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« C’était un projet kamikaze » : La Station – Gare des Mines, dernières danses avant travaux

Ihebfehri fanzine. DR

Après dix ans d’occupation d’un ancien bâtiment ferroviaire posé contre le périphérique, la Station – Gare des Mines ferme pour trois ans de réhabilitation, dans le cadre d'un projet immobilier. Thomas Carteron, membre du collectif de la Station, présent depuis l’ouverture en 2016, retrace l’histoire d’un lieu devenu une référence des nuits parisiennes, et même européennes.

Comment définir la Station – Gare des Mines, le lieu, son esprit, sa programmation ?

C’est très difficile, et c’est peut-être ce qui la caractérise le mieux. À l’origine, c’est un espace de résidences artistiques, de concerts et d’expositions. Puis l’activité club a pris une place considérable. Se sont aussi développés sur place la radio Station Station, le Coucou Crew, qui accompagne des personnes exilées, ou encore l’attention portée aux communautés LGBTQIA+. Le projet s’est transformé au contact du territoire. Nous sommes un lieu transdisciplinaire, même si nous sommes surtout identifiés aujourd’hui comme un endroit où l’on fait la fête.

Pourquoi fermer pendant trois ans ?

Quand nous avons ouvert en juin 2016, nous avions les clés pour six mois seulement, dans le cadre d’une convention temporaire avec la SNCF. C’était un projet kamikaze. Les six mois sont devenus dix ans. Entre-temps, la Ville de Paris a racheté le foncier dans le cadre du réaménagement du secteur, et le bâtiment a failli être démoli avant d’être conservé comme témoin du patrimoine industriel parisien. Les travaux qui commencent vont pérenniser le projet pour la première fois. Une bonne nouvelle en soi, mais qui implique trois années de fermeture.

Que retenez-vous de ces dix années ?

À notre arrivée, il y avait peu de lieux alternatifs de teuf à Paris. Nous voulions simplement offrir de bonnes conditions à des groupes de la scène indépendante, notamment rock et punk. Très vite, une scène s’est constituée autour du lieu : Villejuif Underground ou Bryan’s Magic Tears ont fait leur première répét’ chez nous ! Puis les cultures électroniques ont pris de l’ampleur, tout comme les festivals féministes et queer tels que Comme Nous Brûlons.

Comment la Station a-t-elle changé le regard sur les clubs au-delà du périph’ ?

Aujourd’hui c’est la norme mais, en 2016, beaucoup hésitaient à venir jusqu’ici. Alors que nous sommes une enclave du 18e arrondissement, collée au périph’. Nous avons toujours refusé la logique de gentrification : jamais cherché à vendre des cocktails hors de prix avant de repartir. Nous avons travaillé avec les habitants, développé des ateliers, mis en place des dispositifs d’accueil pour les personnes les plus fragiles, sans jamais masquer la réalité du quartier. Nous voulions que les visiteurs découvrent ce territoire post-industriel dans toute sa complexité.

Que va-t-il se passer pendant la fermeture, et comment vous aider ?

Nous cherchons un lieu transitoire pour faire vivre le club, la radio et les actions du Coucou Crew pendant les travaux, puis revenir avec une Station plus solide, sans perdre ce qui fait son identité depuis dix ans. Le plus simple pour nous aider : continuer à venir aux concerts, aux soirées et aux ateliers organisés avant la fermeture. Nous avons aussi lancé une cagnotte en ligne pour traverser cette période de transition et préparer le retour du lieu.

Ihebfehri fanzine. DR
Ihebfehri fanzine. DR

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