
Et si on avait oublié que la Seine était aussi un endroit où aller se balader ? Ce dimanche 4 octobre, 150 personnes vont descendre le fleuve en paddle, kayak et canoë entre Neuilly et Clichy. Nicolas Sirot, créateur de The Flow, rêve d’en faire le début d’une réconciliation entre les Franciliens et leur fleuve.
Dimanche, vous allez mettre environ 150 personnes sur la Seine entre Neuilly et Clichy. Qu’est-ce que vous préparez exactement ?
Nicolas Sirot, créateur de The Flow : On organise une grande parade nautique entre Neuilly et Clichy, sur environ cinq kilomètres. On aura des paddles, des kayaks, des canoës et différentes embarcations. Ce que j’aime beaucoup dans ce parcours, c’est qu’on va passer sous La Défense. C’est un endroit très symbolique pour nous : le premier quartier d’affaires européen, un univers extrêmement minéral, qui cherche en même temps à imaginer son avenir et à se décarboner. Et juste en dessous coule la Seine. Des groupes constitués par le Département et les villes de Clichy, Asnières ou Courbevoie vont embarquer. Mais l’idée n’est pas seulement d’être sur l’eau. On pourra aussi suivre la parade à pied depuis les berges.
Et si on n’a aucune envie de monter sur un paddle ?
On peut venir simplement regarder. Il y aura une Marche de l’eau entre Neuilly et Clichy avec la Water Family, un clean-up des berges à Clichy et, à partir de 12 h 30, un village sur les quais. L’arrivée de la parade est prévue vers 15 h.
Ce village de Clichy est important parce qu’il préfigure ce qu’on aimerait développer ensuite : des escales le long du fleuve, qu’on appelle des « bivouacs », où les gens puissent se retrouver, manger, écouter de la musique, découvrir le fleuve. Il faut que la Seine redevienne un endroit où l’on vient.

« On ne sait même plus dans quel sens coule la Seine »
Parce qu’au fond, votre constat est qu’on vit à côté de la Seine sans vraiment la connaître ?
Oui. Beaucoup de gens ont encore une image très négative de la Seine : elle serait sale, dangereuse, industrielle. Quand j’emmène des gens sur l’eau dans les Hauts-de-Seine, je me rends compte que certains ne savent même plus dans quel sens coule le fleuve. Pendant un siècle, on lui a progressivement tourné le dos. On a construit des routes le long des berges, dressé des murets, transformé les rives, supprimé des îles. À Asnières, par exemple, deux îles ont disparu. Et on a fini par considérer la Seine essentiellement comme une infrastructure, notamment pour le transport. Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est que le mouvement commence à s’inverser. La parade des Jeux olympiques a montré autre chose de la Seine. La baignade aussi. Les berges parisiennes ont changé. Et beaucoup de projets sont engagés en aval de Paris pour rendre les rives plus accessibles.
Mais tout cela reste souvent très technique. On parle d’aménagements, de passerelles, de mobilités. Il manque encore quelque chose : un imaginaire collectif.
Et c’est là que vous placez The Flow ?
Oui. The Flow, c’est essayer de donner une image à cette reconnexion au fleuve. Faire en sorte qu’on ne regarde plus seulement la Seine depuis un pont ou depuis une voiture, mais qu’on recommence à vivre avec elle.

