Société
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Un oeil sur la banlieue avec la photographe Jérômine Derigny

Gilles, berger de l'association Sors de Terre vient à Paris avec son troupeau / © Jérômine Derigny
Gilles, berger de l’association « Sors de terre » à Bagnolet sort son troupeau à Paris / © Jérômine Derigny

Membre du collectif Argos, et lauréate du Prix Kodak de la Critique en 2002, Jérômine Derigny a notamment choisi d'axer son travail sur les actions génératrices de liens sociaux en région parisienne. Elle nous en offre un aperçu à travers ce portfolio.

« J’ai commencé à travailler sur la banlieue en 2009. C’était déjà quelques années après les émeutes à Clichy-sous-Bois mais ce sont bien elles qui m’ont poussée à réfléchir à la représentation de la banlieue dans les médias. Une représentation dans laquelle je ne me retrouvais pas : une banlieue sans cesse montrée du doigt pour sa violence et sa délinquance. Pour moi, qui ait grandi à Paris intra-muros mais qui n’ait découvert la banlieue qu’en devenant adulte, elle était au contraire remplie d’une énergie créative et constructive. D’une effervescence parfois difficile à canaliser, mais source d’inspiration et de construction pour notre société et dans laquelle nous devrions savoir puiser plus positivement. »

La Seine à Paris / © Jérômine Derigny
Des jeunes bénévoles participant à un chantier de patrimoine à Pierrefitte en visite sur la Seine à Paris / © Jérômine Derigny

« Les ponts entre Paris et sa banlieue ne sont pas toujours facilement franchissables. Ou plutôt devrais-je dire les murs ; que ce soit dans un sens ou dans l’autre. Je ne sais pas ce qui me sidère le plus : les Parisiens qui n’osent pas franchir le périph’ ou les jeunes de banlieue qui ne s’autorisent  pas à visiter Paris, ce monde si attirant et si inaccessible, aussi proche soit-il. »

ASTI à Clichy-sous-Bois / © Jérômine Derigny
Lors d’un atelier sur les transports et l’autonomie organisé par l’ASTI (association de solidarité avec tous les immigrés), des habitantes de Clichy-sous-Bois sortent à Paris / © Jérômine Derigny

« Si mon premier travail sur la banlieue est clairement non parisien, j’ai par la suite continué à documenter une banlieue où les ponts étaient plus évidents. J’ai voulu mettre en avant les préoccupations communes à cette mégapole qui se dessine, qu’on soit à l’intérieur ou à l’extérieur du périphérique. Comment vivre dans une ville plus humaine, plus nature, et plus riche de liens avec son voisin ? Si le Grand Paris peut servir à casser les frontières, et n’est pas qu’une machine à gentrifier les centres-villes, alors on sera gagnants. Si un jour on ne sait plus dire, en regardant mes photos et les gens qui les habitent, si l’on se trouve dans le Grand ou dans le petit Paris, alors la ville aura en effet réellement grandi. »

 

Les travaux de Jérômine Derigny sont à retrouver sur son site jeromine.com

Bergerie de l'association Sors de terre / © Jérômine Derigny
La bergerie de l’association « Sors de terre » héberge quatre moutons et quatre chèvres en plein cœur de Bagnolet / © Jérômine Derigny
ASTI à Clichy-sous-Bois /  © Jérômine Derigny
Des habitantes de Clichy-sous-Bois lors d’un atelier sur les transports et l’autonomie organisé par l’ASTI (association de solidarité avec tous les immigrés) /  © Jérômine Derigny
La butte Pinson à Pierrefitte / © Jérômine Derigny
Chantier international de jeunes volontaires pour rénover le fort de la Butte Pinson à Pierrefitte. « C’est un bon moyen d’élargir l’horizon des jeunes des cités, eux qui ont une réelle volonté d’ouverture, sans en avoir les clefs », Salim Hocini, animateur à Villetaneuse / © Jérômine Derigny
Promovoile 93 /  © Jérômine Derigny
« Sortis du contexte de la cité, quand ils n’ont plus leurs repères, je suis frappé de voir à quel point les jeunes des cités sont respectueux des adultes. En un week-end de voile, tous les clichés s’effondrent », Guy Albertini, bénévole à Promovoile 93, association organisatrice du Trophée des bahuts  / © Jérômine Derigny
Bergerie de l'association Sors de terre / © Jérômine Derigny
Chèvre de l’association « Sors de terre » à Bagnolet / © Jérômine Derigny
Grande Parade Métèque à Romainville / © Jérômine Derigny
La Grande Parade Métèque, défilé organisé chaque année en Seine-Saint-Denis pour véhiculer une autre image de l’immigration en France / © Jérômine Derigny
La petite ceinture à Paris / © Jérômine Derigny
La petite ceinture à Paris / © Jérômine Derigny
Jardin biologique à Sevran / © Jérômine Derigny
Jardin biologique d’insertion situé aux pieds de la cité du Pont-Blanc à Sevran. « Ici, c’est tellement différent que de travailler à l’usine. Je comprends que pour quelqu’un qui n’a jamais touché une pelle et une pioche ce soit difficile, mais être en contact avec la nature, récolter ce qu’on a semé, c’est tellement valorisant », VÎnh-An Tran, responsable du jardin / © Jérômine Derigny
Jardin partagé la Plage arrière à Bagnolet / © Jérômine Derigny
Au jardin partagé « La Plage arrière », les enfants ont fabriqué des moutons avec des matériaux de récupération et ils les emmènent à la bergerie de l’association « Sors de terre » à  Bagnolet / © Jérômine Derigny
La petite ceinture à Paris / © Jérômine Derigny
La petite ceinture à Paris / © Jérômine Derigny
Le collectif YaplusK / © Jérômine Derigny
Le collectif YaplusK aménage l’espace public en collaboration avec les habitants / © Jérômine Derigny
L'association Le Ricochet / © Jérômine Derigny
L’association le Ricochet facilite l’accès à l’emploi des jeunes en les mettant en situation concrète de travail sur des chantiers dans le secteur du bâtiment. Ils sont recrutés directement dans les cages d’escalier. « Il faut savoir se remettre en cause. Les facteurs d’intégration n’ont pas fonctionné en France, que ce soit le logement, le travail ou l’école. Conséquence de quoi, on voit des jeunes filles choisir de mettre la burqa. Une façon pour elles de dire : « Vous nous avez rejetées, alors nous on vous rejette ». C’est pour permettre à ceux qui sont les plus exclus de s’intégrer qu’on a créé le Ricochet. Prenez un groupe de dealers, et bien la solidarité qui règne entre ses membres, on la transforme de façon positive en les mettant en situation réelle de travail sur un chantier », Yahia Bellakhal, cofondateur et directeur de l’association Le Ricochet à Aulnay-sous-Bois / © Jérômine Derigny

 

A lire et à voir : Un oeil sur la banlieue avec le photographe Manolo Mylonas