Fontainebleau : après l’incendie, 37 associations demandent qu’on « laisse la forêt respirer »

Près de deux mois après l’incendie qui a frappé le massif de Fontainebleau, 37 associations publient une tribune dans Reporterre. Elles demandent de ne pas répondre au feu par davantage d’artificialisation et de laisser plus de place aux dynamiques naturelles. Après le temps du feu vient celui du débat entre acteurs de l'environnement et usagers de la forêt.
Une parcelle incendiée du Grand Parquet en forêt de Fontainebleau. ONF

Une parcelle incendiée du Grand Parquet en forêt de Fontainebleau. ONF

Après les pompiers vient le temps des forestiers. Et déjà celui des débats sur ce qu’il faudra faire des secteurs touchés par l’incendie dans le massif de Fontainebleau, notamment aux Trois-Pignons. Dans une tribune publiée par Reporterre, 37 associations appellent à ne pas confondre protection et transformation de la forêt.

Dans leur texte, les associations disent craindre texte une politique de défense contre les incendies qui, poussée trop loin, pourrait multiplier pistes, coupures et aménagements au détriment des paysages et des écosystèmes. Les signataires réclament aussi davantage de moyens pour l’ONF, ainsi qu’une étude scientifique des effets du feu et une réflexion sur la manière dont les espaces brûlés vont se régénérer. Leur idée centrale : ne pas chercher à « reconstruire » Fontainebleau comme un monument endommagé, mais accompagner un milieu vivant.

La tribune met aussi en cause l’artificialisation des lisières et certaines monocultures de pins, jugées moins résilientes, et plaide pour davantage de diversité forestière et de réserves biologiques intégrales.

Qui signe ?

Parmi les signataires, on trouve des têtes d’affiche nationales (WWF France, comité français de l’UICN, Société nationale de protection de la nature, LPO Île-de-France, France Nature Environnement Île-de-France, Canopée), des associations franciliennes de défense des forêts (Sauvegarde Forêt IdF, Forêt citoyenne, Amis du bois de Verrières, Amis de la forêt de Versailles et de Fausses-Reposes) et des acteurs du massif lui-même : l’Association des naturalistes de la vallée du Loing, la Réserve de biosphère Unesco du pays de Fontainebleau et du Gâtinais français, ou le Collectif des Trois-Pignons, né en 2020 d’une mobilisation contre des coupes dans ce même secteur. En revanche, les Amis de la forêt de Fontainebleau, association historique gestionnaire des sentiers balisés, ne figurent pas dans la liste : leur position est de privilégier la rénovation des sentiers endommagés et la replantation d’essences adaptées au changement climatique.

Cette tribune fait écho à une question que nous posions au lendemain de l’incendie des Trois-Pignons : et si les forêts avaient parfois besoin de ne pas nous voir ? Nous évoquions alors un « droit au répit », notamment pendant les épisodes de sécheresse et de canicule. Les 37 associations déplacent aujourd’hui la question du promeneur vers le gestionnaire : laisser respirer une forêt, ce n’est pas seulement accepter de ne pas y entrer. C’est aussi résister à la tentation de tout aménager, nettoyer ou réparer.

À Fontainebleau, l’après-feu ouvre donc une autre bataille : celle de savoir jusqu’où il faut intervenir pour protéger une forêt. De son côté, l’ONF entre dans une longue phase de diagnostic et de sécurisation : « difficile de dire si ce sera 10 mois, 12 mois ou 14 mois. Mais c’est du temps long, avant même de se poser la question de ce qu’on refait à l’intérieur de la forêt », comme nous le confait Claire Nowak, responsable des forestiers du massif.

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