« J’avais l’impression qu’on m’avait caché quelque chose »
Chez vous, cela commence pourtant très simplement, avec un paddle…
C’était en 2012. J’habitais près de la Seine et j’ai eu cette idée un peu saugrenue d’aller mettre un paddle sur le fleuve. Tout le monde me disait : « Attention, c’est dangereux, il y a les péniches, l’eau est sale, tu n’as peut-être même pas le droit d’y aller. » Et puis je me suis mis à l’eau. J’ai vécu exactement l’inverse de ce qu’on m’avait annoncé. À quelques mètres de chez moi, je me suis retrouvé dans un environnement à 360 degrés, avec énormément d’oiseaux, du calme, une sensation d’espace. Certaines balades pouvaient être aussi douces qu’une sortie dans une crique du Finistère un jour de beau temps.
Le choc, c’était de découvrir que tout cela était juste là. J’avais l’impression qu’on m’avait caché quelque chose et que j’étais passé pendant des décennies à côté d’un trésor.
C’est donc cette expérience que vous essayez depuis de faire vivre aux autres ?
Oui, parce qu’il se produit quelque chose de très simple. Quand les gens découvrent la Seine de cette manière, ils l’aiment. Et quand ils commencent à l’aimer, ils ont envie de la protéger. Depuis, j’essaie donc de multiplier les expériences sur l’eau ou au bord de l’eau. En 2017, on avait par exemple créé Floating Man et nous étions partis dormir sur une île de la Seine. Petit à petit, d’autres personnes nous ont rejoints. À partir de 2023, le projet a changé d’échelle. Nous avons commencé à travailler avec le Département des Hauts-de-Seine et les collectivités, à tester des parcours, des escales, à obtenir des autorisations. Et on s’est aperçu que les villes riveraines se posaient toutes plus ou moins la même question : comment retrouver un lien avec le fleuve qui passe devant chez elles ?
En 2027, un festival de plusieurs jours
La parade de dimanche est donc aussi un test ?
Oui. Cette édition reste expérimentale. On teste un parcours, une parade, une marche, un village, la manière dont les collectivités et les habitants peuvent participer. Mais notre ambition est beaucoup plus grande. En 2027, nous voulons organiser un événement de plusieurs jours autour de la Seine aval, avec des expériences sur l’eau, des rendez-vous culturels, des villages, des bivouacs et une grande célébration autour du fleuve.
L’idée pourrait être d’avoir une grande parade, un immense pique-nique sur les rives, des entreprises et des collectivités qui construisent leurs propres embarcations et participent à l’aventure. Et surtout des milliers de personnes qui retrouvent physiquement le chemin de la Seine.
Avec une dimension écologique très assumée ?
C’est même le cœur du projet. On voit beaucoup d’événements sportifs sur la Seine, des événements autour de son activité économique, mais il manque encore un grand rendez-vous populaire qui mette l’eau, la nature et la protection du fleuve au centre. Je ne veux pas pour autant organiser un colloque sur l’eau. Le prétexte doit rester joyeux : naviguer, marcher, pique-niquer, faire la fête, se retrouver. Mais derrière, il y a cette idée très simple : on protège mieux ce que l’on connaît.
Et si ça fonctionne sur la Seine, pourquoi ne pas imaginer un jour ce type de rendez-vous sur d’autres fleuves ?
Infos pratiques : The Flow 2026, dimanche 4 octobre. La journée se déroule entre Neuilly-sur-Seine et Clichy, avec des activités sur l’eau, à pied et sur les quais. On peut participer à la descente ou simplement venir assister à l’arrivée et profiter des animations. Certaines activités nautiques nécessitent une inscription. Les animations à terre et l’arrivée de la parade permettent aussi de venir simplement voir le cortège passer sur la Seine. Programme détaillé et inscriptions : The Flow 2026
- À Clichy : nettoyage des berges et village The Flow. À 11 h, départ d’un clean-up depuis le TRIBE Paris Clichy : une opération collective de ramassage des déchets autour de la Seine. À partir de 12 h 30, ouverture du village The Flow sur les quais de Clichy, avec animations, stands, food trucks et musique. C’est aussi là que l’on pourra assister à l’arrivée des participants sur l’eau. Le village restera ouvert jusqu’à 17 h.
- À Neuilly : départ de la grande parade sur la Seine. Rendez-vous à 12 h au Club Nautique de France, à Neuilly-sur-Seine, pour les participants à la grande parade nautique. Paddles, kayaks, canoës et autres embarcations descendront ensuite environ cinq kilomètres de Seine. La mise à l’eau et le départ de la parade sont prévus à 13 h. Le parcours passe notamment sous les tours de La Défense, avant de poursuivre vers Courbevoie, Asnières et Clichy.
- De Neuilly à Clichy : une marche pour ceux qui préfèrent rester à terre. À 13 h 30, la Marche de l’eau, organisée avec Water Family, partira de Neuilly pour rejoindre Clichy en suivant la Seine. Elle est pensée notamment pour les familles et permettra de découvrir le fleuve et les enjeux liés à l’eau sans embarquer.
- À Clichy : arrivée de la parade vers 15 h. Les quelque 150 participants de la parade sont attendus sur les quais de Clichy vers 15 h. L’arrivée est accessible au public : pas besoin de monter sur un paddle pour participer à The Flow.

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28 septembre 2026 - Clichy-la-Garenne