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Sur le plateau de Saclay, « en 45 printemps de cueillette, la météo a changé »

La cueillette des fraises à la ferme de Viltain à Jouy-en-Josas / © Ferme de Viltain
La cueillette des fraises à la ferme de Viltain à Jouy-en-Josas / © Ferme de Viltain

Trois semaines d’avance sur les fraises, des tomates qui cessent de pousser quand il fait trop chaud, et bientôt un métro au bout des champs. À la ferme de Viltain, l'agricultrice Guillemette des Courtils raconte 45 ans de cueillette sur un plateau de Saclay que le climat et le Grand Paris transforment sous ses yeux.

45 printemps, et une météo qui a changé

Vous en êtes à votre 45e saison de cueillette. Qu’est-ce qui a le plus changé depuis vos débuts ?

Guillemette des Courtils : La cueillette a été créée par mon père au début des années 1980 sur une dizaine d’hectares ; elle en couvre 50 aujourd’hui. Le principe, lui, n’a pas changé : on ouvre les champs et les visiteurs récoltent eux-mêmes. Ce qui a beaucoup changé, en revanche, c’est le calendrier.

À quel point ?

G. D. C. : Cette année, on a commencé à cueillir des fraises le 10 mai. Il y a quinze ans, on démarrait plutôt vers le 25 ou le 30. Sur les cultures qui restent en place plusieurs années – fraises, framboises, pommes –, on a quinze jours à trois semaines d’avance. Ce n’est plus de la météo, c’est du climat.

« Les plantes supportent mal les fortes chaleurs. Au-delà de 27 degrés, elles se bloquent »

Ce que la chaleur fait aux plantes

Vous avez traversé plusieurs canicules cet été, qu’est-ce que cela provoque dans les champs et dans les serres ?

G. D. C. : Les plantes supportent mal les fortes chaleurs. Au-delà de 27 degrés, elles se bloquent. Les grosses chaleurs de fin juin ont fait que beaucoup de fleurs ne se sont pas transformées en fruits : un pied qui aurait porté six ou sept bouquets n’en a fait que trois ou quatre cette année.

Même sous serre ?

G. D. C. : Même sous serre. À 40 degrés, la tomate passe en mode survie. On ajoute des bourdons pour polliniser, mais quand la plante a trop chaud, la fleur ne se transforme pas en tomate, même si le bourdon a effectué son travail. Et dans les légumes, on a vu davantage d’insectes comme les pucerons noirs, qui piquent les feuilles et fragilisent les plants. Résultat : des légumes plus petits, et parfois moins de récoltes.

Vous avez sans doute dû arroser plus que d’habitude…

G. D. C. : Beaucoup plus, mais nous n’avons pas une grosse capacité. Deux puits, à une soixantaine de mètres de profondeur, qui donnent de petits volumes : 8 à 9 mètres cubes. On arrose au goutte-à-goutte dans la journée, et on complète avec l’eau du réseau pour tenir toutes les cultures. Ce n’est pas idéal, et ça fait grimper les coûts : c’est très cher, même avec des tarifs agricoles.

La sécheresse a-t-elle été aussi marquante que la chaleur ?

G. D. C. : On n’a quasiment pas eu de pluie depuis juin : 46 millimètres en juin, 2 mm en juillet, et rien depuis le début d’août. Les semis d’été – épinards, navets – ont été difficiles : après un semis, il faut une irrigation très régulière pour que la graine démarre, et là, les graines ont eu du mal. On a la chance, sur le plateau de Saclay, d’avoir des sols avec très peu de cailloux : les racines descendent chercher la fraîcheur en profondeur. Mais on ne fait pas de miracles. Les coups de chaud de fin juin ont bloqué la croissance des grains de blé. Quand il n’y a plus d’eau, il n’y a plus d’eau.

La cueillette de la Ferme de Viltain à Jouy-en-Josas / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris
La cueillette de la Ferme de Viltain à Jouy-en-Josas / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

Le métro au bout des champs

Face à ça, comment on s’adapte ?

G. D. C. : Il va falloir chercher des variétés plus résistantes à la chaleur. Ce sera le travail de cet automne, pour préparer la saison prochaine. Mais l’autre grand changement qui arrive, ici, n’a rien à voir avec le climat : c’est le métro.

La ligne 18 va s’arrêter à côté de chez vous !

G. D. C. : Oui, la gare de Christ de Saclay ouvre en décembre. Jusqu’ici, on venait surtout en voiture, pour faire ses cabas ; en RER ou en bus, c’était plus compliqué. Là, on sera à une vingtaine de minutes à pied de la gare, et le rythme des bus qui passent près de la cueillette doit augmenter. Ça nous rapproche des campus et des citadins. C’est une petite révolution, et un vrai rapprochement de la ville et de la campagne.

Une loi protège les terres agricoles du plateau ; cela vous rassure-t-il pour la suite ?

G. D. C. : À court et moyen terme, oui : cette loi dite du Grand Paris bloque de nouvelles urbanisations, et il n’y a pas eu de constructions supplémentaires programmées. À long terme, je suis plus réservée : sur le plan politique, les choses peuvent changer, une protection peut toujours être remise en cause. On verra bien.

Une fois cette canicule passée, que va-t-on retrouver dans les champs ?

G. D. C. : Malgré la chaleur persistante, des haricots verts – un peu moins en fin de saison, car les semis ont eu du mal – et toutes les courgettes et les concombres qui résistent bien. Et surtout les potirons et les potimarrons, très en avance : on n’attendra pas la Toussaint pour en avoir. Comme nous sommes en lien direct avec les clients, on leur annonce simplement ce décalage du calendrier. C’est aussi ça, s’adapter.

Passez votre permis brouette ! Après le climat, l’eau, les tomates qui souffrent à 40 °C et l’arrivée de la ligne 18, une info essentielle : du 18 au 21 août, la cueillette de Viltain organise sa Fête de la brouette. Au programme notamment : un « permis brouette » pour les enfants et jusqu’à 20 kg de tomates à gagner. À chacun ses grands enjeux de la rentrée.

Infos pratiques : marché de la ferme de Viltain, chemin de Viltain, Jouy-en-Josas (78). Ouverture du lundi au samedi de 9 h à 19 h, les dimanches et jours fériés de 10 h à 19 h. Plus d’infos sur viltain.fr et sur Facebook

Ferme de Viltain à Jouy-en-Josas / © Steve Stillman
La cueillette de la Ferme de Viltain à Jouy-en-Josas / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

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