Balades
|

Le Moyen-Âge au bout de la ligne : six châteaux forts (presque) sans voiture

Versailles écrase tout, et c'est bien dommage : l'Île-de-France conserve des donjons du XIIIe siècle que la plupart des Franciliens n'ont jamais vus. Six forteresses médiévales, six lignes de transport, un passe Navigo. Le Moyen Âge commence parfois au bout du quai.

On croit que le château fort est une affaire de Dordogne, de Loire, de Bretagne. Faux. Pendant des siècles, l’Île-de-France a été le cœur militaire du royaume : les rois y résidaient, y guerroyaient, y enfermaient leurs ennemis. Il en reste quelques donjons intacts, des remparts complets, des douves en eau. Et une particularité que ni le Périgord ni la Loire ne peuvent offrir : on y va en transports en commun.

La Sainte-Chapelle du château de Vincennes accueillera une soirée électro le 31 mars / © DXR (Wikimedia commons)
La Sainte-Chapelle du château de Vincennes accueillera une soirée électro le 31 mars / © DXR (Wikimedia commons)

Vincennes, un donjon au terminus de la ligne 1

Le plus haut donjon médiéval d’Europe culmine à 52 mètres au-dessus d’une station de métro. Vous sortez à Château de Vincennes, et il est là, massif, entouré de ses douves. Construit au XIVe siècle sous Charles V, le château a été résidence royale, prison d’État et place forte. Sa Sainte-Chapelle répond – divinement – à celle de l’île de la Cité. Et le bois est juste derrière, pour ceux qui veulent prolonger.

Y aller : métro ligne 1, station Château de Vincennes (15 min depuis Gare de Lyon), ou RER A, station Vincennes. Infos pratiques : ouvert toute l’année. Tarifs et horaires sur chateau-de-vincennes.fr. 

Pour les marcheurs : 10 km de Joinville-le-Pont (RER A) à Mairie de Montreuil (ligne 9), à travers le Vincennes des initiés jusqu’aux Murs à pêches.

Lire aussi : Du bois de Vincennes aux Murs à pêches, une balade dans les jardins cachés de l’Est parisien

© Patrick (Creative commons - Flickr)
Les remparts de Provins /

© Patrick (Creative commons – Flickr)

Provins, dix siècles derrière les remparts

Au bout de la ligne P, ce n’est pas un château qui vous attend mais une ville entière, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2001 — l’un des quatre sites franciliens à jouir de cette distinction, avec Versailles, Fontainebleau et les berges de Seine. La Tour César veille sur la cité depuis le XIIe siècle, à l’époque où les marchands de toute l’Europe convergeaient vers les foires de Champagne. Sous vos pieds, des kilomètres de souterrains creusés pour stocker les marchandises se visitent en compagnie d’un guide. Prévoyez la journée, les remparts ne se longent pas au pas de course.

Y aller : ligne P depuis Paris-Est, terminus Provins (environ 1 h 25). Infos pratiques : cité en accès libre. Billets combinés monuments sur provins.net

Lire aussi : 42 km pour relier Blandy-les-Tours à Provins : deux châteaux, un marathon

Le château de La Roche-Guyon / © John Laurenson pour Enlarge your Paris
Le château de La Roche-Guyon / © John Laurenson pour Enlarge your Paris

La Roche-Guyon, le donjon posé sur la meringue

Dans une boucle de la Seine, aux portes du Parc naturel régional du Vexin français, les falaises de craie font penser à de grosses meringues. Sur l’une d’elles, un donjon du XIIe siècle défendait le royaume contre les Anglo-Normands. En bas, le village — classé parmi les Plus Beaux Villages de France — le château, ses salons du XVIIIe et le potager-fruitier redessiné par le paysagiste Gilles Clément. Entre les deux, quelque 250 marches creusées dans la roche. Là-haut, les méandres de la Seine, une péniche nonchalante, et l’envie de crier à l’attaque viking. En redescendant, on trouvera une boulangerie, un café et même un bar à bière troglodytique.

