Société

|

« Un maire ne doit pas décider seul de l’avenir d’une ville »

Lego / © eak_kkk (Creative commons - Pixabay)
© eak_kkk (Creative commons – Pixabay)

Depuis une trentaine d'années, la ville d'Arcueil dans le Val-de-Marne met en place des modes de concertation visant à associer les habitants à la politique municipale. A l'heure du grand débat national, nous nous sommes entretenus avec le maire actuel, Christian Métairie, et son prédécesseur, Daniel Breuiller.

Quelles ont été les premières mesures prises pour associer davantage les habitants d’Arcueil à la politique municipale ?

Christian Métairie : Tout a commencé dans les années 90. Déjà à l’époque, le maire d’Arcueil, Marcel Trigon, dressait le diagnostic d’un manque de représentativité des partis politiques au sein desquels d’importantes catégories de la population étaient absentes. Il a donc souhaité que la liste d’alliance de la gauche en vue des élections municipales de 1995 soit formée à 50% de citoyens non encartés. Plus de 200 habitants de la ville ont présenté leur candidature ce qui a conduit à un vote pour désigner ceux qui allaient pouvoir intégrer la liste. Il a fallu faire accepter le principe auprès des élus, qui ont dû renoncer à des sièges. Mais cela a permis d’enclencher une démarche pour une autre démocratie locale. Les Arcueillais retenus sur la liste ont ainsi pu participer à la construction du programme. 

Daniel Breuiller : Quatre ans après les élections, en 1999, nous avons organisé un premier référendum d’initiative locale sur l’avenir d’un quartier de la ville, le Chaperon vert. Il s’agissait de débattre du projet d’implantation d’un centre commercial, la Vache Noire, sur une friche industrielle laissée vacante par Thomson. Vu l’ampleur de la transformation induite, je me suis dit que cela ne pouvait pas être la seule affaire du maire (Daniel Breuiller est devenu maire d’Arcueil en 1996, Ndlr). Je me souviens que des gens qui n’étaient pas sur les listes électorales se sont inscrits afin de pouvoir exprimer leur avis.  L’objectif de ce centre commercial était d’attirer des bureaux alors qu’Arcueil ne suscitait guère l’intérêt. L’autre option consistait à créer une cité de l’artisanat. Nous avons organisé une exposition à l’hôtel de ville et installé des panneaux électoraux pour informer du scrutin. Un scrutin que nous avons voulu ouvrir aux résidents non-français ainsi qu’aux jeunes dès 16 ans car il s’agissait d’un projet qui impactait l’avenir de la ville à long terme et donc leur propre avenir. Finalement, le oui en faveur de la création du centre commercial l’a emporté avec 50,4%. Etant donné cette courte majorité, il fallait veiller à ne pas entretenir le clivage. C’est pourquoi certaines critiques ont été prises en compte afin de faire évoluer le projet. Dix ans après le référendum, 82% des gens avaient l’impression d’avoir voté oui. Ceci m’a conforté dans l’idée qu’un maire ne doit pas décider seul de l’avenir d’une ville. Nous devons tous exercer le doute démocratique. 

Comment faire pour qu’un référendum ne se transforme pas en plébiscite ? 

Christian Métairie : Cela suppose d’être d’accord sur le fait que les orientations politiques de la ville sont arrêtées à chaque élection municipale. Mais il y a en dehors de nombreux sujets qui peuvent émerger et qui ne revêtent pas de caractère politique ou éthique. Nous sommes là sur des projets pour lesquels il est intéressant de recueillir l’expérience des usagers car les élus ne sont pas omniscients. Lorsqu’un projet est soumis à l’appréciation des habitants, le débat qu’il va générer est crucial. De ce débat, s’il est conduit de manière sereine et dédramatisée, peut naître une troisième voie qui soit celle du compromis.    

Daniel Breuiller : Pour les pouvoirs publics, cela ne signifie pas démissionner que d’associer les citoyens à la décision. Les élus doivent se voir comme des facilitateurs et pas seulement comme des prescripteurs. L’expérience réussie du référendum nous a incités à mettre en place d’autres mécanismes de consultation. Par exemple pour chaque réhabilitation urbaine, le projet est discuté avec les habitants et donne lieu à un vote. Les architectes ont d’ailleurs pris l’habitude de laisser des aspects ouverts pour nourrir le dialogue. 

A quels autres modes de consultation avez-vous recours ? 

Christian Métairie : Nous avons mis en place le droit de pétition en ce qui concerne les sujets liés à la politique municipale. Pour qu’une pétition soit examinée, elle doit rassembler 200 signatures, ce qui constitue un seuil facilement atteignable. Depuis vingt ans, une trentaine de pétitions ont été discutées devant le conseil municipal. La dernière, au mois de décembre, concernait le déplacement d’une ligne de bus. Des assemblées de quartier ont aussi été créées, six au total. Elles sont dotées d’un budget global de 150.000€ qu’elles utilisent pour organiser des événements festifs ou effectuer des travaux qui n’apparaissent pas prioritaires dans le budget de la ville. Enfin nous avons lancé un budget participatif qui représente 5% du budget d’investissement de la municipalité, soit 200.000€. 

Daniel Breuiller : Malgré tous ces dispositifs, on constate que la participation électorale n’a pas augmenté. Le taux d’abstention reste fort. Cela témoigne d’une crise de confiance entre gouvernants et gouvernés. Beaucoup de personnes en responsabilité pensent que le peuple n’est pas capable. Pourtant, à chaque fois qu’ici nous avons osé la démocratie cela s’est avéré vertueux. Il faut parvenir à une montée en compétences de part et d’autre, chez ceux qui sont au pouvoir comme chez ceux qui aspirent à l’exercer davantage. En tant qu’élus, nous devons le plus souvent possible faire avec les citoyens plutôt qu’en leur nom.

A lire : Il faut faire émerger une citoyenneté métropolitaine