pour la Fête de l'Humanité. Ce terrain événementiel va devenir un parc de 20 hectares, connecté au parc Georges-Valbon. Et ce n'est qu'une pièce du puzzle : à côté, un ancien dépôt de kérosène de l'armée vient d'être transformé pour agrandir Valbon de 13 hectares. Entre La Courneuve, Dugny et Le Bourget, c'est tout un territoire qui reconquiert la nature. Entretien avec Fabien Rouilly, chargé de projet paysager au Département de la Seine-Saint-Denis.

Les « Balades nature de la Métropole du Grand Paris » sont proposées par Enlarge your Paris en partenariat avec la Métropole du Grand Paris pour faire découvrir le Plan biodiversité métropolitain et les projets qui renforcent la place de la nature dans le Grand Paris.

L’aire des Vents, pour beaucoup de gens pendant des décennies, ça a été la Fête de l’Huma. Vous allez en faire un parc ?

Fabien Rouilly : Oui ! Ce sera bientôt un parc. Mais clairement, ce n’est pas pour ça que cet endroit avait été créé. L’aire des Vents, c’est un espace événementiel d’une vingtaine d’hectares à côté de l’aéroport du Bourget, à cinq minutes du parc Georges-Valbon : de grandes surfaces de pelouse bien planes, des voiries très larges conçues pour faire circuler des camions. La Fête de l’Humanité se tenait au début dans le parc Georges-Valbon, mais au fil du temps la fréquentation impactait les milieux naturels. L’aire des Vents a été créée comme espace de délestage. Quelques boisements en limite du site et sur talus, une butte antibruit pour protéger les immeubles les plus proches du vaste espace scénique, et c’est à peu près tout. Un terrain fonctionnel.

Le contexte n’est pas simple non plus : on est entre un aéroport, une autoroute et un ancien dépôt militaire…

F. R. : En effet. Il faut se souvenir que, tout le long de cette portion de l’ancienne Grande Ceinture ferroviaire – qui est devenue la ligne de tramway T11 –, des industries lourdes ont marqué le territoire pendant tout le XXe siècle : dépôts de carburant, stockage, ateliers, etc. Le sol de l’aire des Vents porte la mémoire des remblais accumulés pendant des décennies, des terres de chantier dont on ne connaît pas toujours l’origine. Mais c’est justement là qu’il y a une opportunité : reconnecter un archipel de parcs et redonner de la nature aux habitants d’un territoire qui en a longtemps manqué.

Sous les pelouses, un siècle d’histoire enfouie 

Qu’est-ce qu’on trouve quand on gratte le sol ?

F. R. : Les strates d’un siècle d’artificialisation. À l’origine, c’est une plaine maraîchère. Puis il y a eu l’aéroport du Bourget, l’A1, et avec tout ça des remblais qui se sont accumulés. Dans les années 60, il y avait un bidonville de cinq hectares sur le secteur. Les premières tranches du parc Georges-Valbon arrivent au début des années 70, l’aire des Vents est aménagée dans les années 80, et à quelques dizaines de mètres, collé au parc Georges-Valbon, se trouvait le terrain des essences, où l’armée a stocké du carburant pendant des décennies.

Et les JO ont tout changé…

F. R. : La construction du Cluster des médias s’est faite en partie sur l’aire des Vents et les JOP ont permis à proximité la dépollution et la renaturation du terrain des Essences, à présent nouvelle entrée et extension sur 13 ha du parc Georges-Valbon. Avec la reconversion du village des médias en quartier d’habitation, un front urbain tout neuf arrive, avec des habitants qui vont augmenter la fréquentation du site et se réjouir de profiter d’un « vrai » parc : accessible à tous et toutes, équipé et confortable, qui contribuera aussi à mieux relier le nouveau quartier au centre-ville de Dugny. On le traversera pour aller d’un point à un autre par une promenade agréable et on pourra s’y rencontrer. Les travaux démarrent en juillet 2026, une inauguration partielle est prévue fin juin 2027, et la livraison totale au printemps 2028.

Concrètement, comment fait-on fait un parc vivant sur des remblais ?

F. R. : Sur l’aire des Vents, la pollution est diffuse ; on n’atteint pas les seuils qui imposeraient une dépollution lourde. Mais on en tient compte : les terres incompatibles avec un usage de parc seront exportées, les autres seront gérées sur place et recouvertes de terre saine. L’idée est de transformer les pelouses en prairies et de diversifier les milieux naturels en plantant massivement de nouveaux arbres et arbustes. Ça change complètement le potentiel d’accueil de la biodiversité : davantage d’insectes, davantage de graines, davantage d’oiseaux. On a déjà un couple de faucons qui fréquente le site, il profite des espaces ouverts de l’aéroport.