Y aller : ligne J jusqu’à Mantes-la-Jolie, puis bus 95-11, arrêt Mairie de La Roche-Guyon. Infos pratiques : ouvert tous les jours du 1er avril au 1er novembre, 10 h – 18 h. Plein tarif 9,50 €. chateaudelarocheguyon.fr

Pour les marcheurs : la grande boucle de La Roche-Guyon, 32 km entre Bonnières et Mantes-la-Jolie, sublime et exigeante pour les mollets.

Lire aussi : La grande boucle de La Roche-Guyon, le graal du randonneur francilien 

Terrasse du château de la Madeleine. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

La Madeleine, la forteresse qui se gagne à pied

C’est le seul château de cette sélection qu’on rejoint entièrement à pied depuis la gare, et franchement, on ne voudrait pas qu’il en soit autrement. Depuis Saint-Rémy-lès-Chevreuse, terminus du RER B, trois kilomètres de sentier remontent la vallée de l’Yvette vers la forteresse élevée entre le XIe et le XIVe siècle qui domine Chevreuse. Dans le village, avant d’attaquer la montée, un arrêt s’impose au bar à sirop L’Alchimiste, rue Lalande. Là-haut, la terrasse du château ouvre sur toute la vallée, et l’on se demande, comme souvent dans le coin, si on est encore en Île-de-France ou déjà dans la Creuse.

Y aller : RER B, terminus Saint-Rémy-lès-Chevreuse, puis 3 km à pied. Ça monte, c’est le principe. Infos pratiques : accès libre, horaires à consulter avant de partir. 

Lire aussi : Vallée de Chevreuse : une journée à se croire dans la Creuse

Dourdan, cité médiévale. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Dourdan, le Louvre médiéval qui a survécu

Quand on pense au Louvre, on voit la pyramide et la Joconde. Il faut aller en Essonne pour voir ce que fut le premier Louvre, celui de Philippe Auguste : le donjon de Dourdan, l’une des seules forteresses franciliennes du XIIIe siècle ayant conservé l’essentiel de ses défenses — fossés, courtines, tours. Son donjon isolé, protégé par ses propres douves et deux pont-levis, est la variante la plus aboutie du modèle philippien. Le donjon du Louvre a été rasé en 1527. Celui de Dourdan se visite.

Y aller : RER C, gare de Dourdan, à deux pas du château — préférez-la au terminus Dourdan-la-Forêt, moins desservi. Infos pratiques : ouvert du mercredi au dimanche. Visite libre 5 € (2,50 € tarif réduit).

Pour les marcheurs : 23 km le long de l’Orge et à travers la Petite Beauce, de la gare de Breuillet Village à celle de Dourdan-la-Forêt, sur les traces du GR1.

Lire aussi : Balade le long de l’Orge vers Dourdan, la « petite Versailles » de l’Essonne

Le château de Blandy-les-tours. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Blandy-les-Tours, la silhouette au fond des champs

Il y a des monuments qui font leur effet à distance. Quand on marche sur le GR1 à travers la Brie, une silhouette de tours médiévales finit par émerger au-dessus des champs de colza : Blandy-les-Tours, XIIIe siècle, résidence des comtes de Melun, place forte de la guerre de Cent Ans, puis ferme, puis ruine, sauvée de justesse par le Département de Seine-et-Marne. C’est le plus difficile d’accès de cette sélection. C’est aussi pour ça qu’on l’aime : la Seine-et-Marne se mérite quand on n’a pas de voiture, et Blandy récompense ceux qui font l’effort.

Y aller : Transilien R jusqu’à Melun (25 min depuis Gare de Lyon), puis bus 3124 — desserte limitée, vérifiez impérativement les horaires de retour. Chaque année, la Rando des 3 châteaux relie à pied Blandy-les-Tours, Vaux-le-Vicomte et Fontainebleau. Infos pratiques : entrée gratuite. Fermé le mardi.

Lire aussi : 42 km pour relier Blandy-les-Tours à Provins : deux châteaux, un marathon

Lire aussi : Le Randopolitain, la carte des sentiers de grande randonnée franciliens et leurs accès en train