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Sur le Plateau de Saclay, « en quarante-cinq printemps de cueillette, la météo a changé »

Trois semaines d'avance sur les fraises, une ligne 18 qui s'arrête au bord des champs en décembre : à la ferme de Viltain, le climat et le Grand Paris rebattent d'un coup les cartes d'une cueillette vieille de 45 ans

Quarante-cinq printemps, et une météo qui a changé

Votre cueillette est une des plus anciennes d’Ile-de-France. Le principe d’une cueillette, c’est quoi ?

Guillemette des Courtils, exploitante agricole : Nous en sommes à notre 45e saison de récolte. La cueillette a été créée par mon père au début des années 1980 : une dizaine d’hectares au départ, cinquante aujourd’hui. Au début on venait chercher des fraises, des haricots, des tomates ; on y trouve maintenant toute la gamme d’un potager. 

Nous ouvrons nos champs au public : les visiteurs viennent récolter eux-mêmes leurs fruits, leurs légumes, leurs fleurs. Beaucoup de clients viennent avec leurs enfants pour leur montrer comment ça pousse : qu’une courgette se cache derrière une grande feuille un peu piquante, qu’une tomate peut être au sol ou palissée. Sur les tomates, d’ailleurs, on choisit les variétés les plus parfumées, et de vraies cœurs de bœuf — à la peau fragile mais au vrai goût, pas la fausse cœur de bœuf de la grande distribution.

Et le début de saison des cueillettes, il se situe quand ?

Cette année, on a commencé à cueillir des fraises le 10 mai. Il y a quinze ans, on démarrait plutôt vers le 25 ou le 30. Sur les cultures qui restent en place plusieurs années — fraises, framboises, pommes — on a quinze jours à trois semaines d’avance. Ce n’est plus de la météo, c’est du climat.

« Les plantes supportent mal les fortes chaleurs. Au-delà de 27 degrés, elles se bloquent »

Ce que la chaleur fait aux plantes

Vous avez traversés plusieurs canicules cet été, qu’est-ce que cela provoque dans les champs et dans les serres ?

Les plantes supportent mal les fortes chaleurs. Au-delà de 27 degrés, elles se bloquent. Les grosses chaleurs de fin juin ont fait que beaucoup de fleurs ne se sont pas transformées en fruits : un pied qui aurait porté six ou sept bouquets n’en a fait que trois ou quatre cette année.

Même sous serre ?

Même sous serre. À quarante degrés, la tomate passe en mode survie. On ajoute des bourdons pour polliniser, mais quand la plante a trop chaud, la fleur ne se transforme pas en tomate, même si le bourdon a fait son travail. Et dans les légumes, on a vu davantage d’insectes — les pucerons noirs, qui piquent les feuilles et fragilisent les plants. Résultat : des légumes plus petits, et parfois moins de récolte.

Vous avez sans doute dû arroser plus que d’habitude.

Beaucoup plus, mais nous n’avons pas une grosse capacité. Deux puits, à une soixantaine de mètres de profondeur, qui donnent de petits volumes — huit à neuf mètres cubes. On arrose au goutte-à-goutte dans la journée, et on complète avec l’eau du réseau pour tenir toutes les cultures. Ce n’est pas idéal, et ça fait grimper les coûts : c’est très cher, même avec des tarifs agricoles.

La sécheresse a-t-elle été aussi marquante que la chaleur ?

On n’a quasiment pas eu de pluie depuis juin : 46 millimètres en juin, 2 mm en juillet, et rien depuis le début d’août. Les semis d’été – épinards, navets – ont été difficiles : après un semis, il faut une irrigation très régulière pour que la graine démarre, et là, les graines ont eu du mal. On a la chance, sur le plateau de Saclay, d’avoir des sols avec très peu de cailloux : les racines descendent chercher la fraîcheur en profondeur. Mais on ne fait pas de miracles – les coups de chaud de fin juin ont bloqué la croissance des grains de blé. Quand il n’y a plus d’eau, il n’y a plus d’eau.

La cueillette de la Ferme de Viltain à Jouy-en-Josas / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris
La cueillette de la Ferme de Viltain à Jouy-en-Josas / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

Le métro au bout des champs

Face à ça, comment on s’adapte ?

Il va falloir chercher des variétés plus résistantes à la chaleur. Ce sera le travail de cet automne, pour préparer la saison prochaine. Mais l’autre grand changement qui arrive, ici, n’a rien à voir avec le climat : c’est le métro.

La ligne 18 va s’arrêter à côté de chez vous.

La gare Christ de Saclay ouvre en décembre. Jusqu’ici, on venait surtout en voiture, pour faire ses cabas ; en RER ou en bus, c’était plus compliqué. Là, on sera à une vingtaine de minutes à pied de la gare, et le rythme des bus qui passent près de la cueillette doit augmenter. Ça nous rapproche des campus et des citadins. C’est une petite révolution — et un vrai rapprochement de la ville et de la campagne.

Une loi protège les terres agricoles du plateau, cela vous rassure-t-il pour la suite ?

À court et moyen terme, oui : cette loi dite du Grand Paris bloque de nouvelles urbanisations, et il n’y a pas eu de constructions supplémentaires programmées. À long terme, je suis plus réservée : sur le plan politique, les choses peuvent changer, une protection peut toujours être remise en cause. On verra bien.

Une fois cette canicule passée, que va-t-on retrouver dans les champs ?

Malgré la chaleur persistante, des haricots verts  u-n peu moins en fin de saison, car les semis ont eu du mal – et toutes les courgettes et les concombres, qui résistent bien. Et surtout les potirons et les potimarrons, très en avance : on n’attendra pas la Toussaint pour en avoir. Comme nous sommes en lien direct avec les clients, on leur annonce simplement ce décalage du calendrier. C’est aussi ça, s’adapter.

Informations pratiques : marché de la ferme de Viltain, chemin de Viltain, Jouy-en-Josas (78). Ouverture du lundi au samedi de 9 h à 19 h, les dimanches et jours fériés de 10 h à 19 h. Plus d’infos sur viltain.fr et sur Facebook

Ferme de Viltain à Jouy-en-Josas / © Steve Stillman
La cueillette de la Ferme de Viltain à Jouy-en-Josas / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

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