Trois parcs, une seule forêt

Le terrain des Essences, c’est une autre histoire. Ancien dépôt de carburant de l’armée, sols et eaux contaminés aux hydrocarbures. Aujourd’hui, c’est un lieu de pique-nique dans le parc Valbon. Que s’est-il passé ?

F. R. : Les Jeux. Le terrain devait accueillir les épreuves de tir olympique. La perspective des JOP a permis de lancer la dépollution, qui sans ça aurait sans doute attendu encore des années en raison du coût. Finalement, les épreuves de tir ont été délocalisées mais les travaux ont été maintenus et même accélérés car sans interruption. Le site a été livré au printemps 2025. La partie centrale a été remblayée avec de la terre propre et aménagée pour la détente : chaises longues, grandes pelouses, skatepark et aire de jeux. On pique-nique aujourd’hui là où l’armée stockait du kérosène. Et surtout, le terrain des Essences est désormais totalement intégré au parc Georges-Valbon. Avant, c’était une enclave inaccessible. Maintenant, il relie le cœur du parc à la gare du T11. C’est le premier accès en transport en commun structurant aussi proche de Georges-Valbon – avec également, à terme, la ligne 16 du Grand Paris Express à La Courneuve–Six Routes.

Il y a aussi une zone sensible, au nord du terrain des Essences. Qu’est-ce qui s’y passe ?

F. R. : C’est un site de reproduction du crapaud calamite, une espèce protégée et un secteur de mares fréquenté par les oiseaux. On a installé un observatoire pour permettre de voir sans déranger et le cheminement des promeneurs est concentré sur une passerelle. Ce crapaud avait déjà joué un rôle décisif pour le parc Georges-Valbon : sa présence a empêché un projet routier qui aurait détruit la continuité écologique du secteur. En un sens, c’est lui qui a sauvé le corridor vert.

Le parc Georges-Valbon lui-même a beaucoup évolué depuis les années 70…

F. R. : À l’époque, c’était une gestion intensive : les pelouses étaient tondues à ras. À partir des années 90, on est passé à une gestion différenciée, et les résultats sont remarquables. Davantage de prairies, davantage de biodiversité. Le parc a été classé au sein du multisite Natura 2000 de la Seine-Saint-Denis en 2006. Pour un territoire marqué par des décennies d’industrie lourde et de grandes infrastructures, c’est une sacrée revanche.

Aire des Vents, terrain des Essences, Georges-Valbon : est-ce qu’on est en train de reconstituer l’ancienne plaine agricole qui a été dévorée par les infrastructures au XXe siècle ?

F. R. : C’est un écosystème méconnu et rescapé dans un territoire urbain dense et marqué par les infrastructures. Ce qu’on fait, avec ces trois projets qui se complètent, c’est reconstituer une trame verte continue là où il n’y avait plus que des fragments. Le jour où l’aire des Vents sera pleinement intégrée à cette trame, on aura un ensemble d’une tout autre envergure. Un ensemble qu’on peut même étendre à d’autres sites, comme les parcs des sports du Bourget et de Marville, voire les parcs Madeleine-Riffaud et de la Légion d’honneur pour constituer une vaste continuité à vocation naturelle et de loisirs.

Rendez-vous en juin 2027 pour les premiers pas dans le nouveau parc de l’aire des Vents.

Le RER D circule au-dessus de la plaine des Condos et du lit de la rivière du Petit Rosne, à la sortie de Stains et de Sarcelles. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
La trame verte de Stains, un glacis autoroutier de l’État, connecte la plaine des Condos au parc Valbon. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Vue imprenable sur le Grand Paris depuis la partie nord du parc Valbon / © Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

La Fête de l’Huma, 95 ans de déménagements :

1930 : Première édition au parc Sacco-et-Vanzetti, à Bezons (Val-d’Oise), 1 000 personnes

1931 : Athis-Mons (Essonne)

1932-1938 : Clairière des Quatre-Cèdres, à Garches (Seine-et-Oise). Premiers grands concerts sous le Front populaire (1936, 300 000 personnes)

1939-1944 : Interruption pendant l’Occupation

1945-1956 : Bois de Vincennes. Jusqu’à un million de visiteurs à la Libération

1957-1958 : Parc Montreau, à Montreuil

1959 : Terrasses de Meudon

1960-1971 : Parc des sports de La Courneuve (avec escapade sur la pelouse de Reuilly à Vincennes de 1966 à 1970)

1972-1998 : Parc Georges-Valbon (parc paysager de La Courneuve)

1999-2021 : Aire des Vents, à Dugny, en bordure du parc Valbon et de l’aéroport du Bourget. Jusqu’à 600 000 visiteurs

2022 : La Fête s’installe sur l’ancienne base aérienne 217, au Plessis-Pâté/Brétigny-sur-Orge (Essonne), où elle se tient depuis

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